Voilà un homme aux multiples facettes. Un chercheur, professeur et entrepreneur naviguant sans cesse entre différents pays et diverses cultures. Un polyglotte cumulant les activités et les centres d’intérêt – y compris une «passion pour le lego». Un personnage qui n’est jamais entièrement là où on l’attend.
On le dit Suisse? Il est bel et bien citoyen de ce pays où il est venu vivre à 4 ans. Il n’empêche. Fils d’un Arménien et d’une Suissesse, il est né à Istanbul, a épousé une Indienne et est aussi aujourd’hui Citizen of Indian Origin. On le croit chercheur? On est dans le vrai, bien qu’il ait commencé sa carrière comme journaliste scientifique, notamment à L’Hebdo, avant d’intégrer le milieu académique.
Il est donc professeur d’université? Il enseigne en effet à l’Unil, à l’EPFL, mais aussi aux Universités de Genève et de Troyes en France, et même occasionnellement en Inde et en Chine. Mais sa «fibre entrepreneuriale» l’a aussi conduit à créer diverses sociétés en Suisse et ailleurs.
Ses activités actuelles ont cependant un point commun: l’écologie industrielle, qui vise à prendre modèle sur la biosphère pour rendre durable le développement économique. C’est son intérêt «pour les problèmes complexes» et pour «le système industriel tant décrié» qui l’a conduit, à la fin des années 80, à s’intéresser à cette thématique alors naissante et qui a maintenant le vent en poupe.
Ses refuges
LE SIGNAL DE BOCHAT
Situé à Corsy, aux environs de Lausanne, ce lieu a été créé par son grand-oncle, arboriculteur et horticulteur, avant de devenir un parc public avec une «vue époustouflante». Il y a passé une grande partie de son enfance et y réside aujourd’hui, cédant à sa passion pour la nature et le jardinage.
ISTANBUL

Il se sent «totalement chez lui» dans cette ville turque où il est né, près de la cathédrale Sainte-Sophie. «Depuis la chute de l’URSS, Istanbul est redevenue une cité cosmopolite et elle s’est incroyablement développée.»
BANGALORE
«J’ai un prénom indien – car l’arménien est proche du sanskrit – et là-bas, on pense souvent que je suis Indien.» Il va régulièrement à Bangalore où la famille de sa femme à une maison. En 2004, il a créé dans cette ville la Resource Optimization Initiative (ROI), la première organisation caritative dédiée à la promotion de l’écologie industrielle dans des pays en développement.
Ses bêtes noires
NICOLAS HULOT

L’écologiste français est pour lui le symbole de ces «nouveaux curés qui incarnent une approche puritaine et catastrophiste et qui nous promettent l’enfer si l’on ne se reprend pas». Il est le tenant «d’une approche purement occidentale qui veut nous sauver contre notre gré». Bien que prônant le développement durable, Suren Erkman n’est ni dans le camp des «obsédés par le réchauffement climatique» ni dans celui des «négationnistes».
Ses inspirateurs
ERNA HAMBURGER

Cette ingénieure en électricité a été la première femme professeure à l’EPFL. «Elle fréquentait le salon de coiffure de ma mère et, un jour, elle y a oublié un manuel de biologie. Je n’y comprenais rien, mais cela m’a passionné et j’ai décidé que j’étudierai cette discipline. Elle a été, malgré elle, mon inspiratrice.»
PIERRE LEGENDRE
Avec l’historien du droit et psychanalyste français, il a collaboré à la réalisation d’un documentaire, Dominium Mundi, l’empire du management, analyse de l’occidentalisation du monde, diffusé en 2007 sur Arte. «Nous sommes sur la même longueur d’onde pour aborder l’univers industriel ultramoderne, un monde opaque, contradictoire et violent, souligne Pierre Legendre. Suren Erkman est un homme de pensée et c’est quelqu’un qui supporte d’aller à contre-courant des idées reçues.»
PIERRE CALAME

«Penseur polyvalent», le président de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme a «soutenu mes aventures en écologie industrielle dès le début». L’intéressé confirme. «C’est en 1993, à l’occasion de la convention générale préparatoire aux états généraux de la planète, que Suren Erkman m’a parlé pour la première fois de l’écologie industrielle. Notre fondation a décidé de le soutenir.» Elle a aussi publié son livre, Vers une écologie industrielle, qui a eu «un impact considérable dans le monde francophone, et même en Chine».
Son réseau asiatique
ANTHONY CHIU
Ce Philippin d’origine chinoise, professeur d’ingénierie à l’Université de La Salle à Manille, a été «le pivot de mon réseau en Chine et dans d’autres pays asiatiques».
SUNITA NARAIN

Militante verte la plus en vue en Inde, c’est une «activiste dans le meilleur sens du terme». Le Centre pour la science et l’environnement qu’elle a créé à Delhi publie un magazine pour lequel Suren Erkman a travaillé. «C’est l’un des rares scientifiques qui s’intéresse au développement et qui cherche des solutions avec une approche innovatrice», dit de lui Sunita Narain.
MEGHA SHENOY
Cette Indienne a été la directrice scientifique de Resource Optimization Initiative. Cette «jeune chercheuse brillante n’a pas peur de travailler sur le terrain».
Son réseau journalistique et scientifique
BERNARD RAPPAZ

Il a connu Bernard Rappaz alors qu’ils étaient tous deux journalistes stagiaires à L’Hebdo. L’actuel rédacteur en chef Actualité de la TSR apprécie la capacité de Suren Erkman «à prendre le contre-pied des idées reçues et sa force de proposition pour aborder les questions les plus complexes sous des angles originaux». Cet Arménien d’origine «vous donne toujours l’impression de vous retrouver un pied en Europe, un autre en Asie».
LORETTE COEN

La journaliste et essayiste l’a «beaucoup encouragé» lorsqu’il était jeune journaliste. «Il m’est immédiatement apparu, dit Lorette Coen, que Suren Erkman présentait les dispositions qui font un bon journaliste scientifique, surtout la clarté d’expression et l’enthousiasme pour les sujets dont il s’occupait.» Elle lui doit «l’entrée récente dans un nouveau continent: il m’a ouvert la porte de l’Inde».
NICOLAS HENCHOZ

«Il était l’un de mes stagiaires au Journal de Genève et l’on s’entend comme larrons en foire.» «Suren Erkman a l’esprit et la construction intellectuelle du scientifique, mais le regard critique du philosophe, souligne le fondateur et directeur de l’EPFL+Ecal Lab. C’est aussi un fou de littérature et d’écriture. Au premier contact, on perçoit ses qualités diplomatiques, structurées et ordrées. Mais il cache bien son jeu: c’est un passionné, qui peut avoir le verbe vif, qui ose se lancer dans des aventures incroyables, avec une grande capacité d’autodérision.»
Son réseau business
ROMAIN FERRARI

L’entreprise familiale, Ferrari Textiles à La Tour du Pin en France, dont Romain Ferrari est PDG, fabrique notamment les bâches en PVC pour camion qui seront ensuite recyclées par les sacs Freitag. «C’est un exemple d’entrepreneur créatif, réellement engagé dans l’écologie industrielle.» «Avec Suren Erkman, souligne l’entrepreneur, on passe de l’écologie de punition à l’écologie de solutions. On entre dans une écologie positive.»
GENEVIÈVE MORAND
Il ne cache pas son admiration pour la fondatrice de Rezonance, le premier réseau social professionnel en Suisse romande. Il apprécie son «côté entrepreneurial et son superbe talent de réseautrice».
JEAN-JACQUES MIAUTON
«Brasseur d’affaires de haut vol», l’ex-directeur de l’entreprise Miauton SA à Villeneuve a été sa «porte d’entrée» dans le monde du business. «Ce n’est pas mon univers, mais cela m’a permis de voir comment vit ce milieu.»
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