C’est un collège «Benetton», probablement l’un des plus mélangés de Suisse romande. Si l’Etablissement C. F. Ramuz, dans le quartier d’Entre-Bois, au nord de Lausanne, a longtemps traîné une réputation peu enviable, il réussit depuis quelque temps une mue intéressante: performances scolaires à la hausse, projets pédagogiques mobilisateurs.
Pour le 25e anniversaire de l’école, les élèves et les enseignants ont monté une grande comédie musicale, Résistance: une mesure d’expulsion frappe une famille, un collège prend sa défense. Tout un symbole. Directeur depuis 2006, Olivier Saugy raconte.
Vous dirigez un collège qui comprend plus de 40% d’élèves étrangers, dont beaucoup d’allophones. Que répondez- vous aux parents qui craignent que cette mixité ne désavantage leurs enfants?
D’abord, j’entends leur question et je pense qu’elle est pertinente. Dans mes réponses, je cherche d’abord à désamorcer les fantasmes. Ce qui fait la qualité de l’enseignement, ce sont les enseignants, appuyés sur un système scolaire qui fonctionne. Où qu’on se trouve, dans quelque structure qu’on soit, si la relation élèveenseignant est positive, l’enseignement sera donné dans de bonnes conditions. Pour moi, la mixité, c’est une richesse. Tout dépend de la manière dont on la traite et comment on la travaille.
Vous avez repris la direction de ce collège il y a cinq ans. Dans quel état se trouvait-il?
Cet établissement souffrait d’une image assez négative. Parce que implanté dans une zone que beaucoup considèrent comme défavorisée, parce que les résultats scolaires y étaient fragiles, parce qu’il y avait une perte de repères assez généralisée… Pas étonnant dans ces conditions qu’un manque de confiance apparaisse. Voilà notamment pourquoi nous mettons toute notre énergie dans ce 25e anniversaire.
Une zone défavorisée?
Nous avons affaire à un mélange de populations venant de tous les continents, mais aussi à une forte proportion de familles monoparentales, à l’assistance sociale ou à l’AI, sans travail, parfois même clandestines.
Depuis votre arrivée, l’incivilité a diminué. Votre méthode?
Il a fallu réintroduire des repères, en collaboration avec le conseil de direction, les enseignants et les élèves. Et répondre à des questions en apparence évidentes: c’est quoi l’école? Qu’est-ce qu’on y fait? Réaffirmer des principes simples. Par exemple le droit pour tous d’y travailler en sécurité. A partir de là, les enseignants ont du plaisir à venir en classe et s’ils ont du plaisir, ils en donnent forcément aux élèves. Vous remplacez ainsi le cercle vicieux par un cercle vertueux.
Pourquoi cette absence de repères?
D’abord, la perte de prestige de l’enseignement et des enseignants. Moi, j’ai vécu la période dorée où nous pratiquions un métier que tout le monde voulait faire – un peu comme celui de pilote d’avion. Depuis une décennie, on remet systématiquement en cause la qualité du travail des profs. Alors que ce sont, pour l’immense majorité, des individus engagés. Quand ils doivent en plus exercer avec des règles de fonctionnement peu claires, ça devient humainement très pénible.
Pourquoi avoir accepté ce poste?
Peut-être parce que j’ai rencontré dans mon parcours scolaire un directeur de collège qui m’a donné un coup de pouce au moment où j’en avais le plus besoin. Je viens d’un milieu ouvrier, j’étais en échec au moment de passer au collège, suite à une grave maladie. Ce directeur m’a accordé le demi-point qui a fait toute la différence.
Vous faites volontiers référence au sport?
Parce que, pour des raisons de santé, j’étais censé ne jamais en faire et parce que j’ai fini par l’enseigner à tous les niveaux. La preuve que rien n’est jamais perdu. J’ai aussi travaillé dans le monde du foot. Notamment, à Yverdon-les-Bains, pendant dix ans, comme adjoint de Bernard Challandes, alors entraîneur de la première équipe.
En reprenant la direction de C. F. Ramuz, vous avez voulu relever un défi personnel…
Je ne suis pas un grand théoricien, mais plutôt un homme du terrain. J’aime les projets, faire avancer une équipe. Pour moi, un établissement scolaire, c’est un peu comme une section de foot junior. Vous devez composer avec vos entraîneurs et vos joueurs. Lorsque vous êtes dans le monde du bénévolat, vous ne pouvez jamais imposer quoi que ce soit. Vous devez convaincre. Idem dans un collège, avec les enseignants et les élèves.
Avez-vous regretté votre décision?
Non. Et jamais je n’aurais pensé éprouver un tel plaisir à faire ce travail.
Quel est l’objectif des manifestations de ce 25e anniversaire?
Dans la comédie musicale montée pour l’occasion, on trouve des élèves de toutes les voies d’enseignement, autant de jeunes Africains que de jeunes Européens. En tout, une soixantaine de chanteurs, de danseurs, de comédiens... Même brassage avec le festival culturel et le repas spectacle interactif. Cette mise en communauté et en lien des origines de chacun améliore l’ambiance et fait progresser la culture de notre établissement.
Votre rôle dépasse celui de l’enseignement au sens strict…
En effet. Nous faisons ce qui est en notre pouvoir pour assurer un maximum de sécurité à nos élèves pour qu’ils puissent bien travailler. Mais contrôler tout ce qui se passe à l’extérieur, dans la rue, au sein des familles, c’est impossible.
Arrive-t-on aux limites du système?
Je vous donne mon sentiment personnel: l’école fait avec les structures et les moyens à disposition. Dans ce sens, il est important que chaque établissement ait le soutien mais aussi l’autonomie nécessaires pour assurer un enseignement optimal et la meilleure intégration possible de ses élèves.
Du 5 au 13 avril, le Collège C. F. Ramuz fête son 25e anniversaire. Pour les spectacles: réservations et informations au 021 315 67 57.
Profil
OLIVIER SAUGY
1954 Naissance à Rolle.
1984-2001 Enseignant à Rolle, puis à Yverdonles-Bains.
2001-2006 Adjoint pédagogique au Service de l’éducation physique du Canton de Vaud.
2006 Directeur de l’Etablissement secondaire C.F. Ramuz, à Lausanne.
Tags: Ecole, Olivier Saugy, mixité culturelle,
|