Football
Ottmar et Raymond, colonel et pantin
COUPE DU MONDE. Les deux entraîneurs ont marqué le début de la compétition, l’un héros, l’autre zéro. Portrait croisé.
N’importe quel joueur de poker vous le dira: le bluff est une arme à double tranchant. Bien utilisé, il permet de surprendre l’adversaire et d’arracher la victoire. Mal maîtrisé, il alourdit la défaite et laisse le roi nu.
A leur manière, Ottmar Hitzfeld et Raymond Domenech ont démontré cette vérité durant la première quinzaine de la Coupe du monde et prouvé l’importance du poste de sélectionneur. Tout en rappelant que la marge qui sépare le héros du zéro est infime. Quoique...
Bluff et stratégie. Si, à l’entame du tournoi, les deux entraîneurs semblaient également menacés face à la pression du résultat, les apparences se sont avérées trompeuses. Bien sûr, la Suisse et la France sortaient d’une campagne de préparation mitigée. Mais les discours différaient. Comme la méthode. Au point que Hitzfeld était pour beaucoup la seule raison d’y croire, tandis que Domenech semblait la principale pour ne pas y croire.
Fidèle à sa morgue légendaire, le Français martelait que tout allait bien, que la progression suivait son cours, malgré une mortifiante défaite face à la Chine. Sérieux comme à l’habitude, presque rigide, son homologue helvète – Allemand de naissance, mais Suisse de cœur – se contentait d’en appeler à la patience, à la confiance également, dans son plan de préparation. Et s’offrait un nul de prestige face à l’Italie. Avant d’ouvrir la partie.
Grand joueur de poker devant l’Eternel - mais de jass, également – Ottmar Hitzfeld sait bluffer quand nécessaire. Avant la rencontre contre l’Espagne, il laissait entendre que la Suisse pourrait solder ce match, loin d’être capital pour sa survie dans ce mondial, en laissant Frei et Behrami au repos. Mais le colonel Hitzfeld cachait bien son jeu. L’ancien professeur de mathématiques concoctait un 4-4-1-1 inédit pour vaincre la Roja. La combinaison s’est avérée payante pour signer le premier exploit de la compétition et renommer l’entraîneur «Gottmar».
Amateur de cartes également – tendance UNO, plutôt – Raymond Domenech s’est aussi essayé au bluff. Mais sans stratégie, plus aveugle que visionnaire. Féru d’astrologie, Raymond la Science espérait peut-être un coup du destin, en lieu et place d’un coup de poker. Jusqu’à perdre la tête... que ses joueurs tentent désormais de lui reprendre.
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