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Par Julien Burri - Mis en ligne le 04.09.2012 à 14:09 |
Dreadlocks, foulard coloré dans les cheveux, joviale, Olga Tokarczuk détonne. Dans le village aux confins de la Pologne où elle se retire pour écrire, elle est connue comme le loup blanc, suscitant une appréhension mêlée de respect, comme si son métier relevait de la magie. Elle signe un beau récit dont la narratrice est une vieille marginale, attachante et lucide jusqu’à la folie, Janina Doucheyko. Elle aussi vit seule dans une campagne isolée, mais la tranquillité des lieux est perturbée par une série de mystérieux meurtres. Avant d’être un polar, Sur les ossements des morts est le roman de Janina, du regard qu’elle porte sur le monde et sur la déraison de ses semblables. La nature est très présente dans vos livres, écrits dans la solitude des forêts polonaises... J’habite aujourd’hui en ville, à Wroclaw. Mais je retourne écrire à la campagne, dans la maison de mon ex-mari. Elle est située dans une partie très sauvage de la Kotlina Klodzka. Nous avons vécu là dix ans avec notre fils. Je suis liée émotionnellement avec cet endroit. La région, polonaise depuis peu, a fait partie de l’Allemagne, de la République tchèque. Dans la littérature polonaise, personne n’a parlé de cette région. Elle est vierge! J’y suis comme une reine en son royaume. Vous êtes autant attentive au quotidien de vos personnages qu’à leur conception du cosmos. Pourquoi? J’ai été inspirée par William Blake, poète et philosophe anglais. Il a créé sa propre cosmologie. Pour lui, le monde n’est pas «bien» créé, car plein de souffrance. Les lois ne sont pas morales et les êtres humains devraient se révolter. C’est le point de vue de mon héroïne. Mais j’avais envie qu’il soit en même temps absurde et drôle. J’espère que ce livre est aussi plein d’humour noir en français! Il l’est! Mais il interpelle. Tout comme la passion de votre héroïne pour l’astrologie. Elle essaie de lire dans les astres le programme de la télévision! C’est pour cela que je voulais que Janina se passionne pour l’astrologie. Pour faire d’elle une bête curieuse. Elle ne croit pas en le Dieu catholique, mais cherche désespérément une logique au monde. Elle tente de le faire par l’astrologie. Elle bâtit un système qui peut tout expliquer. Je sais qu’elle peut rendre nerveux certains lecteurs! Vous êtes tombée dans la lecture très tôt. Comment? J’ai commencé à lire à l’âge de 5 ans. Mes parents, professeurs, avaient une grande bibliothèque, et je l’ai lue en procédant par ordre alphabétique! J’ai toujours eu faim de livres! J’ai étudié la psychologie et ai exercé dans un hôpital. J’ai commencé à écrire pendant mon temps libre. Dès 1997, après trois succès, je me suis consacrée à l’écriture. J’aime les romans qui recréent le monde. Je serai peut-être la dernière à écrire vraiment des fictions. Vous avez passé cinq mois dans une résidence d’écrivains à Zoug l’an dernier. Quelles impressions gardez-vous de la Suisse? Votre pays fascine la Pologne depuis longtemps. C’est le pays élu des dieux, préservé de la guerre. Votre système politique est apparu comme un modèle. Beaucoup de choses m’ont impressionnée. Le recyclage par exemple. Cela fonctionne comme une machine, comme une montre suisse! «Sur les ossements des morts». Noir sur Blanc, 298 p. |









