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Guillaume Lejoindre
Notre banque a encore la possibilité de grandir en Suisse

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 19.10.2009 à 16:23

Swiss Made. Le CEO de la filiale suisse de gestion de fortune de la Société Générale énumère les bonnes raisons de faire gérer en Suisse des avoirs déclarés ailleurs.

SG Private Banking (Suisse) affichait 25 milliards de francs sous gestion à la fin de 2008. Taille suffisante ou êtes-vous à vendre?

De nombreuses banques s’interrogent sur leur stratégie: si elles sont trop petites dans un pays, elles se demandent si elles doivent vendre ou acheter. Les groupes bancaires n’ayant pas choisi la banque privée comme un des axes principaux de leur activité peuvent être amenés à vendre leurs entités en Suisse. Pour la Société Générale, la banque privée est un métier important dans lequel nous voulons nous développer. SG Private Banking (Suisse) progresse: nous avons recruté, nous investissons et avons examiné des dossiers d’acquisitions. Notre banque a la possibilité de grandir encore.

BNP Paribas quittera les pays inscrits sur la liste grise de l’OCDE, dont la Suisse vient de sortir. La Société Générale a-t-elle étudié la possibilité de quitter la Suisse?

Il n’y a eu aucune étude sur le sujet au sein du groupe, mais la Fédération bancaire française a annoncé, il y a peu, que, si certains pays ne sortaient pas de la liste grise établie par le G20, les banques françaises devraient réexaminer leur stratégie. Or, la Suisse avait déclaré il y a plusieurs mois qu’elle voulait prendre des mesures pour sortir de cette liste grise. Ce qu’elle a fait.

Pourrait-il y avoir conflit entre le droit français, autorisant l’Etat à demander des renseignements aux banquiers, et le droit suisse, protégeant strictement le client?

La France et la Suisse viennent de signer un accord: j’imagine que les deux pays ont été au fond des choses. Dans un grand groupe comme la Société Générale, chaque filiale applique la législation du pays où elle se trouve. Ma banque est soumise à la surveillance de la Finma et de la BNS et je suis personnellement, et pénalement, responsable de l’application du droit suisse. Je pense qu’il ne viendrait pas à l’idée de la direction du groupe de mettre 537 personnes en porte-à-faux. Si on se met d’accord sur les mêmes règles pour tous, chacun jouera avec ses qualités. Et la Suisse en a beaucoup.

Lesquelles?

Les banquiers suisses ont développé un savoir-faire dans la construction de portefeuilles internationaux: ce n’est pas le cas ailleurs. En outre, les clients de la gestion de fortune apprécient la sécurité du système juridique et fiscal et la qualité du service bancaire. Certes, la place financière suisse n’est pas la moins chère pour la gestion de fortune: il y a même un droit de timbre sur les transactions qui n’existe plus dans la plupart des autres pays. Les clients sont prêts à payer 0,1 à 0,2% de plus pour le Swiss Made. La seule chose qui m’importe est de défendre mes clients. J’estime qu’on les sélectionne correctement et que la fraude fiscale n’est pas notre mode de développement. Cela dit, la discrétion reste un atout. Ici, on ne raconte pas sa vie, ni celle de ses clients. C’est un mode de fonctionnement tout à fait antinomique avec l’échange automatique d’informations. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire pour que les fonds soient déclarés.

L’Association des banques étrangères semble souhaiter un impôt à la source pour les nonrésidents?

Les banques étrangères avaient peut-être plus que d’autres le souhait de connaître rapidement les futures règles du jeu. Pour la Société Générale ou Citibank, la Suisse n’est pas le centre de l’activité. Alors que les banques suisses n’ont pas à se poser la question de leur implantation. Le secret bancaire va bien au-delà des questions fiscales. En ce qui concerne la fiscalité, plusieurs schémas sont possibles. Le prélèvement à la source a été retenu dans le cadre de la directive sur la fiscalité de l’épargne. Mais nous nous trouvons actuellement en Suisse dans la situation où le taux de cet impôt sur les revenus de l’épargne des résidents de l’Union va passer à 35%, soit bien plus que le prélèvement pratiqué dans certains pays communautaires. D’où l’idée que les banques suisses appliquent la fiscalité de chacun des pays de leurs clients. Mais cela est complexe et entraînera des coûts élevés. L’autre solution serait que les clients déclarent leurs fonds eux-mêmes. Les banques étrangères en Suisse et les banques suisses n’ont peutêtre pas exactement la même approche de ce sujet.

Craignez-vous que la réglementation en Suisse aille plus loin qu’ailleurs?

Non, cette place financière est gérée de façon assez pragmatique. Le Luxembourg est aussi pragmatique; néanmoins, il doit respecter les règles communautaires prenant en compte 27 pays.

Comment vivez-vous les tensions entre la France et la Suisse?

Je trouve un peu injuste la façon dont la Suisse est traitée. Ce ne sont pas les banques suisses qui sont à l’origine de la crise, ni les paradis fiscaux. Payant mes impôts en Suisse, je peux témoigner que ce n’est pas un paradis fiscal! En outre, les fraudes des entreprises, via l’Etat américain du Delaware par exemple, sont sans doute plus importantes que l’évasion fiscale des particuliers.

Les emplois de la gestion de fortune privée pourront-ils rester en Suisse?

Je pense: la clientèle est plutôt satisfaite des services des banques suisses. Par ailleurs, nombre de banques ayant disparu, celles qui restent ont un potentiel de développement, même si le volume d’affaires croît moins vite. En ce qui nous concerne, en 2009 – jusqu’à ce jour – nous n’avons jamais fait une aussi belle année en termes d’apport d’argent frais. En ce moment, l’évolution du marché de la gestion de fortune privée est darwinienne…

Les divisions d’Asset Management de la Société Générale et du Crédit Agricole ont fusionné. Etes-vous en train de travailler à la fusion des deux Private Banking?

Je fais beaucoup de choses, mais pas cela.
 
L’IMPÔT SUR LE REVENU DE L’ÉPARGNE DES RÉSIDENTS DE L’UE VA PASSER À 35%, PLUS QUE DANS CERTAINS PAYS COMMUNAUTAIRES.
«Notre modèle d’affaires - où le bénéfice est réalisé à partir des affaires avec la clientèle plutôt qu’avec le trading pour compte propre - a démontré sa pertinence.»
Brady W. Dougan, CEO du Credit Suisse Groupe
«Quand les perspectives économiques se seront améliorées suffisamment, nous serons prêts à resserrer la politique monétaire pour ramener notre bilan à une configuration plus normale.»
Ben Bernanke, président de la Fed


GUILLAUME LEJOINDRE

58 ans, CEO de SG Private Banking (Suisse) depuis 2009.

1999-2009  Responsable du Private Banking de Crédit Agricole Indosuez (Suisse).
1997-1999  Responsable pays de Crédit Agricole Indosuez à Tokyo.
1995-1997 Responsable pays de la Banque Indosuez à Séoul. Diplômé d’HEC Paris, il entre en 1974 à la Banque Indosuez.




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