Neuchâtel bouge, plus que jamais. Lors du premier tour des élections cantonales, le peuple a réclamé du sang neuf au gouvernement, dont la majorité rouge-verte chancelle. Il a certes plébiscité le socialiste Jean Studer, mais a fait basculer l’icône verte Fernand Cuche – en ballottage défavorable – et envoyé le libéral-radical Roland Debély à la retraite. Il a désigné Frédéric Hainard comme le nouveau chef de l’opposition, qui peut encore rêver de regagner la majorité avec Claude Nicati et Philippe Gnaegi.
Si le Parti libéral-radical (PLR) n’a pas réussi à éviter une défaite du camp bourgeois au Grand Conseil (55 sièges sur 115), il a en revanche affirmé le renouveau de la droite républicaine face à une UDC en perte de vitesse. Grâce à une fusion plutôt réussie, il a clairement repris le leadership à droite, esquissant peut-être une inversion de tendance en Suisse.
Son nouveau chef de file, Frédéric Hainard, n’a que 33 ans, mais est loin d’être un débutant. Entré au Parti libéral à 16 ans seulement, il se fait les dents dans plusieurs commissions, accède au législatif chaux-de-fonnier puis même à l’exécutif en mai 2008. Mais il renonce au profit de son père Pierre, un ancien radical passé à l’UDC, lui aussi élu à cette occasion. Son succès est celui d’une campagne rondement menée, alliant tous les outils de communication, modernes comme traditionnels. Bien sûr, il investit Facebook, où il compte plus de 500 «amis». Mais il table aussi sur la proximité, rencontrant pas moins de 187 associations ou interlocuteurs sur le terrain.
«Les gens m’ont souvent dit que tout allait mal, qu’ils n’avaient pas le moral. J’ai surtout pris la peine de les écouter», relève Frédéric Hainard, qui fait l’apprentissage de l’humilité: «J’ai dû admettre parfois que je n’avais pas de réponse, par exemple lorsqu’un tenancier de bar PMU m’a dit qu’il risquait la faillite en raison de l’interdiction de fumer dans les lieux publics.»
Ce ton-là est nouveau chez Frédéric Hainard. Jusqu’à présent, celui-ci s’était forgé la réputation d’un cheval fougueux ruant volontiers dans les brancards. Il critique la lourdeur de la bureaucratie administrative, réclame une baisse d’impôt en se démarquant du comité de son parti et martèle qu’il faut commencer les travaux du projet ferroviaire Transrun «tout de suite, si possible en 2010 déjà».
Populiste, Frédéric Hainard? Les vieux renards de la politique le notent plutôt bien: «C’est un fonceur qui ose bousculer le calendrier de l’administration», se félicite le conseiller aux Etats Didier Burkhalter (PLR/NE). «C’est un bon juriste, loyal lorsqu’on arrive à le convaincre», ajoute le socialiste Didier Berberat, qui le côtoie dans une commission scolaire à La Chaux-de-Fonds.
Ensemble. De par son activité de procureur fédéral suppléant, Frédéric Hainard a tissé des liens étroits avec des magistrats du monde entier. Le «Montagnon» qu’il est compte donc non seulement surmonter la rivalité entre le Haut et le Bas du canton, mais encore élargir cet horizon: «J’ai toujours été pour la création d’un canton de l’arc jurassien, et je pense aussi que c’est au Conseil d’Etat neuchâtelois d’engager ce débat», affirme-t-il.
Quelle que soit la majorité issue des urnes le 26 avril prochain, Jean Studer aura probablement une forte tronche en face de lui. Mais Frédéric Hainard se fait conciliant: «Nous partageons beaucoup de visions pour le bien de ce canton et nous travaillerons ensemble», promet-il.
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