A la tête de Nespresso depuis juillet 2007, le Français Richard Girardot connaît une carrière professionnelle «très liquide». Recruté en 1987 par Gustave Leven, alors patron de Perrier, il a rejoint Nestlé quand le groupe a racheté la marque en 1992. Actif dans le marketing, il a notamment dirigé Nestlé Waters France.
Pourquoi ouvrir un nouveau site à Avenches? En 2008, nous avons vendu presque 4 milliards de capsules. Notre croissance à deux chiffres se confirme. Pour répondre à la demande du marché, il était indispensable de disposer d'un outil industriel aussi performant que celui en activité à Orbe. Avec Avenches, notre capacité de production annuelle atteindra les 10 milliards de capsules.
La crise économique ne vous touche donc pas? Nespresso, qui n'a que 23 ans, est toujours dans une phase de croissance et d'expansion géographique. La crise ne va pas durer. C'est donc pour nous le moment de nous installer sur certains marchés comme ceux du Brésil, des Etats-Unis ou de l'Europe orientale. Par ailleurs, nous représentons un petit luxe au quotidien avec un acte d'achat à peine supérieur à 50 centimes.
Quels sont vos marchés les plus importants? En 2008, nous avons réalisé un chiffre d'affaires légèrement supérieur à 2,2 milliards de francs. En volume, la France est le premier marché avec plus de 25% des ventes, suivie de la Suisse avec un peu moins de 20%. Ces deux pays représentent environ 45% de nos activités globales. Ensuite dominent des pays européens comme l'Espagne, le Portugal, l'Autriche, le Benelux, l'Allemagne et l'Italie. Bien qu'il soit second en quantité, le marché suisse qui a vu naître Nespresso revêt à mes yeux une grande importance historique pour la marque.
Comment vivez-vous votre indépendance? Notre business modèle est complètement différent de celui de Nestlé qui opère via des enseignes de distribution comme Coop. Nous gérons quant à nous 7 millions de consommateurs en direct qui reçoivent directement nos produits. Certes, nous bénéficions d'une autonomie d'action qui nous offre flexibilité et rapidité. Mais nous ne sommes nullement indépendants. Sans le soutien de Nestlé, la marque Nespresso ne se serait jamais développée de cette manière.
Que trouvez-vous de particulièrement séduisant en Suisse? Une garantie de qualité que je constate aussi bien dans la société que je dirige que dans le groupe auquel elle appartient de même que dans le pays qui l'accueille.
Une qualité que l'on ne retrouve pas forcément ailleurs, comme par exemple dans votre centre d'appel lyonnais dont les collaborateurs se sont mis en grève le 2 juin? Elle est sympathique votre question! Je souligne que sur les 200 salariés de notre call center à Lyon, moins de 10 ont fait grève. Il convient donc de relativiser les choses! Cela dit, il est vrai que le climat social suisse est complètement différent de celui de la France. Mais ce ne sont certainement pas ces considérations qui nous ont conduit à construire notre nouveau site dans le canton de Vaud.
D'où viennent les 340 collaborateurs dans la nouvelle usine? Ce sont des Suisses en majorité, dont un noyau dur vient d'Orbe, et des Français en grosse minorité.
On entre chez Nestlé comme dans un monastère, pour la vie? Non, je ne crois vraiment pas! Toutefois, il est vrai que le groupe fait confiance aux convictions de ses collaborateurs et leur donne le temps de les réaliser. Pendant 10 ans, Nespresso a perdu de l'argent. Ceux qui ont cru à cette marque lui ont donné le temps de devenir ce qu'elle est aujourd'hui.
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