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La chronique de Jacques Pilet
Obama à la rescousse d'Al-Qaida

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 13.01.2010 à 16:23

L’an passé, Obama annonçait que c’en était fini de la «guerre contre le terrorisme». Aujourd’hui, il proclame que les Etats-Unis sont à nouveau «en guerre avec al-Qaida».

A quoi sert cette déclaration soudain belliqueuse? A rassurer l’opinion, à désarmer l’opposition républicaine, à effacer l’image d’un chef d’Etat trop conciliant.

Ses effets? A peu près nuls. On peut certes renforcer le système de contrôle des passagers: il est totalement foireux. On peut mettre en place des scanners qui empêcheront de cacher de la poudre dans ses culottes. On peut envoyer quelques soldats de plus en Afghanistan. On peut convaincre le Gouvernement du Yémen de pourchasser les extrémistes. Mais rien n’empêchera un autre terroriste isolé et futé de préparer un mauvais coup.

En revanche, cette emphase guerrière fournit une formidable victoire aux adeptes d’Oussama Ben Laden. Ceux-ci pataugent depuis des années dans les vallées reculées du Pakistan, soumis à une pression militaire de plus en plus forte. Ils tentent de noyauter des bandits de grands chemins dans le sud du Maghreb. Ils avancent quelques pions dans le guêpier irakien. Ils distillent leur haine de l’Occident sur la Toile. Mais ils n’engrangent pas les succès pour autant.

Les pays arabes se sentent menacés et mènent la vie dure à ces exaltés. L’Iran se met lui-même en vedette dans son rôle de héros anti-américain mais son régime de mollahs chiites déteste la mouvance sunnite d’al-Qaida. Cette organisation est dispersée, affaiblie, en perte de vitesse. Elle sert d’étendard à quelques excités isolés. Guère plus.

Si l’on pose un regard froid sur le phénomène, on constate que ces dernières années le terrorisme islamiste a commis quelques attentats sanglants, provoqué sans doute trop de victimes innocentes, mais il n’a ébranlé, ou même menacé aucun pouvoir. Il n’est appuyé en sous-main par aucune puissance, ni la Russie, ni la Chine, ni même l’Iran.

Plutôt que de le décrire comme un terrifiant danger, il serait plus sage de le ramener à ses justes proportions. Assez dérisoires à l’échelle de l’histoire.

En surenchérissant sur ce prétendu péril planétaire, les gouvernements ne font que donner du poids politique à une pitoyable galaxie d’échauffés.

Se prévenir contre leurs agissements est une tâche de police. Ce n’est pas une guerre. Encore moins une croisade. Les mots ont leur importance. Ce n’est pas pour rien que le Gouvernement colombien refuse le terme de «guerre» pour désigner sa lutte contre les «FARC», désignées à Bogota sous le nom de «narcoterroristes». Parler de guerre, estime-t-il, serait faire trop d’honneur aux rebelles. L’administration de Washington n’a manifestement pas la même subtilité.

En attisant la peur, en faisant monter l’excitation sécuritaire, les républicains et les démocrates qui leur emboîtent le pas ne protègent pas l’Amérique, ils en dessinent la caricature: un peuple de trouillards qui se met dans tous ses états à la moindre alerte. C’est justement ainsi que les ennemis de l’Occident veulent le voir.

S’il y a une nation qui a été éprouvée par les poseurs de bombes, c’est bien la Grande-Bretagne. Les séparatistes irlandais de l’IRA ont fait couler le sang durant des décennies. Le pouvoir les a durement réprimés mais il a aussi tenté sans relâche de trouver une solution politique. Finalement avec succès. A aucun moment, Downing Street n’a fait monter les tours médiatiques. La tradition du stoïcisme britannique a eu raison des semeurs de peur.

Les Américains pourraient s’inspirer de cette attitude. Améliorer les performances misérables de leurs polices et de leurs services secrets (ceux-là même qui viennent de laisser un agent double se faire exploser au milieu de ses collègues en Afghanistan). Mais, par ailleurs, analyser sans préjugés la situation réelle des régions concernées. Tenter d’agir politiquement. Surtout se garder de croire que l’armée peut réduire tous les foyers potentiels d’hostilité. Il est triste de voir ce président si prometteur céder aux pressions de ses adversaires – dont la faillite dans ce domaine n’est plus à démontrer! - et leur emprunter leur vocabulaire.

Rien n’empêchera un autre terroriste isolé et futé de préparer un mauvais coup.




Tags: Jacques Pilet, Obama, Al-Qaida, terrorisme,

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