Il a neigé sur le lac Majeur. Cette grâce hiémale n’inspire plus de chanson triste, mais renforce les climatosceptiques dans leur conviction. Il a fait froid cet hiver, le GIEC a commis une erreur, c’est bien la preuve que le réchauffement global relève du fantasme. Pis! C’est une conspiration écologiste mondiale! Plus besoin de repeindre le 4x4 en vert, ni de fermer le robinet. La noyade des ours blancs, c’était du pipeau. On peut de nouveau jouir sans entrave. Tel est le but ultime de l’homme moderne: jouir, jouir, jouir. Il est formaté pour ça. Sa jouissance se confond avec la consommation. Il veut acheter son steak quotidien en bagnole, manger des fraises à Noël, skier entre les canons à neige, avoir tout tout de suite. Il refuse d’entendre parler de décroissance, de taxes, de transports en commun. Il plaide non coupable. Et pourtant, les pôles fondent, la mer monte, la catastrophe se précise. Au lieu d’inventer de nouveaux modes de vie, on persiste dans l’erreur, on fuit en avant. Découragé par tant d’aveuglement, on se demande: faut-il le sauver, ce bipède inassouvi? Ou pousser la logique suicidaire à terme, faire tabula rasa, débarrasser la Terre de son dangereux parasite? Parfois, pour se conforter, certains disent: «On vit quand même mieux aujourd’hui que dans les années 60.» A l’époque, les enfants n’avaient pas de MP3; mais ils avaient des terrains vagues. Ils étaient libres. Honnêtement? C’était mieux.
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