L’aide aux réfugiés climatiques sera au cœur de la Conférence internationale sur le climat. Vu de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), où vous êtes experte chargée d’un programme de recherche sur le climat, quelles sont les mesures concrètes qui sont prise dans ce domaine?
L’OMM tente de développer un système d’informations capable d’apporter aux pays les informations dont ils ont besoin pour s’adapter aux changements climatiques. Et qui leur permette d’anticiper les conséquences de ces changements sur la population. Les statistiques du Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED) révèlent que 90% des catastrophes naturelles entre 1992 et 2001 étaient d’origine météorologiques. Et nous savons aujourd’hui que la terre va connaître de plus en plus d’événements extrêmes à l’avenir.
Est-il possible de les prédire?
Non, hélas. Il est difficile voire impossible de prédire par exemple tel ou tel type de cyclone et de connaître à l’avance son intensité. Mais, pour l’heure, nous observons surtout que les pays concernés n’ont pas souvent l’information nécessaire pour agir.
Que peuvent faire ces Etats?
D’abord, il faudra repenser le développement urbain, ne pas construire près des côtes. Par ailleurs, il faut aussi anticiper le fait que certaines régions seront frappées par la sécheresse. Les Etats devront être capables de prévoir localement les changements induits par le réchauffement climatique. C’est pourquoi nous travaillons en collaboration avec les services météorologiques nationaux et locaux. Ces derniers ont mis sur pied un système d’information et d’alerte climatique qui fonctionne déjà au Bangladesh, par exemple.
Les dirigeants des Etats ont-ils tous conscience des risques?
De plus en plus. A tous les niveaux, ils reconnaissent l’urgente nécessité de doter les collectivités d’une capacité de résistance aux catastrophes. On peut relever ce défi majeur en recourant à des stratégies de réduction des risques, globales et anticipatives. La promotion de cette culture de la prévention est un des éléments clé du travail de l’OMM justement. Il faut aider les nations à comprendre qu’il est de leur intérêt de privilégier davantage, du point de vue des investissements, la gestion des risques et la prévention par rapport aux mesures de parade prises après coup.
A-t-on tout de même quelques certitudes sur les catastrophes?
Nous savons que la grande majorité d’entre elles sont liées au temps, au climat ou à l’eau. Nous savons aussi que, statistiquement, elles sont à la hausse si l’on en croit certaines indications, notamment le 3e rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), que parrainent conjointement l’OMM et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Nous savons enfin que les pays en développement subissent bien plus durement que les pays développés le contrecoup économique des catastrophes naturelles. On l’observe par exemple sur les petits Etats insulaires en développement.
Quelles conséquences sur les êtres humains?
Il est désormais clair que la plupart des populations touchées par la hausse du niveau des mers – de 11 à 80 cm pour ce siècle, selon nos estimations – vont devoir se déplacer. Mais ce sera pire pour les régions affectées par la sécheresse, comme c’est déjà le cas en Afrique dans les régions sahéliennes.
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