Elle ne paie pas de mine, cette usine. Située à Trübbach (SG), à côté du Liechten-stein, l’entreprise du groupe Oerlikon peut cependant devenir l’un des endroits où se dessine l’avenir industriel de la Suisse. A l’intérieur s’affairent des bonshommes blancs. Et que font-ils, ces techniciens? Ils façonnent des systèmes permettant de fabriquer une nouvelle génération de capteurs solaires. Oerlikon Solar, filiale plutôt discrète du groupe Oerlikon, désormais contrôlé par le milliardaire russe Victor Vekselberg, mise à fond sur une technologie révolutionnaire: les cellules solaires à couches minces, qui utilisent beaucoup moins de silicium, un composant chimique devenu très cher à usiner. Si cette technologie tient ses promesses, ces nouveaux capteurs seront, comparés aux capteurs actuels, ce que la Toyota Prius est au Hummer. Directeur du laboratoire photovoltaïque à l’Institut de microtechnique de Neuchâtel, Christophe Ballif en est convaincu: ces cellules sont moins gourmandes en énergie.
Carnet bien garni. Si ces systèmes sont fabriqués à Saint-Gall, c’est à Neuchâtel que s’élabore la recherche, sous la houlette de Johannes Meier. «C’est simple: les couches de ces panneaux solaires sont entre 200 et 300 fois plus minces», résume-t-il. C’est en 2002 que le groupe Oerlikon a la main heureuse: ses dirigeants décident alors de ne pas produire directement des capteurs solaires, mais des systèmes permettant leur fabrication. Pour l’heure, c’est bingo! Le carnet de commandes est plein à ras bord. Le chiffre d’affaires d’Oerlikon Solar devrait doubler, passant de 300 à 600 millions de francs à la fin de cette année, voire davantage encore. Et, pour 2009, ses dirigeants sont encore plus optimistes: ils visent la barre du milliard de francs. Le 26 août prochain, quand le groupe Oerlikon publiera ses résultats semestriels, tous les regards se tourneront vers la filiale solaire. A Trübbach, d’ailleurs, on engage à tour de bras pour honorer ces commandes. «Je ne vous livre qu’un chiffre, détaille Michael Schmidt, porte-parole d’Oerlikon Solar: 520 collaborateurs travaillent aujourd’hui pour notre groupe, dont 400 ici, à Trübbach. Avant la fin de 2009, nous devrions être 1000.» D’ici à quelques semaines, le groupe zurichois va d’ailleurs inaugurer un second centre de production. A Singapour, à proximité des gigantesques marchés asiatiques. Singapour? Ce pays, dont la taille correspond à celle de la Suisse, a décidé de miser à fond sur les technologies solaires. Nous sommes contents pour eux. Mais, ce qui désole Christophe Ballif, c’est que les milieux politiques et économiques suisses n’aient toujours pas compris l’importance de cet enjeu. «En Suisse, les crédits de recherche dans le domaine énergétique baissent, alors que Singapour a décidé d’investir 150 millions de dollars sur cinq ans dans cette technologie!» Johannes Meier partage cette frustration: «La Suisse est le pays des discussions éternelles. C’est dommage.» Cherchez l’erreur. Le marché, lui, n’attend pas les Suisses. Il bondit de 50% par an. Et, selon Deepak Khandpur, responsable du développement technologique chez Oerlikon Solar, «en 2035, 20% de la demande mondiale d’énergie sera satisfaite grâce au solaire». Contre moins de 1% aujourd’hui. La firme de Trübbach est donc une vraie pépite. Qui ne demande qu’à briller encore davantage.
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