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CHARLOTTE ET LULU GAINSBOURG
Notre père qui êtes un Dieu

Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 30.11.2011 à 14:37

Charlotte et Lulu Gainsbourg, un père réputé génie et donc envahissant, deux approches de la musique. Rencontres.

Faire de la musique quand on s’appelle Gainsbourg, c’est à la fois logique et casse-gueule. Car forcément, qu’on le veuille ou non, l’ombre du grand Serge est là, rassurante mais aussi menaçante. Pourtant, aussi bien Charlotte – 40 ans, fille de Jane Birkin – que son demi-frère Lulu – 25 ans, fils de Bambou – se sont lancés. La première il y a longtemps déjà, main dans la main avec son père, d’abord avec le duo Lemon Incest en 1984, puis deux ans plus tard avec l’album Charlotte for Ever. Le second il y a moins d’un mois, avec From Gainsbourg to Lulu, un disque en forme d’hommage à celui qui a disparu alors qu’il n’avait que 5 ans.

Si on voulait faire de la psychologie à deux sous, on dirait que pour Lulu il était important de revendiquer cette filiation, lui qui s’est mis au piano dès l’âge de 4 ans mais n’a jamais pu faire de la musique avec Serge. «C’est possible, avoue l’intéressé lorsqu’on lui fait la remarque. Car cet album, c’est le premier cadeau que je lui fais en dehors des roses que j’ai déposées sur sa tombe. Quelque part, c’était important, pour des raisons personnelles, d’enregistrer ce disque.»

Ce n’est qu’à 15 ans que Lulu a véritablement pris conscience que son père était un génie. «J’étais en Inde avec ma mère et n’avais pas grand-chose avec moi si ce n’est un lecteur CD et quelques disques de mon père, se souvient-il. A force d’écouter toujours les mêmes chansons, j’ai soudainement pris le temps de faire attention aux textes alors que, jusque-là, je n’étais attiré que par la musique.

Après avoir écouté les paroles de La chanson de Prévert et de La javanaise, j’ai regardé ma mère en lui disant: “Papa, il écrivait quand même super bien!”“ Il n’est jamais trop tard pour s’en rendre compte”, m’a-t-elle répondu...» De cette révélation originelle est peut-être né, de manière inconsciente, l’hommage qu’est aujourd’hui From Gainsbourg to Lulu.

Un peu perdue. Même nom, autre démarche. A l’opposé de son demi-frère, Charlotte n’a jamais cherché à revendiquer l’héritage paternel. Mais il faut dire qu’elle a eu le privilège de débuter dans la chanson sous la direction du daddy. Sans vraiment s’en rendre compte, avoue-t-elle aujourd’hui. «Avant Lemon Incest, je n’avais jamais pensé devenir chanteuse, comme je n’ai d’ailleurs jamais imaginé devenir actrice. Tout est venu de manière accidentelle.

Mais en ce qui concerne le cinéma, c’est quand même moi qui suis allée passer des essais. Même si je ne sais plus ce que j’avais dans la tête à ce moment-là, j’avais forcément envie, sinon je n’y serais pas allée. Pour la musique c’était un peu plus facile puisque ça venait de l’intérieur. Je me souviens avoir été très flattée et heureuse de travailler avec mon père.»

A la suite de Charlotte for Ever, la Française attendra par contre vingt ans avant de publier son second album, 5:55. Par peur de ne pas trouver de collaborateurs à la hauteur de Serge? «Sans lui j’étais un peu perdue, concède-t-elle. Je n’osais pas, j’avais besoin d’être entourée et n’envisageais pas de faire de la musique toute seule. C’est uniquement parce que j’ai rencontré le groupe Air que j’ai finalement trouvé le courage de m’y remettre.» Demême, c’est sa rencontre avec Beck qui aboutira en 2009 à l’enregistrement d’IRM.

Un album suivi de sa première tournée, aujourd’hui documentée par l’album Stage Whisper, sur lequel la chanteuse propose en bonus sept titres studio inédits. En revanche, pas trace surce live de Couleur café et L’hôtel particulier, deux morceaux de son père qu’elle a interprétés sur scène. «Je ne les ai pas retenus parce que musicalement je ne trouvais pas ça assez bien. Tout ce qu’il a fait est pour moi quasiment intouchable. Si j’ai eu énormément de plaisir à chanter ces morceaux, je ne voulais dès lors pas qu’il en reste des traces. Je les ai par contre laissés sur le DVD, parce qu’avec l’image ça va mieux.»

Attendu au tournant. Alors que Charlotte n’ose quasiment pas toucher au répertoire de Serge, Lulu ne s’en prive pas, lui qui reprend une quinzaine de ses compositions sur son premier album. Qu’en pense sa soeur? «Je trouve très courageux qu’il se colle à tout ce à quoi je veux échapper. Et j’aime beaucoup les orchestrations qu’il a faites.»

Le cadet de la famille Gainsbourg, qui en plus porte sur son passeport le prénom de son père, Lucien, ne pense néanmoins pas continuer à capitaliser sur l’héritage familial, d’autant plus qu’il ne va pas interpréter sur scène, en dehors de quelques dates événements, From Gainsbourg to Lulu. Si tournée il y a un jour, ce sera avec ses propres chansons, jure-t-il. Mais pour l’heure, il est terrifié à l’idée d’écrire des textes. Son truc, c’est la composition. Il se verrait d’ailleurs bien travailler pour le cinéma, lui qui vénère John Williams.

Charlotte, elle, a trouvé son équilibre à alterner projets musicaux et films – la tournée IRM a été entrecoupée du tournage de Melancholia. «J’adore passer de l’un à l’autre, d’autant plus que les gens de la musique et du cinéma sont très différents et ne se mélangent pas beaucoup. Mais moi, je reste toujours la même.» Depuis longtemps, sa route est tracée. On oublierait presque qu’elle s’appelle Gainsbourg, tant elle a su, à travers ses disques et ses choix cinématographiques, trouver sa voi(x)e. Lulu a de son côté encore tout à prouver. Et il est d’autant plus attendu au tournant qu’il a quant à lui décidé de revendiquer fièrement son patronyme.


CHARLOTTE 

"Stage Whisper" 

Sur ce premier album live, on retrouve la chanteuse que l’on avait pu découvrir sur la scène du Montreux Jazz en 2010. Une chanteuse à la voix plus franche et plus directe, en un mot plus rock. En marge de ses onze titres captés à La Cigale de Paris, Stage Whisper propose sept inédits enregistrés avec Beck, Connan Mockasin et The Villagers.

Warner. Sortie le 9 décembre.

 

LULU 

"From Gainsbourg to Lulu"

Pour ses débuts, le cadet de la famille a vu grand: il a réarrangé quinze titres de son père et fait appel, pour les interpréter, à un casting royal (Iggy Pop, Marianne Faithfull, Vanessa Paradis & Johnny Depp...). Mais, trop frime, son album ne propose que peu de vraies réussites, tel cet Intoxicated Man version jazz.

Universal.




Tags: Charlotte Gainsbourg, Lulu Gainsbourg,

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