L'Hebdo;
2008-06-19 Olivier Meuwly La lutte contre l’historiquement correct
C’est l’un des historiens que l’on entend le plus souvent au micro de la Radio suisse romande, une voix devenue familière, comme sa plume, régulièrement présente dans Le Temps ou 24 heures. Volontiers moqué et attaqué par ses confrères marxisants, qui le tiennent pour un amuseur, presque un imposteur, il opérerait, selon eux, un retour intellectuellement dangereux aux fonctions hallucinogènes de la vieille histoire en vogue avant les années 60-70. Olivier Meuwly s’en défend, bien sûr. C’est vrai, il est radical et même radical militant, membre de l’état-major du conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis et ancien vice-directeur de l’USAM. C’est vrai, il a été «marqué», comme il dit par les grands radicaux du XIXe siècle, auxquels il a consacré colloques, contributions, voire livres entiers. C’est vrai, il se proclame adepte d’une histoire de type libéral, par opposition à l’histoire marxisante. Non que celle-ci soit dénuée de mérite - «Hans-Ulrich Jost, reconnaît-il, avait un esprit réellement novateur» - mais encore dominante dans les universités, elle se répète, elle tourne à l’obsession, elle ne croit pas aux individus en tant que tels, jouets de forces économiques profondes qui les détermineraient entièrement. Olivier Meuwly, lui, est fasciné par les pérégrinations intellectuelles des gens dont il a fouillé la vie, leur capacité d’action. Ils ne sont pas simplement porteurs d’un fatum qui les dépasse, ils sont «acteurs de l’histoire». v
Ses racines
HELVETIA Vaudois d’origine fribourgeoise – «Je suis issu d’une famille catholique alémanique qui procréait à tour de bras.» – marié à Joelle et père de deux enfants, docteur en droit et ès lettres, il a longtemps vécu à Pully, où son père, ingénieur civil, était municipal. Il n’a pas «honte», dit-il, de sa dette envers la société d’étudiants Helvetia, qui a joué un rôle décisif dans sa formation. La politique comme objet de dérision, c’est aussi un excellent apprentissage.
SES REFERENCES INTELLECTUELLES
HENRI DRUEY Ses références viennent souvent des «grands» radicaux qu’il a étudiés, Druey, Ruchonnet, voire Delarageaz, Vaudois lui aussi, qui fut un moment tenté par l’anarchisme. Olivier Meuwly avoue d’ailleurs une sympathie particulière pour un autre anarchiste, un vrai celui-là, Proudhon, mais surtout pour Benjamin Constant, le philosophe, le penseur, le visionnaire, convaincu de la force des idées en politique. Bref, le contraire du radical moyen d’aujourd’hui, qui ne voit le salut que dans le pragmatisme. L’historien vaudois cite volontiers ces phrases de Benjamin Constant: «Prétendre que, parce que des théories fausses ont de grands dangers, il faut renoncer à toutes les théories, c’est enlever aux hommes le remède contre ces dangers mêmes. C’est dire que, parce que l’erreur est funeste, il faut se refuser à jamais la recherche de la vérité.»
LES AMIS HISTORIENS, EDITEURS OU PUBLICISTES
BERTIL GALLAND Si Olivier Meuwly est reconnaissant à Claude Frochaux d’avoir publié en 1998 son livre Anarchisme et modernité, il l’est davantage encore à Bertil Galland, son éditeur du Savoir suisse, qui lui a «réappris à écrire». Un faible aussi pour le sociologue Bernard Voutat, bourdieusard et néanmoins agile d’esprit. Et surtout pour Pierre Jeanneret, historien de gauche, sans doute, ce qui ne l’a pas empêché de dire le bien qu’il pensait de son collègue de droite. De manière générale pourtant, Olivier Meuwly, qui considère avoir «un statut de marginal», travaille volontiers avec des gens «qui ne sont pas dans la ligne», comme les journalistes ou même Avenir suisse, son directeur romand Xavier Comtesse en particulier.
Ses œuvres principales
LOUIS RUCHONNET C’est le sujet de thèse et en même temps le livre le plus ambitieux d’Olivier Meuwly. Publié en 2006 sous le titre Louis Ruchonnet. Un homme d’Etat entre action et idéal (Bibliothèque historique vaudoise).
AUTRES OUVRAGES Histoire des sociétés d’étudiants à Lausanne (Université de Lausanne, 1987). Armée vaudoise. Evolution et démocratisation (Cabédita, 1995). Anarchisme et modernité (L’Age d’Homme, 1998). La politique vaudoise au XXe siècle (Le Savoir suisse, 2003). L’unité impossible. Le Parti radical suisse à la Belle Epoque (Ed. Attinger, 2007). Les penseurs politiques du XIXe siècle (Le Savoir suisse, 2007).
NOUVEAUTE Pour fin octobre 2008, Olivier Meuwly promet un nouvel ouvrage, publié par Slatkine : La liberté cacophonique, essai sur la crise des droites suisses, dans lequel il veut monter que l’UDC blochérienne a profité du discours historique marxisant pour rendre aux Suisses ce que ce discours leur avait subtilisé.
LES AMIS POLITIQUES
PASCAL BROULIS Le conseiller d’Etat vaudois aime s’entourer d’intellectuels pour nourrir sa propre réflexion. «Avec lui, nous n’avons pas uniquement des rapports d’employeur à employé», assure Olivier Meuwly, qui a rarement trouvé chez un politicien «une telle curiosité pour autre chose que son domaine spécifique, une telle volonté de ne pas raisonner uniquement en Monsieur Chiffres. Olivier Meuwly est aussi étroitement lié à Philippe Bender, le frère aîné de Léonard, tous deux infatigables animateurs du radicalisme valaisan. Il se sent proche de Pierre Weiss, le député libéral genevois, et - surprise! – du socialiste vaudois François Cherix. «Nous ne partageons pas les mêmes avis, mais, dans nos familles politiques respectives, nous jouons un peu le même rôle.» Des aiguillons qui osent penser dans la durée.
SES ADVERSAIRES
HANS–ULRICH JOST Le père spirituel de tous les historiens de type marxisant, comme Charles Heimberg ou Bertrand Muller, professeurs à l’Université de Genève, ou encore Sébastien Guex, professeur à l’Université de Lausanne, l’épigone parfait, «en pire», dit Olivier Meuwly, de Hans-Ulrich Jost. Des gens qui n’admettent d’autres thèses que les leurs et agitent des concepts «usés jusqu’à à la corde». Pendant que le bon peuple, lui, «n’y comprend plus rien». Et que l’UDC fait son beurre de cette ignorance.
Olivier Meuwly
Historien, juriste
et essayiste.
«Les gens ne
comprennent plus
l’histoire. Difficile
d’y remédier, si l’on recommence à
labourer les mêmes
terres marxisantes.»
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