Il y a un an, la société SVC-SA pour le capital-risque des PME lançait, en collaboration avec Credit Suisse, un fonds doté de 100 millions de francs. Il entend prendre des participations dans des entreprises innovantes en phase de croissance, disposant d’un solide business plan et susceptibles de créer rapidement des emplois. Douze mois plus tard, son CEO se réjouit du grand nombre de dossiers reçus et de la belle créativité des PME et des start-up suisses dans les technologies de pointe.
Combien de demandes reçues en un an?
Plus de 400 demandes de financement nous sont parvenues. C’est beaucoup plus que ce que nous avions anticipé. Nous sommes positivement surpris de l’intérêt suscité par notre initiative.
Quel montant avez-vous déjà investi et dans combien d’entreprises?
Nous avons placé quelque 20 millions de francs dans 13 entreprises: neuf se trouvent en Suisse alémanique, trois en Suisse romande et une au Tessin. Notre comité d’investissement ne retient que les projets les plus prometteurs en termes d’innovation et de création d’emplois.
Avez-vous un objectif de rendement pour les fonds investis?
Tous les rendements que nous pourrons dégager de nos investissements dans des start-up et des PME seront réinvestis dans d’autres entreprises. Nous sélectionnons toutefois les sociétés ayant les meilleures perspectives financières: nous pourrons ainsi pérenniser notre action et contribuer à créer de nouveaux emplois à l’avenir.
Quel est le montant moyen investi?
Le montant de notre engagement est très variable: la plus faible participation a été de 600 000 francs et la plus importante de 3 millions. Nous investissons en moyenne 1,5 million par entreprise.
Privilégiez-vous certains secteurs?
Nous soutenons un assez large spectre d’activités: 31% de nos investissements ont été réalisés dans les applications informatiques, 26% dans l’engineering, 12% dans les produits électroniques, 10% dans les technologies médicales, 8% dans la chimie, 7% dans les médias et les réseaux sociaux et 6% dans l’alimentaire.
Y a-t-il un profil type du chef d’entreprise qui s’adresse à vous?
Le CEO ou le fondateur de l’entreprise est généralement un spécialiste de la technologie. Il s’agit souvent d’ingénieurs, diplômés de l’EPFL ou de l’EPFZ, qui ont conçu une innovation technologique et dont l’entreprise aborde le deuxième stade de sa croissance: celui où elle a besoin de capital pour élargir son marché.
Nous intervenons généralement dans des entreprises ayant plus de trois ans d’existence et qui souhaitent croître: c’est un moment favorable pour la création d’emplois. Notre comité d’investissement est très attentif à la qualité du management; un bon business plan ne représente pas grand-chose sans les personnes aptes à conquérir un marché et à accompagner le développement d’une entreprise.
Vous ne soutenez donc pas la création de startup par des étudiants?
Il nous arrive d’investir dans des entreprises dont les dirigeants sont jeunes, mais ils ont déjà construit quelque chose.
Il vous reste 80 millions à investir sur les 100 budgétisés au départ. Quand pensezvous atteindre votre pleine capacité?
L’objectif n’était pas d’investir rapidement tout l’argent disponible, mais de repérer des entreprises aptes à innover et à créer des emplois. La totalité de la somme à disposition sera sans doute investie d’ici à la fin de 2013. A ce momentlà, nous serons probablement déjà en phase de réinvestissement des rendements dégagés sur nos premières prises de participation.
Quelles sont les activités des entreprises sélectionnées en Suisse romande?
Créée en 2007 à Lausanne, Poken SA est aujourd’hui leader dans son domaine. Cette société a mis au point un système de carte de visite fonctionnant par radiofréquence (RFID) et intégré à une clé USB. Cela permet d’échanger très facilement des données et des contacts. Cette entreprise participe à la pénétration du marché du NFC (Near Field Communication) avec un fabricant de téléphones portables.
Basée à Morges, Silentsoft SA a été fondée en 2000 sur le campus de l’EPFL. Elle est leader européen de la fourniture de solutions télémétriques pour l’optimisation de l’énergie dans les bâtiments et la gestion des stocks à distance.
Quant à Omnisens à Morges – également une spin-off de l’EPFL –, elle offre à ses clients des solutions basées sur la fibre optique permettant de détecter la fatigue, les torsions et les différences de température sur des pipelines ou des câbles à haute tension. De quoi anticiper d’éventuels dommages à venir. C’est une aide précieuse pour prévenir des atteintes à l’environnement.
Envisagez-vous d’élargir votre activité, peut-être en attirant d’autres donateurs que Credit Suisse?
Nous devons d’abord démontrer que notre modèle fonctionne et contribue à stimuler l’innovation en Suisse et à créer des emplois. Les 13 entreprises que nous suivons emploient quelque 180 personnes et devraient créer 300 emplois supplémentaires si leurs business plans se déroulent comme prévu. Nous pouvons nous réjouir de la capacité d’innovation des PME suisses. Souvent, ces petites entreprises se spécialisent dans la production d’un produit de niche, vendu partout dans le monde.
Profil
JOHANNES SUTER
CEO de SVC-SA pour le capitalrisque des PME. Diplômé d’économie d’entreprise à l’Université de Zurich, il a occupé des postes à responsabilité auprès de KPMG, UBS et Credit Suisse Group. A exercé les fonctions de chief financial officer et de head of marketing sales à Swisscard AECS avant de rejoindre un Family Office en qualité de managing director en charge d’un important portefeuille de participations.
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