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Ô tragédies du Matin calme

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 10.03.2010 à 14:28

Avec «Les rois maudits de Corée», le Festival international de films de Fribourg propose six films pleins de bruit et de fureur.

Placé depuis trois ans sous la direction artistique d’Edouard Waintrop, le Festival international de films de Fribourg tient une forme éclatante. Définitivement émancipée de tout esprit de patronage, la manifestation fribourgeoise ne montre plus les films du tiers-monde comme des animaux exotiques, mais témoigne de la vitalité universelle du 7e art. L’Amérique latine domine la compétition internationale, les panoramas et rétrospectives emmènent les spectateurs à Moscou, au Brésil avec Carlos Reichenbach et Jorge Furtado, en Afrique noire avec Jean Rouch, en Bulgarie, Slovénie, Roumanie et Islande, au Japon pour le traditionnel hommage au film noir.

Et au Pays du Matin calme avec Les rois maudits de Corée, un cycle «plein de sang et de drames, plein de couleurs aussi», rappelant que William Shakespeare et Maurice Druon ne détiennent pas le monopole des monarques déboussolés.

«En Corée comme ailleurs, le cinéma ouvre au spectateur les portes infranchissables du pouvoir, pour mieux dévoiler la perversion des puissants», dit la note explicative accompagnant les six drames historiques programmés par le FIFF, dont la splendeur visuelle n’a d’égale que la cruauté: l’or et la pourpre abritent des scorpions extrêmement venimeux.

Erotisme brûlant. Le roi Yonsan (1476-1506) passe pour être la «plus sombre star de l’histoire de Corée». Ce tyran sanguinaire inspire deux des films présentés à Fribourg, Chroniques du roi Yonsan, d’Im Kwon-taek, et Le roi et le clown, de Lee Jun-ik.

Ce second film exprime de manière subtile la folie du monarque en confrontant l’exercice du pouvoir à l’expression théâtrale. Clowns et jongleurs, Jang-seng et Gonggil s’attirent des ennuis avec les autorités. Mais, incongrues au sein du protocole extrêmement codifié de la Cour, leurs obscènes pantalonnades amusent le roi. Yonsan est fasciné par la grâce féminine de Gong-gil, plus encore par ses talents de marionnettiste, donnant vie à des ombres. La catharsis royale est sanglante. Ministres corrompus et concubines délaissées ourdissent un complot pour éliminer les montreurs de vérités. Le film se conclut par un arrêt sur image: tandis que le peuple prend d’assaut le palais, Jang-seng et Gong-gil, blessés, mutilés, dansent une dernière fois sur la corde raide, dernière pirouette avant la chute.

Autre arrêt sur image: arc bandé, le roi chevauche avec Hong-rim, son favori, dans les plaines blondes. Ce rêve royal, qui ne se réalisera pas puisqu’il s’est entretué avec son amant. Incapable d’engendrer un fils, le roi a demandé à Hong-rim de féconder la reine, «car l’enfant qu’elle portera doit être aussi beau que toi». En bon soldat, le géniteur désigné s’exécute. Mais il prend goût à la chose. Et la reine aussi. Ils se retrouvent en secret pour de fougueuses étreintes que Yu Ha éclaire de manière somptueuse. La vengeance du roi sera implacable. A Frozen Flower est un film sublime, brûlant d’érotisme, traversé de chorégraphies martiales magnifiques, hanté de chansons tristes, dans lequel les mots «Je ne t’aime pas» s’avèrent plus tranchants que le sabre le mieux affûté.

The President’s Last Bang, d’Im Sang-soo, ne cherche pas son inspiration dans le Moyen Age, mais dans l’histoire contemporaine. Il retrace l’assassinat de Park Chung-hee, en octobre 1979. Elu à plusieurs reprises président, cet ancien officier a contribué au développement économique de la Corée du Sud et manifesté d’évidentes tendances autocratiques. Le chef de la KCIA (Korean Central Intelligence Agency), Kim Jae-kyu, a mené une conjuration contre lui.

Les images d’archives qui figurent aux génériques de début et de fin ont été censurées en 2005 – puis rétablies. Le réalisateur relève la sanglante tragédie d’une touche d’humour noir et souligne le grotesque des protagonistes, ces hommes de pouvoir qui rêvent d’armes nucléaires et réfléchissent avec leur pénis. Il affectionne le détail cocasse, comme cet officier supérieur qui, au garde-à-vous devant le corps nu du président mort, pose sa casquette sur le pubis du cadavre. L’ambiguïté reste complète: l’assassin Park Chung-hee étaitil un défenseur de la démocratie ou un Don Quichotte mégalomane?

Festival international de films de Fribourg. Du sa 13 au sa 20. http://www.fiff.ch





Tags: "Les rois maudits de Corée", Festival international de films de Fribourg, FIFF,

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