Oubliez Pelli!
Le Tessinois ferait un mauvais candidat au Conseil fédéral.
Dans notre édition du 4 juin, nous consacrions une enquête au «plan secret de Fulvio Pelli». Avant même l’annonce de la démission de Pascal Couchepin, nous tentions de détailler le script du film: le président du Parti radical allait tout mettre en œuvre pour, après avoir poussé plusieurs autres prétendants, émerger comme le seul sauveur possible du siège libéral-radical au gouvernement. C’est très précisément ce qui est en train de se passer. Un nouvel épisode s’est joué avec ses récentes déclarations. Mais ferait-il un bon candidat? D’aucuns s’émerveillent encore du prétendu talent politique de Fulvio Pelli. Son manque de clarté serait le nec plus ultra de la stratégie. Les références à Machiavel pleuvent. Quel gag! Quelle insulte à la mémoire du penseur florentin! Avec le temps, on devrait pourtant savoir que le politicien tessinois aime les calculs si compliqués qu’il s’y perd lui-même. Jusqu’ici, le bilan de Pelli se réduit à son flirt avec l’UDC, au soutien apporté à Christoph Blocher et à la défaite électorale radicale en 2007. Quelle vista... D’accord, le président Pelli a réintroduit la discipline dans les rangs libéraux-radicaux. Mais au service de quel programme? Pour défendre quelles idées? On ne sait pas trop. Reste cette revendication du Tessin à placer à nouveau l’un de ses représentants au gouvernement (lire le reportage de Michel Guillaume en page 18). Une demande légitime: l’idéal, c’est quatre Alémaniques, deux Romands et un Tessinois au Conseil fédéral. Mais si, aujourd’hui, le prix à payer se nomme Pelli, il est inacceptable. A s’intéresser à la valse-hésitation du président radical, on en oublie surtout de s’interroger sur son vrai bilan et sur les qualités des autres candidats. Dont trois au moins peuvent se targuer d’un sacré bagage. Avec constance, Martine Brunschwig Graf défend ses convictions – très libérale en matière d’économie, proeuropéenne en politique étrangère... Elle fait d’ailleurs un excellent début de campagne. Pour remplacer Couchepin, un caractère de leader et la combativité sont des critères essentiels – la Genevoise n’en manque pas (lire L’Hebdo du 6 août). Didier Burkhalter ne brille pas par son charisme. Mais c’est un politicien honnête, capable de positions courageuses, notamment en matière de sécurité. Il peut aussi faire valoir des résultats solides à l’exécutif de la Ville de Neuchâtel. Très populaire, Pascal Broulis n’est pas seulement le président des Vaudois, il s’est révélé ouvert aux collaborations avec les autres cantons romands. Il peut incarner une région qui a retrouvé confiance en elle. Et qui continuera d’apporter beaucoup au reste de la Suisse. Grâce à son dynamisme économique, notamment. Bien sûr, le candidat Broulis doit progresser en allemand. Mais la maîtrise des langues n’est pas tout, et il ne suffit pas d’être trilingue, comme Pelli, pour faire un bon conseiller fédéral. Encore faut-il avoir quelque chose à dire. Et le sens de l’intérêt du pays. Outre son goût immodéré du pouvoir et des manœuvres tordues, le Tessinois, lui, n’a pas montré grandchose. Voilà pourquoi il faut l’oublier.
Tags: Editorial, Alain Jeannet, Pelli,
|