Un festival tourne, tel un carrousel. Les artistes défilent, météorites ou étoiles, illuminent l’affiche et puis s’en vont. L’orchestre attitré, c’est autre chose: sous son appellation locale, il rassemble une communauté d’interprètes qui cimentent la manifestation, l’incarnent.
Directeur artistique de l’Orchestre de chambre du Festival de Verbier, Gábor Takács-Nagy confirme ce rôle identitaire: «Le Verbier Chamber Orchestra donne des concerts dans le cadre du festival, propose des programmes de qualité et, en plus, fait des tournées d’hiver et de printemps qui portent loin à la ronde le renom du festival!»
Dans les faits, l’orchestre rassemble une quarantaine de musiciens tous issus d’orchestres prestigieux – New York, Vienne, Berlin, Leipzig, Amsterdam… «La crème de la crème, s’extasie Gábor Takács-Nagy, et dont l’âge n’excède pas 28 ans.»
Ils reçoivent un mois à l’avance les partitions – préalablement annotées, avec coups d’archet et autres articulations – et se réunissent une semaine avant leur premier concert. «Le noyau demeure très stable, confirme le chef hongrois: l’enthousiasme est fort, avec la ferveur juvénile de musiciens encore épargnés par la routine.»
L’Orchestre symphonique de Verbier, placé sous la direction artistique de Charles Dutoit, a une moyenne d’âge encore plus basse (21 ans) et engage quant à lui des étudiants au terme d’auditions sévères qui, partout dans le monde, attirent des centaines de candidats.
Le must, pour ces derniers, demeurant l’opportunité – qui sait – de pouvoir rejoindre plus tard les rangs de l’Orchestre de chambre. Ce grand orchestre se réunit, lui, deux semaines avant le début des festivités. Tous les musiciens sont bien évidemment nourris, logés à l’hôtel et rétribués.
Le Festival de Lucerne s’est aussi construit autour de l’énergie collective: en 1938, les musiciens suisses avaient besoin de travailler en dehors des saisons de concerts et l’orchestre lucernois avait un rôle essentiel à jouer. Puis, avec la pléthore d’orchestres en tournée sur le marché, il a été supprimé… pour renaître en 2003 sous l’impulsion de Claudio Abbado qui l’a constitué à partir de son orchestre fétiche, le Mahler Chamber Orchestra. Parce que, de toute évidence, un festival sans orchestre est un festival sans âme.
Directeur du Festival de Gstaad, Christoph Müller annonçait l’an passé la naissance du Gstaad Festival Orchestra construit à partir de l’Orchestre de chambre de Bâle renforcé par des étudiants de l’Académie Menuhin et de la Haute Ecole de Berne.
Les raisons de disposer d’un orchestre spécifique vont de la carte de visite de prestige, lors de tournées, au besoin de rendre la manifestation «plus vivante, exclusive et passionnante», sans oublier la possibilité de monter des productions elles aussi «exclusives».
Placé sous la direction musicale de Kristjan Järvi, l’orchestre se concentre cette année sur un programme de musiques américaines puis une soirée d’œuvres rares et de créations. Car c’est bien à ce niveau qu’un orchestre doit justifier sa pertinence: en sortant des chemins battus, il donne à un festival son identité, son âme et un aspect unique indispensable.
Festival de Verbier. Du 15 au 31 juillet. Festival Menuhin. Gstaad/Saanen. Du 15 juillet au 3 septembre. Festival de Lucerne. Du 10 août au 18 septembre.
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