Dans la vie, les filles veulent toutes se faire prendre en photo avec Jean Dujardin, et plus si entente. Dans le film, c’est tout pareil. OSS 117 – Rio ne répond plus s’ouvre sur une scène parfaitement surréaliste dans un pensionnat chic à Gstaad en 1967. OSS 117 se trémousse en rythme et pullover façon après ski. Les filles autour de lui hurlent et roucoulent. Il leur pince les fesses et nous hurlons de rire. Les méchants Chinois arrivent, tuent toutes les jeunes filles qui baignent dans leur sang sauf une, la plus belle, qu’OSS 117 va s’envoyer à l’étage dans des draps propres.
Rio ne répond plus, suite des aventures de Le Caire nid d’espions, dirigé par le même Michel Hazanavicius, est un bijou de second degré, de parodie et d’humour iconoclaste, le tout porté par un Jean Dujardin dans une forme épatante. Lancé sur les traces d’un microfilm compromettant pour l’Etat français, Hubert Bonisseur de La Bath, dit l’agent OSS 117, envoyé au Brésil, se retrouve à faire équipe avec une rousse et avenante lieutenant-colonel du Mossad pour capturer un maître chanteur nazi. Plages de Rio, palaces de Copacabana, Christ du Corcovado, jungle amazonienne: rien ne lui est épargné, ni le dépeçage d’un crocodile, ni la découverte que les femmes ont un cerveau.
C’est que le monde a changé: entre 1955 et 1967, douze ans après ses exploits au Caire, la guerre est un souvenir lointain, le féminisme une actualité et les hippies une idéologie contagieuse. Mais OSS 117 est toujours aussi délicieusement fat, inculte, raciste, macho, réac et obtus. Face à une rousse qui se balade sans soutien-gorge, il en perd ses moyens et oublie une seconde de rentrer le ventre. Les hippies voudraient «changer le monde»? «Changer le monde? Quelle idée stupide! Le monde est très bien!»
Kitsch. Le classicisme très gentleman espion du Caire a fait place à un décor de carton-pâte génialement kitsch, d’un mauvais goût absolu et d’une ironie pop parfaite. Les femmes sont en Courrèges, jambes nues et bottes de Barbarella leur caressant la cuisse, les séducteurs jouent les beaux gosses en regardant la caméra en dessous et les filles par derrière. Flattées, elles poussent des «oh!» et des «ah!» sans que jamais rien de grave ne puisse déranger la rondelle de citron du martini-coca posé au bord de la piscine. A coup de zooms et de split screens, d’images multipliées sur l’écran et de raccourcis invraisemblables, le style prend le pas sur le fond, et la déconnade vire au chef-d’œuvre du pince-sans-rire.
Hubert ne connaît pas plus les Juifs ou les nazis qu’il ne connaissait les Arabes au Caire – les blagues bêtes et méchantes qu’il aligne dans le film sont un défi au politiquement correct, et ses obsessions sexuelles le rendraient presque sympathique.
OSS 117, dont la version de Dujardin n’est qu’un des nombreux avatars descendant en ligne directe de la cuisse du personnage de fiction éponyme créé par l’auteur français Jean Bruce dans les années 50, termine ses aventures brésiliennes en écoutant son chef lui vanter les mérites de la Chine. Il est prêt à repartir, forcément.
OSS 117: Rio ne répond plus. De Michel Hazanavicius. Avec Jean Dujardin, Louise Monot, Alex Lutz, Pierre Bellemare. France, 1 h 40. Sortie le 15 avril.
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