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De la vision, elle s’en préoccupe toujours lorsqu’elle se retrouve à Boston, à la Harvard Medical School et au Martinos Center for Biomedical Imaging. C’est dans cet autre «temple» des neurosciences où a été mise au point l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) - qui permet d’observer le cerveau en fonctionnement – que la neuroscientifique s’initie à cette technique. Elle l’utilise pour observer la zone cérébrale associée à la vision des couleurs, qui se trouve proche de celle permettant la reconnaissance des visages.
C’est à partir de là que «les deux branches de mon activité – la migraine et l’autisme – ont commencé à se dessiner», précise-t-elle.
Elle est en effet «contactée par une équipe travaillant sur les auras migraineuses», qui se traduisent par l’apparition de points scintillants et autres phénomènes perturbant le champ visuel. En se penchant sur ces troubles, elle fait une découverte intéressante. Alors que l’on pensait que ces auras provenaient de contractions et de dilatations des vaisseaux sanguins, elle montre qu’elles sont plutôt dues «à des cellules qui se mettent à décharger de proche en proche. Un phénomène semblable à celui que l ’on retrouve dans l’épilepsie, mais qui est cette fois de nature chimique.»
Parallèlement, la chercheuse est approchée par des spécialistes de l’autisme. Eux sont intéressés par ses travaux sur la reconnaissance des visages, car les autistes s’attachent à des détails et sont souvent incapables de reconnaître l’ensemble d’un faciès. Autre thème, autre découverte. Dans le cerveau de ces patients, Nouchine Hadjikhani observe un amoindrissement des zones du cortex renfermant les «neurones miroirs». Ces neurones «reflétant», dans notre propre cerveau, les expressions faciales de nos interlocuteurs, cette observation permet de mieux comprendre pourquoi les autistes sont souvent incapables d’empathie.
Retour à Lausanne. Reste l’obésité dont l’histoire se déroule à Lausanne. Depuis 2007, Nouchine Hadjikhani travaille en effet à l’EPFL où elle dirige une équipe d’une dizaine de personnes au Brain Mind Institute. Ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de suivre de près le travail de ses collaborateurs à Boston. «Nous sommes en communication constante et je suis en fait tout le temps dans les deux endroits à la fois, de manière électronique.»
C’est donc sur les bords du Léman que la neuroscientifique collabore avec le généticien Sébastien Jacquemont et ses collègues du CHUV et de l’Unil. Ce qui les rassemble? Un gène, situé sur le chromosome 16 et qui – lorsqu’il est l’objet de «microdélétions» qui le privent de certains de ses composants – est associé à l’autisme et/ou à l’obésité morbide. Primé pour cette découverte par la Fondation Leenaards, le groupe va recevoir 600 000 francs qui lui permettront de poursuivre ses travaux et «de comprendre, explique Nouchine Hadjikhani, les liens entre cette mutation génétique et ce trouble alimentaire, puisque c’est la première fois que l’on trouve un gène qui est lié à l’obésité.»
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