«Si une famille possède de l’influence sur la personnalité d’un individu, l’environnement d’une société en a encore plus», explique, convaincue, Lautey. Cette jeune femme, étudiante en architecture, fait partie du collectif «Betristofa Borgarinnar», qui signifie «le salon de ma grand-mère».
Le groupe réunit des architectes en formation qui partagent un amour sans limites pour la capitale de leur pays, Reykjavík. C’est dans cette ville qu’ils ont grandi et comptent vivre. Aujourd’hui, à l’aide de leurs connaissances architecturales et de leur inspiration artistique, ces étudiants cherchent à lutter contre la désolation de la crise économique en Islande.
Gazon au parking. Grand, blond et les yeux bleus, Axel correspond au parfait cliché islandais. Il raconte que «l’objectif du groupe est de créer une meilleure ville, que les gens se sentent en sûreté et aient l’impression d’être dans un endroit chaleureux comme s’ils se trouvaient chez leurs grandsparents. » Leur méthode de travail allie simplicité et efficacité. Grâce à des interventions visuelles, ils cherchent à faire redécouvrir à leurs citoyens des espaces publics délaissés. Ainsi, ils ont reconstitué un salon d’époque au milieu d’une place abandonnée où les gens peuvent s’asseoir dans un canapé et siroter un café. Le lieu était habituellement occupé par des clochards et d’autres tristes individus. Le mois dernier, l’équipe a aussi transformé un parking du centre-ville en parc. «Avec quelques plaques de gazon posées sur le sol, nous avons métamorphosé l’endroit en un espace convivial, cette fois-ci pour les humains», dit Axel. En ajustant juste certains détails, le collectif cherche à améliorer la qualité de vie des habitants de leur ville.
A présent, Betristofa Borgarinnar relève un défi d’une autre ampleur. La Municipalité de Reykjavík a levé des fonds pour que ces jeunes artistes réaménagent l’artère principale du centre de la ville, Austurstraeti. Selon Helga, du collectif, des changements sont nécessaires: «La rue est grise, remplie de bureaux, plus personne ne la fréquente si ce n’est des soûlards. Pourtant, c’est le cœur de notre capitale, de notre pays.» Alors, la mairie a transformé cet espace en zone piétonne. L’essai a tourné à l’échec. Les piétons continuent à filer le long des trottoirs sans occuper l’ex-route des automobiles.
Grâce à de menus salons aux couleurs vives situés à l’intersection des anciennes délimitations entre voitures et piétons, Betristofa Borgarinnar cherche à brouiller les conceptions de l’espace des citoyens pour qu’ils s’approprient confortablement l’endroit. A peine installés, ces petits coins attirent rapidement les passants qui n’hésitent pas à s’y prélasser. «Normalement, nous ne nous arrêtons jamais ici, ces fauteuils nous ont invités à prendre une pause et à discuter », disent Kristian et Matta, des employés de banque.
Lutte contre la mélancolie. L’air de rien, le projet comporte une dimension qui lui confère une lourde responsabilité. A un moment où l’économie islandaise est dévastée et le chômage élevé, l’aspect de la capitale peut influer sur la santé mentale de sa population.
Hans Orri Kristjansson, un responsable municipal, explique que «à travers ce projet, la mairie cherche à augmenter le capital social du centre-ville pour tenter de faire oublier que le pays est en crise». Le groupe prend cette tâche à cœur, comme l’explique Birkrr, décrit par ses compagnons comme le passionné de l’équipe: «Nous souhaitons être la voix de la cité et donner de la force à ses habitants.» Si, en effet, ces jeunes artistes arrivent à transmettre leur optimisme à travers leurs œuvres, il est possible que les blessures causées par la tourmente financière aux âmes islandaises guérissent plus vite que prévu.
«CES FAUTEUILS NOUS ONT INVITÉS À NOUS ARRÊTER.» Kristian et Matta, employés de banque
Opération blogtrotters.
Cinq jeunes reporters parcourent le monde durant six semaines. Le meilleur remportera un stage à L’Hebdo. Suivez-les sur la nouvelle adresse: http://www.hebdo.ch/web/blogtrotters.aspx
ET PENDANT CE TEMPS...
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