Strauss, Offenbach et Mozart sont les invités lyriques de cette fin d’année en Suisse romande. Mais pourquoi eux, ces donneurs de tableaux colorés, de fins heureuses et d’airs populaires? Y a-t-il un rituel à respecter dans la programmation lyrique de la fin décembre?
Il est arrivé à Jean-Marie Blanchard de programmer La Bohème ou Tosca, ouvrages certes prisés mais pas vraiment du plus haut comique: le directeur du Grand Théâtre précise les avoir «complétés» alors par des ballets qui garantissaient la part de légèreté de circonstances.
D’évidence, décembre n’est pas un mois comme les autres et réveille l’appétit d’un public occasionnel, mais fidèle: «C’est une belle occasion d’ouvrir encore plus les portes des théâtres», relève le directeur, en articulant des chiffres significatifs – autour de 10000spectateurs par production et près du double en périodes de fêtes.
Cette année cependant, après les enjeux métaphysiques abordés par La Trilogie du diable, Jean-Marie Blanchard a trouvé adéquat de programmer La Chauve-souris, opérette viennoise pure valse, «pour des raisons d’équilibre de ma saison. La présence d’une telle œuvre me semblait bienvenue. Mais je n’établis aucune échelle des valeurs entre les ouvrages, qu’ils soient dramatiques ou légers. Chacun mérite respect et soin.»
Rituel de fin d’année. Directeur de l’Opéra de Lausanne, Eric Vigié estime même que le genre opérette est plus dur à défendre, et accessoirement plus coûteux: «Il faut disposer d’excellents chanteurs, comédiens, danseurs, sans compter l’éventuel travail d’adaptation du livret, pour que l’ouvrage ait un impact direct sur le public!» Le directeur tient beaucoup au rituel de fin d’année. En raison du public qu’il attire, divers et bon enfant, mais aussi parce qu’il lui donne l’occasion d’inviter des artistes inattendus. Le duo Simon-Lapp, Omar Porras, ou ce sacré «saltimbanque» de Jérôme Savary à la mise en scène, ou encore, comme cette année, le pianiste et chef Christian Zacharias qui va se mesurer, avec La Belle Hélène, à son premier ouvrage lyrique.
La Finta Giardiniera programmée à Fribourg obéit elle à une autre logique. «Nous montons une production annuelle, souligne le directeur de l’opéra Alexandre Emery, notre raison d’être est donc de choisir des ouvrages de qualité et hors des sentiers battus. Nous fonctionnons dans l’esprit d’un festival dont l’équilibre artistique se joue sur plusieurs années. Ne monter que des opérettes n’aurait aucun sens!» D’ailleurs, qu’il soit signé Milhaud, Menotti, Offenbach ou Chabrier, le rendez-vous fribourgeois attire le même nombre de spectateurs. Le bijou mozartien prévu cette année ne faillira pas à la règle. Il contient de surcroît tous les ingrédients nécessaires à ce mélange de rires et de larmes qui est le propre de l’opéra.
Lausanne. Métropole. Du ve 26 au me 31. Rens. 021 310 16 16.
Fribourg. Aula de l’Université. Du lu 31 au di 18 janvier. Rens. 026 350 11 00.
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