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Affaire Woerth
Nicolas Sarkozy: Le cauchemar suisse

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 14.07.2010 à 15:50

TENSIONS. L’affaire Woerth est emblématique des relations qu’entretiennent les dirigeants français avec notre pays. Les voyages du ministre à Genève durant la campagne présidentielle 2007 illustrent aussi cette interrogation: Sarkozy aimet- il ou méprise-t-il la Suisse?

 
Lundi soir devant les caméras de France 2, Nicolas Sarkozy n’a pas prononcé le mot «Suisse». Bien sûr, la Suisse et Genève n’ont, dans les aventures et péripéties de l’affaire Woerth (lire l’enquête d’Yves Steiner et Philippe Le Bé en page 18), qu’un rôle de plaque tournante, de lieu secondaire où se numérotent les comptes bancaires de Liliane Bettencourt et d’autres fortunés français.

Mais il y avait peut-être aussi dans cette absence de la Suisse dans le verbe sarkozien comme un lapsus. Un instant freudien lui-même hérité de l’histoire déjà longue des relations entre une France toujours prête à mimer sa grandeur et une Suisse considérée comme une vague province luxueuse, mais une province quand même. Quant à Sarkozy et la Suisse, c’est aussi, depuis cinq ans, un voisinage ressenti souvent comme une encouble, presque un énervement, parfois même une affaire personnelle. C’est ainsi en mai 2005 que le quotidien Le Matin est le premier en francophonie à briser l’omerta sur la fuite à New York de l’épouse de celui qui n’est encore que ministre de l’Intérieur en France. Cécilia, femme de Nicolas, révèle le journal sur plusieurs pages, est partie rejoindre Richard Attias, publicitaire fameux du groupe Publicis, responsable également de l’intendance du Forum de Davos.

Peter Rothenbühler, à l’époque rédacteur en chef du Matin, se souvient: «Je ne m’étais pas rendu compte que ce que nous faisions était si extraordinaire. Il avait déjà fait un show de son couple d’alors.» La tradition du secret, des lois françaises plus sévères, additionnées des liens de nombre d’éditeurs français avec le président: tout cela avait servi de digue. Elle se rompait. Et l’affaire démontrait à un Sarkozy agacé qu’il ne pouvait contrôler les médias de toute la francophonie. «Les journaux français se sont servis du Matin pour reprendre l’info», poursuit Peter Rothenbühler. Sarkozy, au prétexte que 150 exemplaires du quotidien sont distribués à Thonon, déposera plainte. «On était presque fiers», sourit l’ancien patron du journal. Le tribunal donnera raison sur l’essentiel au Matin, qui sera condamné toutefois à un franc symbolique de dédommagement.

Reste que Sarkozy, qui imagine des conspirations partout, cherchera longtemps à savoir comment ce journal suisse, là-bas, avait obtenu ses infos. Ridicule: tout le petit monde politicomédiatique parisien en faisait ses gorges chaudes. Le ministre, puis le président, parlera en termes rudes du Matin à un ambassadeur suisse et, dit-on, évoquera même le quotidien félon avec Micheline Calmy-Rey.

On pourrait additionner les possibles motifs d’énervement de Nicolas Sarkozy envers la Suisse. L’affaire Stern, banquier français et ami du locataire élyséen, abattu à Genève par sa maîtresse, l’intéressera beaucoup. Sarkozy viendra enfin à Davos, en janvier 2010, dire sa conversion à une régulation des marchés financiers, mais Richard Attias, devenu entretemps l’époux de son ex-femme, avait alors quitté le World Economic Forum et le groupe Publicis (contacté, le service de communication du WEF nie toute pression qu’aurait pu exercer Sarkozy sur Attias ou le forum, qui continue à avoir un contrat avec Publicis jusqu’en 2013).

Il y eut enfin la mise sur liste grise de la Suisse, puis le fichier des 3000 noms de fraudeurs en Suisse du fisc français brandi par le ministre Eric Woerth. Pour faire bon poids, l’affaire Polanski, terminée cette semaine, n’était pas là pour améliorer les relations…

Mépris pour les petits. Nicolas Sarkozy déteste-t-il pour autant la Suisse? La réponse demeure nuancée. C’est plutôt d’une condescendance, voire d’un mépris pour l’ensemble des petits pays qu’il s’agirait. «Le monde sarkozien est simpliste», explique un éditorialiste à Paris. «Pour lui, l’Europe, c’est l’Allemagne et la France. Il a le même mépris souverain pour les petits, la Suisse, la Grèce, la Belgique ou le Luxembourg. Plus loin, les Etats-Unis comptent, la Russie, peut-être la Chine. Les autres, il ne leur accorde que peu d’importance.»

Peter Rothenbühler constate aussi que le président français a du mal à assumer un ressentiment vrai envers la Suisse: «Johnny Hallyday réside officiellement à Gstaad et ça lui fait mal, tous ces artistes, sportifs et entrepreneurs qui sont ses amis et sont là pour des raisons fiscales. Ça lui pose un problème politique.» Un problème qui se résume en un mot: la schizophrénie du président envers la Suisse. N’est pas Napoléon qui veut.

«SES AMIS, QUI SONT LÀ POUR DES RAISONS FISCALES, ÇA LUI POSE UN PROBLÈME POLITIQUE.»
Peter Rothenbühler, éditorialiste

 

L’ESSENTIEL EN 3 POINTS

AGACEMENTS Depuis 2005, les relations entre Nicolas Sarkozy et la Suisse ont plusieurs fois donné lieu à des tensions entre une France volontiers condescendante et sa voisine parfois méprisée.
 
INTÉRÊTS Même si les attaques peuvent être rudes, les deux pays sont cependant condamnés à s’entendre, en raison des liens qui demeurent aussi forts qu’anciens entre Paris et la place économique et financière helvétique. Le 21 juillet, la présidente de la Confédération Doris Leuthard se rendra à Paris pour une visite de travail officielle et s’entretiendra avec le président de la République Nicolas Sarkozy.

Lire l'article «Du poil à gratter à l'entente obligée», par Yves Steiner et Philippe Le Bé
 
NESTLÉ ET L’ORÉAL Derrière l’affaire Bettencourt, c’est l’enjeu d’un contrôle de L’Oréal par Nestlé qui est sur la table. La France fera tout pour éviter de voir s’échapper ce fleuron industriel.

Lire l'article «L'Oréal, un "groupe qui le vaut bien"... pour Nestlé», par Yves Steiner et Philippe Le Bé





Tags: Nicolas Sarkozy, Woerth, Liliane Bettencourt, L'Oréal,

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Réaction de Dietrich13
le 22.11.2010 à 10:02
Ce que Sarko déteste le plus, c’est un Franco-Suisse qui...
 
Réaction de Budelberger
le 03.08.2010 à 14:32
J'aimerais connaître l'épaisseur du dossier dont les Suisses (les banques...)...
 



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