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Où seront les emplois de demain?

Mis en ligne le 18.05.2006 à 00:00

Est-ce que le secteur industriel continuera de perdre de l'importance par rapport à celui des services ou fournira-t-il à l'avenir un plus grand nombre de places de travail qu'actuellement?

L'Hebdo; 2006-05-18

Sondage 2 Où seront les emplois de demain?

Les piliers traditionnels de l'économie suisse ont le vent en poupe, alors que les fonctionnaires et les agriculteurs peuvent faire montre de légitimes inquiétudes.

Le jugement des leaders sur la compétitivité des branches économiques suisses est contrasté: ils continuent de croire, encore et toujours, aux piliers traditionnels que sont les industries chimique et pharmaceutique, les banques et assurances, ainsi que l'horlogerie. Ils sont plus réservés quant aux secteurs de la santé, du tourisme et de l'industrie des machines. Ils mettent en cause le commerce de détail, la construction et l'agriculture, tous secteurs moins compétitifs que leurs concurrents étrangers. De façon générale, le secondaire continuera à perdre du terrain, affirment ceux-là mêmes qui vantent la compétitivité de l'industrie chimique ou pharmaceutique et de l'horlogerie, qui font donc exception.

Mais le secteur dont l'avenir est le plus sombre est celui de la fonction publique. Leaders et population voient comme irrémédiable la réduction du nombre des fonctionnaires. Il faut dire que ces dernières années ont été marquées par des discours récurrents sur le rôle de l'Etat et sur le nécessaire rééquilibrage des finances publiques. Des décisions ont été prises dans de nombreux cantons pour modifier le statut des fonctionnaires qui se rapproche dès lors de celui du privé, et l'on y a procédé à une réduction drastique du nombre des employés de l'Etat. De nombreux observateurs rendent attentifs depuis quelques années à la reconversion indispensable des fonctionnaires face au développement des guichets virtuels et de l'internet en général, ainsi qu'en raison de la délégation ou de la privatisation des tâches de l'Etat.

Les branches les plus dynamiques du marché suisse fourniront des emplois, mais essentiellement des postes exigeant de hautes qualifications. C'est le cas pour les banques et assurances, la chimie et le pharmaceutique, et même l'horlogerie qui offrira cependant aussi bon nombre d'emplois de qualifications moyennes.

Cela explique pourquoi la population, mais surtout les leaders, affirme que la Suisse devra importer dans le futur des collaborateurs disposant de qualifications élevées. Mais elle aura également besoin de forces moins qualifiées pour le tourisme, l'industrie alimentaire, le commerce de détail et la construction, branches qui ne se développeront pas mais devront pallier la répugnance des Helvètes aux tâches qu'elles offrent.

Dans son livre blanc intitulé Face à la pénurie de talents, l'agence Manpower dresse un tableau préoccupant des ressources humaines dans les pays développés: taux de natalité en baisse, espérance de vie en hausse, chômage faute d'instruction suffisante, inadéquation des compétences, migration des cerveaux...

L'OCDE constate pour sa part que «l'amélioration de la productivité résulte de la combinaison de la technologie et de personnel qualifié. Les opportunités de travail pour les non-qualifiés et moins instruits régressent presque partout.» Les leaders de SOPHIA n'ont donc pas tort lorsqu'ils pressentent que la Suisse ne saura pas fournir les forces de travail adéquates à terme.

Chez les leaders, les professions les plus prometteuses sont les physiciens, les ingénieurs électroniciens, les juristes, les informaticiens, les employés de banque ou les ouvriers dans l'horlogerie, c'est-à-dire de quoi fournir les domaines les plus compétitifs cités plus haut. On donne moins de chance aux médecins, publicitaires ou aux enseignants... On décourage enfin les fonctionnaires, les ouvriers de la métallurgie, les mécaniciens automobile, les agents de voyage et les journalistes!

Mais quelles sont en réalité les professions les plus recherchées en Suisse? Manpower en dresse le hit-parade suivant: ouvriers pour la production, ouvriers qualifiés, gestion ou direction d'entreprises, personnel pour l'hôtellerie et la restauration, spécialistes en informatique, jardiniers, comptables, ingénieurs et personnel soignant. Les sondés ont donc tout juste en ce qui concerne les ingénieurs et informaticiens, mais tout faux pour les professions manuelles spécialisées!

Le cas particulier de la médecine est intéressant puisqu'il s'agit d'une profession jugée stable par les leaders, mais florissante par la population. Les métiers de journaliste ou de publicitaire connaissent la même distorsion. Ainsi, la population resterait persuadée que les métiers du tertiaire qui se sont développés durant la deuxième moitié du XXe siècle continueront sur leur lancée alors qu'une bonne partie des leaders (mieux informés?) imagine leur déclin. En revanche, 40% des deux échantillons prévoient une crise chez les agents de voyages, pris en étau entre l'internet qui permet d'organiser ses vacances sans intermédiaire et une réduction du tourisme due aux troubles politiques de la planète et à l'épouvantail des grandes épidémies. |

COMMERCE DE DÉTAIL, CONSTRUCTION, AGRICULTURE: LA SUISSE à LA TRAÎNE

Ces deux questions, l'une sur la compétitivité des branches économiques et l'autre sur leur capacité à créer des emplois, n'ont été posées qu'aux leaders. Il en ressort une vision assez contrastée du monde économique suisse, avec un net décalage entre la compétitivité et la création d'emplois, ce qui confirme l'idée qu'il peut y avoir croissance sans places de travail supplémentaires.

La Suisse se caractérise par quatre secteurs très compétitifs qui sont dans l'ordre les industries chimique et pharmaceutique, les banques, les assurances ainsi que l'horlogerie, ce qui représente un bon équilibre entre secteurs secondaire et tertiaire.

La santé, l'industrie des machines et le tourisme viennent ensuite, avec une majorité des leaders qui juge la Suisse assez compétitive en ces domaines. Pour les suivants, les opinions sont partagées: l'informatique, les télécommunications, l'industrie alimentaire, le tourisme, la culture et les médias.

L'INDUSTRIE N'A PAS FINI DE LICENCIER

Est-ce que le secteur industriel continuera de perdre de l'importance par rapport à celui des services ou fournira-t-il à l'avenir un plus grand nombre de places de travail qu'actuellement?

L'immense majorité des leaders juge que le secteur industriel perdra encore des places de travail, cela malgré son bon jugement sur certains secteurs forts telles la chimie ou l'horlogerie. Sans doute pensent-ils ici plus particulièrement aux industries des machines ou alimentaire jugées moyennement compétitives.

LE SALUT PAR LA FINANCE, LA TECHNOLOGIE ET LE LUXE

Si ces secteurs créent des emplois en Suisse à l'avenir, pensez-vous que ce seront des emplois exigeant plutôt des qualifications élevées, plutôt des qualifications moyennes ou plutôt des qualifications modestes?

La nature des emplois créés par les différents secteurs économiques varie. La création d'emplois de qualification élevée sera le fait surtout de la chimie, des banques, de l'informatique, des assurances et des télécoms, plus de la moitié des leaders en sont persuadés. Ils sont partagés entre emplois moyennement qualifiés et très qualifiés pour l'horlogerie, l'industrie des machines, la santé et la culture. Le tourisme est le seul secteur compétitif à fournir des emplois moyennement qualifiés et peu qualifiés.

«La Suisse méprise beaucoup trop les professions manuelles et favorise beaucoup trop le tertiaire. Tous ne peuvent travailler dans le tertiaire.»*

MAIN-D'OeUVRE Dans la population, 48% des sondés pensent que la Suisse aura encore besoin d'étrangers pour des emplois peu qualifiés.

LES LEADERS PLAIDENT POUR UNE IMMIGRATION SÉLECTIVE

La Suisse aura-t-elle besoin dans le futur d'une plus forte immigration pour satisfaire les besoins du marché du travail?

La Suisse aura-t-elle besoin d'importer sa main-d'oeuvre pour satisfaire les besoins du marché du travail? Oui, si l'on en croit les leaders, mais l'opinion de la population est plus partagée. Les premiers l'imaginent surtout pour les postes à qualification élevée ou modeste, la Suisse parvenant mieux à fournir les employés de qualification moyenne. Les Alémaniques sont particulièrement convaincus de cette nécessité pour les qualifications élevées, alors que les Romands l'imaginent surtout pour les qualifications modestes. D'où vient cette certitude d'une pénurie prochaine chez les leaders sinon de leur optimisme vis-à-vis de l'avenir économique de la Suisse, surtout dans les domaines de pointe exigeant des qualifications élevées? Sans doute pensent-ils aussi au vieillissement de la population. Ce résultat parle en faveur d'une politique d'immigration sélective, telle qu'elle fut évoquée récemment sur le modèle de plusieurs pays occidentaux.

La population partage le même avis que les leaders, mais de façon nettement plus modérée. La moitié des hommes, des Alémaniques, des personnes au bénéfice d'une formation supérieure et de sensibilité de gauche pensent qu'il faudra importer des qualifications élevées d'une part ou modestes d'autre part. A peine un quart partage cette opinion concernant les emplois moyennement qualifiés. Comme chez les leaders, les Alémaniques penchent pour les emplois qualifiés et les Romands pour les emplois modestes. Cela traduit-il leur jugement sur leurs économies respectives?

«Dans certains domaines, les associations professionnelles font preuve d'innovation et de modernité, alors que dans d'autres, ces mêmes associations ne représentent d'ailleurs plus véritablement leurs champs professionnels, restent sur des positions archaïques et empêchent un développement constructif de la formation.»*

CERN La physique et l'électronique, deux domaines d'avenir pour les Suisses interrogés dans le cadre de l'étude SOPHIA.

Les métiers d'avenir: PHYSICIEN, avocat, informaticien, électronicien, chimiste ou banquier

Parmi les professions suivantes, lesquelles seront à votre avis florissantes en Suisse,

respectivement en crise durant les prochaines années?

Vers une crise sévère de la fonction publique et des mÉdias

Parmi les professions suivantes, lesquelles seront à votre avis florissantes en Suisse, respectivement en crise durant les prochaines années?

LA POPULATION PLUS OPTIMISTE QUE LES LEADERS

Parmi les professions suivantes, lesquelles seront à votre avis florissantes en Suisse, respectivement en crise durant les prochaines années?

La perception des Suisses, leaders ou grand public, vis-à-vis d'un certain nombre de professions recoupe l'image de dynamisme ou de sclérose attribuée aux différentes branches précédemment, mais surtout, elle montre quels sont les métiers jugés en crise. Les opinions des deux échantillons se recoupent sur les professions les plus cotées telles celle de physicien, d'ingénieur électronicien, d'informaticien et de juriste qui seront toutes florissantes à l'avenir selon eux. D'autres métiers seront en crise comme celui de commerçant indépendant, d'ouvrier dans la métallurgie et de fonctionnaire. Enfin, les deux échantillons divergent parfois puisque le grand public estime que les professions de journaliste, d'architecte, de mécanicien automobile ou d'ouvrier du bâtiment seront florissantes ou stables, alors que les leaders les imaginent en déclin à plus ou moins brève échéance.




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