Nicolas G. Hayek, l'éternel rebelle
PORTRAIT. «Sauveur de l’horlogerie», il ne l’a été que dans la deuxième partie de sa vie. Nicolas G. Hayek a d’abord fait carrière comme consultant à l’étranger, puis en Suisse, où il a mis des années à se faire accepter. Est-ce l’explication de son patriotisme exacerbé? Quelques souvenirs personnels pour retracer une trajectoire exceptionnelle.
Dans les hommages à Nicolas G. Hayek, au fil des évocations émues, on oublie un peu l’une des dimensions essentielles du personnage: son caractère d’éternel rebelle. Oui, on tend à sous-estimer aujourd’hui le courage qu’il a fallu pour lancer la Swatch, cette montre en plastique au look improbable qui, audelà d’un pari industriel, impliquait pour les Suisses une révolution mentale. Ceux qui ont eu entre les mains le premier modèle couleur caca d’oie se souviennent.
C’est tout le paradoxe du personnage: lui qui, sans cesse, a exalté le génie et les traditions suisses s’en est souvent distingué par son tempérament méditerranéen, passionné et émotif jusqu’aux larmes quand il racontait, justement, la décision cruciale de lancer la Swatch.
Lui, si souvent qualifié d’«enfant terrible», de «visionnaire», alors que, dans le lexique typiquement helvétique, le terme passe pour un gros mot. On l’a aussi beaucoup entendu dénoncer les dérives de la place financière suisse. Et, dans le même temps, s’insurger quand le conseiller fédéral Merz se confondait en excuses à Kadhafi. Rebelle à toute tyrannie. Rétif à toute humiliation.
Je l’ai, depuis le début des années 80, interviewé un nombre incalculable de fois sur les sujets les plus divers. Si je ne me souviens pas du détail de toutes nos conversations, je retiens comme une constante cette référence au poème de Kipling, If: «Si tu restes ton maître alors qu’autour de toi/ Nul n’est resté le sien et que chacun t’accuse...»
Et cette mention répétée d’une blessure mal refermée, de cette injustice profonde: l’affaire des chars Leopard, dans laquelle le consultant Nicolas G. Hayek, en 1983, s’est fait traiter de traître à la patrie parce qu’il avait osé dénoncer un gaspillage des deniers publics.
Sur cette histoire, comme sur d’autres, il était intarissable: régulièrement, un entretien prévu pour une heure se prolongeait dans la soirée, comme cette fois où, à la suite d’une discussion à rebondissements, c’est le grand patron Nicolas G. Hayek lui-même qui avait accompagné les journalistes à la porte et éteint les lumières du siège du Faubourg du Lac, à Bienne.
Tags: Nicolas G. Hayek, Alain Jeannet, Swatch Group, horlogerie suisse,
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| Réaction de gindrat le 02.07.2010 à 11:34 | | Le seul point noir dans la carrière de M.Hayek est... Le seul point noir dans la carrière de M.Hayek est de n'avoir pas traité correctement les deux inventeurs du prototype swatch. | |
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| Réaction de patriote le 01.07.2010 à 16:33 | Qu'on l'aime ou pas, on est obligé de convenir que... Qu'on l'aime ou pas, on est obligé de convenir que c'était un grand homme.
Je l'admire pour plusieurs raisons. Par exemple d'avoir eu l'idée géniale de ressortir toutes les citations littéraires: de Balzac (Eugénie Grandet), de Pouchkine (Eugène Onéguine), de Stendahl (je ne sais plus mais plusieurs romans), de Tolstoï (plusieurs romans dont un intitulé Hadji Mourad)dans lesquelles il est question d'un personnage portant une montre Bréguet. Un patron suisse typique n'aurait pas eu cette idée.
Mais je l'admire surtout pour avoir, lui le roi de la mode et de la "tendance" osé prendre position clairement contre l'adhésion de la Suisse à l'UE. Rien que pour celà il reste dans le coeur de beaucoup de gens, dont moi. Bien sur, les mauvaises langues diront qu'il y avait un peu d'intérêt personnel dans cette prise de position, qui a pesé très lourd sans doute car l'homme était puissant. En effet Hayek devait bien penser que dans l'UE avec ces lois antitrust qu'il y a, sa position domainante il ne pourrait pas la maintenir, alors qu'en Suisse il avait tout le monde dans sa poche. C'est égal. Voilà un tycoon, un grand patron, un self made man, un industriel milliardaire de génie, qui malgré tous ses défauts a été du côté de la Suisse à une époque où toute l'élite la trahit sans vergogne. Pour cela il mérite notre reconnaissance et un hommage spécial.
Chapeau bas devant Nicolas Hayek, le syro-libanais qui fait honneur à la Suisse et qui a contribué à la défendre contre les traîtres qui pullulent partout et qui veulent sa mort. | | |  |
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