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Par Catherine Bellini - Mis en ligne le 19.09.2012 à 13:32 |
Vous qui en avez connu beaucoup, qu’est-ce qu’Otto Stich avait de différent des autres conseillers fédéraux? Sa pipe. Je n’ai jamais connu un conseiller fédéral qui fumait la pipe. Chez Otto, la pipe c’était à la fois un culte mais aussi un élément de sa personnalité. Il travaillait, il écrivait, il pensait, il discutait en fumant la pipe. Les gens qui fument la pipe pensent avant de parler. Otto Stich, normalement, se maîtrisait. Il ne criait jamais. Mais s’il s’énervait beaucoup, intérieurement, alors il quittait son bureau et allait au tabac du Zytglogge s’acheter une nouvelle pipe. Il en avait beaucoup? Oui! Parce qu’il avait deux sortes de motifs d’énervement. Il était très sensible aux critiques des médias qui s’en prenaient à sa personnalité. Cela lui faisait mal car sa famille en souffrait. L’autre motif était d’ordre politique: le Parlement l’agaçait. En n’acceptant pas son augmentation des taxes sur les carburants par exemple. Il nous disait: ils savent ce qu’il faudrait faire, mais n’acceptent pas car c’est moi qui le propose. Il était persuadé d’être sur le bon chemin et ne le quittait pas. Même si le Parlement n’en voulait pas. Le compromis, ce n’était pas sa force. Lui vous aurait répondu que ce n’était pas sa faiblesse. Pourquoi ne s’est-il jamais donné la peine de parler français? Il a grandi dans le Schwarzbubenland, au nord du canton de Soleure. Un milieu régional dont il sortait peu. Plus tard, il focalisait son attention sur la politique, l’économie et son métier d’enseignant. Il n’était pas «multitasking». Et une fois au Conseil fédéral? Il a vite réalisé que sa faible maîtrise du français était un handicap. Raison pour laquelle le premier collaborateur qu’il a engagé fut Jean-Noël Rey. Il pensait pour lui en français. Ils ont passé beaucoup de temps à discuter de l’impact que sa politique pourrait avoir en Suisse romande. Des réactions, des attentes. Cela l’intéressait au plus haut point. Et l’Europe, qu’avait-il contre elle? Il était pour l’idée initiale de l’Europe formulée en 1946 par Churchill: une union européenne pour construire la paix. Mais il pensait qu’en adhérant à l’Europe, nous perdrions notre culture politique, la démocratie directe. Il ne croyait pas que l’Europe puisse devenir aussi démocratique que la Suisse. Il était furieux que la majorité du Conseil fédéral ait décidé d’envoyer la fameuse lettre de demande d’adhésion à la Communauté européenne le 20 mai 1992. Ce jour-là, il a dû s’acheter deux pipes!
PROFIL - OSWALD SIGG L’ancien journaliste de 68 ans a été collaborateur de Willi Ritschard, puis d’Otto Stich, Adolf Ogi, Samuel Schmid et Moritz Leuenberger, ainsi que porte-parole du Conseil fédéral. |









