Nouchine Hadjikhani: «Obèses, autistes, migraineux, votre cerveau m'intéresse»
PORTRAIT. Scruter les cerveaux, telle est la spécialité de Nouchine Hadjikhani. La neuroscientifique du Brain Mind Institute de l’EPFL est l’une des lauréates des prix 2010 de la Fondation Leenaards.
Qu’un brillant esprit se passionne pour les neurosciences, ce n’est au fond qu’un juste retour des choses. Que ce cerveau soit celui d’une femme, à la fois professeure à l’EPFL et à la Harvard Medical School à Boston, et de surcroît cultivée, joyeuse et jolie, c’est en revanche moins fréquent. Nouchine Hadjikhani est tout cela à la fois. Maniant les techniques d’imagerie médicale les plus à la pointe, elle scrute le fonctionnement du cerveau et la manière dont il perçoit les émotions.
Au départ, cette Lausannoise de 43 ans s’était pourtant dirigée vers des études de lettres, et notamment de linguistique. Elle apprend alors «que les divers types d’aphasie (troubles du langage) touchent différentes parties du cerveau». C’est le déclic. Etonnée «du parallélisme entre la structure du langage et l’organisation du cerveau», elle décide de s’intéresser à cet organe. Elle s’inscrit à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne (Unil) et s’oriente ensuite résolument vers la recherche.
Bien lui en a pris car elle a, depuis, accumulé les découvertes. Cela lui a déjà valu plusieurs distinctions et elle figure désormais parmi les lauréats de la Fondation Leenaards, rendus publics le 25 mars. Elle collabore en effet à un groupe de chercheurs et médecins lausannois qui, sous la houlette de Sébastien Jacquemont, généticien au CHUV, a reçu un des deux prix pour la promotion de la recherche scientifique de la Fondation pour avoir mis en évidence le premier défaut génétique lié à l’obésité morbide.
Base commune. L’obésité: a priori, ce n’était pas sur ce terrain que l’on attendait la chercheuse reconnue pour ses travaux sur la migraine et l’autisme. Toutefois, ces thèmes de recherche ont «une base commune», précise-t-elle. Ils ont à voir, de près ou de loin, avec la vision.
Le lien n’a rien d’évident, mais il s’éclaire lorsque l’on suit le parcours assez original de la scientifique.
Tout démarre donc par le système visuel humain, qu’elle commence à étudier pendant son doctorat à l’Unil, puis à l’Institut Karolinska à Stockholm, la Mecque des neurosciences.
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