S’il œuvrait dans la diplomatie, on parlerait d’un «Quereinsteiger», l’un de ces ambassadeurs entrés dans la profession par une voie détournée. Fondateur des supermarchés à bas prix Otto’s, Otto Ineichen est venu à la politique sur le tard, élu au Parlement en 2003. Ce parcours a fait de lui un ovni au sein de son parti, le Parti libéral radical (PLR): défenseur de l’économie réelle et pourfendeur de la spéculation sur les marchés financiers, à gauche sur les questions de société, mais à droite sur celles de migration. «Je suis un peu apolitique, reconnaît-il. Mon but premier est de faire bouger les choses.» Politicien hyperactif, impatient diront certains, il ne reste jamais longtemps les bras croisés. La crise arrive et le Conseil fédéral ne fait rien? Il crée une task force parlementaire mobilisable en cas de faillite bancaire. Le chômage grimpe alors qu’on manque de personnel médical? Il propose de former les jeunes sans-emploi aux métiers de la santé. On lui doit aussi les jobs-passerelles pour sortir de l’AI les gens capables de travailler, la Fondation Economie et Famille qui organise la prise en charge extra-scolaire des enfants ou encore le projet Speranza qui encourage les entrepreneurs à créer des places d’apprentissage.
SES REFUGES
LA FORÊT Le conseiller national se décrit comme un solitaire: «J’ai besoin de me retirer de temps à autre, pour penser à qui je suis, où je vais ou revenir sur un échec.» Il traverse alors les 400 mètres qui séparent son bureau à Sursee (LU) de la forêt et va s’y promener.
SA FAMILLE Le Lucernois est marié, a quatre fils et quatre petits-enfants. «La famille est importante pour moi. Ce qui m’importe avant tout, c’est que la paix y règne.» Ses proches peinent parfois à comprendre que le jeune retraité n’ait pas du tout levé le pied. «Je suis un workaholic», sourit-il.
LE SPORT «Les jours de beau temps, je pars faire un tour à vélo ou à skis de fond de deux ou trois heures.» Il n’hésite pas alors à annuler tous ses rendez-vous pour «se prendre du temps» rien que pour lui.
SES SOURCES D’INSPIRATION
GOTTLIEB DUTTWEILER Si le radical devait n’avoir qu’une seule source d’inspiration, ce serait le fondateur de la Migros, «un homme qui a investi une énorme énergie dans son entreprise, mais qui est resté modeste et a fini par offrir tout ce qu’il avait construit à la population suisse.»
L’ABBAYE D’HAUTERIVE Le conseiller national se retire chaque année pour quelques jours dans l’abbaye cistercienne de Posieux (FR). «J’y vais depuis trente-deux ans. Je suis fasciné par leur façon d’organiser leur vie, de prendre chaque jour comme il vient. Les moines sont loin de tout et pourtant restent ouverts sur le monde.»
SES CONTACTS POLITIQUES
LES ENTREPRENEURS RADICAUX Patron de PME, Philipp Müller (PLR/AG) est issu de l’économie réelle, comme Otto Ineichen. «Sur l’économie, nos idées sont proches.» Le Lucernois se reconnaît aussi dans ses positions, parfois très dures, sur les étrangers. Les parlementaires Johann Schneider-Ammann (PLR/BE) et Tarzisius Caviezel (PLR/GR) sont également des proches.
JEAN-FRANÇOIS RIME (UDC/FR) Les deux hommes ont collaboré au sein de l’Alliance Energie, une plateforme suprapartisane mise sur pied par le radical pour promouvoir l’efficience énergétique. «C’est un politicien peu conformiste – un querdenker comme disent les Alémaniques – jamais à court de propositions sortant de l’ordinaire», dit de lui le Fribourgeois.
CHRISTIAN LÜSCHER (PLR/GE) «C’est un vrai gagnant, à la fois charmeur, tolérant et clair dans ses positions», glisse Otto Ineichen. Le Genevois le décrit de son côté comme «l’incarnation même d’un libéralisme économique à visage humain.»
SIMONETTA SOMMARUGA (PS/BE) «Même si nous ne sommes pas du même avis, la discussion reste possible avec elle», relève le radical. Les deux parlementaires ont proposé un paquet d’économies sur la santé au printemps 2009. «C’est un réseauteur, dit de lui la Bernoise. Il réunit les gens autour de solutions.»
DORIS LEUTHARD Otto Ineichen est «un immense fan» de la conseillère fédérale. «Je la trouve courageuse. Elle sait penser au-delà des frontières de son parti: elle a nommé le socialiste Serge Gaillard à la direction du Travail et la Verte Ursula Reynold à la tête de la Formation professionnelle.»
SES AMIS DE L’ÉCONOMIE
PHILIPP HILDEBRAND «Le président de la BNS avait senti venir, bien avant les autres, les problèmes de l’UBS et avait courageusement tenté de les désamorcer.»
EUGEN HALTINER Le conseiller national ne se joint pas au concert de critiques visant le directeur de la Finma, accusé d’être trop proche de son exemployeur, l’UBS. «Il a en fait été l’un des premiers à signifier son désaccord avec la stratégie de la banque, en quittant un poste valant des millions pour rejoindre l’administration fédérale.»
RUDOLF STRAHM Le socialiste et ex-Surveillant des prix est un ami de longue date. «J’aime le pragmatisme dont il a toujours fait preuve, même lorsque cela ne plaisait pas à son parti.» Rudolf Strahm loue pour sa part «l’indépendance d’esprit, le pragmatisme et la créativité détachée de toute idéologie» du radical.
CLAUDE HAUSER Il apprécie «la modestie, l’éloquence et le style de direction humain» du président du conseil d’administration de Migros. «J’admire son engagement et sa capacité à s’enthousiasmer», dit ce dernier, qui apprécie son combat pour la formation professionnelle ou l’ouverture des marchés, «des causes qui tiennent à cœur à Migros».
SES RELAIS MÉDIATIQUES
ROGER DE WECK L’ex-rédacteur en chef du Tages-Anzeiger et du Zeit, qui préside le conseil de fondation de l’Institut HEID à Genève, est «un vrai libéral» et «un précurseur», dit de lui le politicien.
PETER ROTHENBÜHLER «J’aime les gens qui osent penser autrement et le dire sans se préoccuper des conséquences.» C’est le cas de l’ancien rédacteur en chef du Matin, «qui n’a jamais hésité à empoigner les sujets chauds.» Peter Rothenbühler dit, lui, «avoir de l’affection pour ce radical humaniste, éclairé, qui s’engage pour l’emploi et l’apprentissage des jeunes.»
SES ADVERSAIRES
LA DIRECTION DU PLR «Mes principaux ennemis se trouvent au sein de mon propre parti», rit cet électron libre, dont les positions, souvent à contre-courant, heurtent la direction d’une formation qui a fait de son recentrage une priorité. «Fulvio Pelli (président du parti) et Gabi Huber (cheffe de la fraction) ont dû avaler pas mal de couleuvres à cause de moi, ajoute-t-il. J’ai par exemple été l’un des seuls radicaux à soutenir les importations parallèles et à défendre la taxe sur le CO2. J’ai même signé l’initiative contre les rémunérations abusives des patrons!»
PASCAL COUCHEPIN «Nous avons eu pas mal de conflits, admet le parlementaire. Je n’étais pas toujours persuadé que ses idées "visionnaires" servaient vraiment les intérêts du parti, comme lorsqu’il a évoqué la retraite à 67 ans juste avant les élections de 2007.»
CHRISTOPH MÖRGELI ET OSKAR FREYSINGER L’entrepreneur n’aime pas la manière de faire de la politique des deux UDC, pourtant éloquents et intelligents: «Ils ont tendance à occulter la complexité des problèmes, à trop les simplifier.»
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