Page n°2
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«Je suis un artiste.» Son bureau ressemblait déjà alors à un inventaire à la Prévert, avec des photos un peu partout et l’inévitable Journal de Mickey, posé en évidence. Question lancée par l’intervieweur: «Aimez-vous le désordre?» Réponse du patron horloger: «La plupart de mes collaborateurs sont scandalisés par la gabegie qui règne ici. Ce qui me blesse quand on parle de Hayek, c’est qu’on le confine dans une case. Il est un entrepreneur, un spécialiste de la technologie; donc la culture, le flair, le créateur n’existent plus. Pourtant, moi, je suis un artiste, je n’ai pas honte de le dire. Mais attention, sous la sphère volatile et mouvante de la création, il y a une autre organisation, rigide, très suisse cellelà: les finances, la comptabilité.... Je gère l’argent de la compagnie comme si j’étais en train de mourir de faim...» Un rebelle, né avec une calculette dans la tête et qui, parfois, parlait de lui à la troisième personne.
Mais l’acteur, l’homme qui s’amusait à s’afficher avec les Kidman, Crawford et autres Clooney a d’abord été un spécialiste de ce qu’il y a de plus solide dans l’industrie: la sidérurgie, l’automobile... On parle de Swatch, mais on oublie la logique sous-jacente. Par exemple le lancement de la Swatch mécanique, perçu comme un coup marketing, mais qui permet de sauver des emplois, de fabriquer en masse des parties réglantes de la montre. Une base industrielle reconstituée et qui, au final, nourrit l’ensemble des marques suisses, y compris et surtout les plus chères, pour se redéployer et rompre avec la dictature du quartz.
Crime de lèse-majesté. Il faut aussi évoquer les coups de sang, les colères, les excommunications... Il y avait des questions qu’il valait mieux ne pas aborder. Celle de son enfance au Liban, une période dont il a toujours parlé avec réticence. Et celle de sa succession, perçue comme un crime de lèse-majesté et qui m’a valu des mois, que dis-je, des années d’hostilité glaciale. Sans doute avais-je commis l’imprudence de la poser beaucoup trop tôt: Nicolas Hayek avait alors à peine plus de 70 ans. Pour un entrepreneur impénitent, un battant convaincu d’avoir l’éternité devant lui et une source intarissable de créativité, c’était une insupportable insolence.
Son engagement dans l’horlogerie était alors relativement récent. Si l’homme s’était fait un nom comme superconsultant, restructurant des grands entreprises allemandes, françaises ou chinoises, passant au scanner, en Suisse, aussi bien les CFF, la SSR, les Ecoles polytechniques que les groupes de presse Edipresse et Ringier, il ne s’était pas encore véritablement imposé comme capitaine d’industrie. La Swatch? Il a présidé à son lancement passé la cinquantaine bien entamée. «Sauveur de l’horlogerie», il l’a indubitablement été, mais sur le tard. Il lui restait de grandes choses à accomplir. Dont la reconquête de tous les segments du marché horloger, du Japon aux Amériques en passant par la Russie et les pays du Golfe. La résurrection des montres Breguet, qu’il a dirigée personnellement jusqu’à sa mort. Et le lancement d’une voiture écologique.
Tags: Nicolas G. Hayek, Alain Jeannet, Swatch Group, horlogerie suisse,
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| Réaction de gindrat le 02.07.2010 à 11:34 | | Le seul point noir dans la carrière de M.Hayek est... Le seul point noir dans la carrière de M.Hayek est de n'avoir pas traité correctement les deux inventeurs du prototype swatch. | |
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| Réaction de patriote le 01.07.2010 à 16:33 | Qu'on l'aime ou pas, on est obligé de convenir que... Qu'on l'aime ou pas, on est obligé de convenir que c'était un grand homme.
Je l'admire pour plusieurs raisons. Par exemple d'avoir eu l'idée géniale de ressortir toutes les citations littéraires: de Balzac (Eugénie Grandet), de Pouchkine (Eugène Onéguine), de Stendahl (je ne sais plus mais plusieurs romans), de Tolstoï (plusieurs romans dont un intitulé Hadji Mourad)dans lesquelles il est question d'un personnage portant une montre Bréguet. Un patron suisse typique n'aurait pas eu cette idée.
Mais je l'admire surtout pour avoir, lui le roi de la mode et de la "tendance" osé prendre position clairement contre l'adhésion de la Suisse à l'UE. Rien que pour celà il reste dans le coeur de beaucoup de gens, dont moi. Bien sur, les mauvaises langues diront qu'il y avait un peu d'intérêt personnel dans cette prise de position, qui a pesé très lourd sans doute car l'homme était puissant. En effet Hayek devait bien penser que dans l'UE avec ces lois antitrust qu'il y a, sa position domainante il ne pourrait pas la maintenir, alors qu'en Suisse il avait tout le monde dans sa poche. C'est égal. Voilà un tycoon, un grand patron, un self made man, un industriel milliardaire de génie, qui malgré tous ses défauts a été du côté de la Suisse à une époque où toute l'élite la trahit sans vergogne. Pour cela il mérite notre reconnaissance et un hommage spécial.
Chapeau bas devant Nicolas Hayek, le syro-libanais qui fait honneur à la Suisse et qui a contribué à la défendre contre les traîtres qui pullulent partout et qui veulent sa mort. | | |  |
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