Autoriser les jeunes sans papiers à faire un apprentissage? La population répond oui, massivement. L’enquête Sophia rend compte d’un très large soutien à ce principe, puisque 79% des sondés y sont favorables.
Un appui au-delà des clivages politiques: à gauche comme dans le groupe «droite et centre», la proposition séduit population et leaders. Plus surprenant encore, la régularisation de ces jeunes au terme de leur formation est, elle aussi, largement plébiscitée.
De quoi ravir Oscar Tosato, qui avait allumé la mèche en février 2010. Par la voix du municipal socialiste, la Commune de Lausanne s’était alors dite prête à embaucher des apprentis sans papiers, quitte à braver la loi.
«Ce résultat me réjouit. Il montre une conscience du fait que l’on parle de personnes non responsables de la situation d’irrégularité dans laquelle elles se trouvent», réagit l’élu.
Oui fédéral. Suite au coup de gueule de Lausanne, la question avait pris de l’importance jusque dans l’agenda politique fédéral. Si bien que l’an passé, le Parlement donnait son aval à une motion du conseiller national Luc Barthassat (PDC, GE) et entérinait le principe de l’accès à l’apprentissage pour les jeunes sans statut légal.
Ceux-ci devraient donc avoir un jour le droit de faire un CFC en emploi, au même titre qu’ils peuvent déjà passer une maturité et aller à l’Université.
«Il est important de prendre les choses en main, car nous voyons maintenant apparaître des sans-papiers de 3e génération, observe Luc Barthassat. La régularisation globale de ces clandestins au terme de leur apprentissage me semble toutefois impossible à faire passer au Parlement. Nous devrons donc a priori rester dans une logique de cas par cas.»
Leuba ne bouge pas. Conseiller d’Etat vaudois en charge de l’Intérieur, le libéral Philippe Leuba croise le fer avec Lausanne sur le sujet. Et un sondage ne lui fera pas revoir sa position:
«Je suis sûr qu’en discutant avec les gens, ceux-ci réaliseraient que la situation n’est pas si simple qu’il y paraît. Il n’est pas correct de permettre à un jeune de se former pour lui interdire de travailler ensuite. Et cela mettrait une pression inouïe sur ces apprentis: que se passerait-il par exemple s’ils échouaient en cours de formation?»
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