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Justice
Outreau, usine à martyrs

Par Antoine Menusier - Mis en ligne le 31.08.2011 à 11:36

«Présumé coupable» retrace la descente aux enfers d’Alain Marécaux, l’un des acquittés de l’affaire de pédophilie jugée en 2004, retentissant scandale judiciaire. Glaçant.

Alain Marécaux est une machine à citations: «Je maintiens le droit d’avoir des rêves et du bonheur.» «Je suis conscient que je n’ai pas été le père et le mari que ma femme et mes enfants attendaient.» «Je ne mange plus la chantilly, depuis Outreau je suis devenu végétalien.» Limite flippant.

DANS CET UNI VERS JUDI CIAIRE HYPERSE XUÉ, LE MOINDRE CONTA CT PHYSI QUE ENTRE UN AD ULTE ET UN EN FANT DE VIENT SUSPECT.

Et puis non, on comprend vite que ces mots un peu mécaniques, articulés en juin lors d’une promo-déjeuner, participent de la repossession de soi après la lobotomie judiciaire opérée sur des présumés pédophiles.

On ne présente plus «Outreau»: un quartier HLM de Boulognesur-Mer, dans le Pas-de-Calais. Au début des années 2000, la France croit tenir là son affaire Dutroux, en plus grand. Des enfants violés par des parents vivant des allocs. Du cliché ch’ti puissance 1000. Le juge d’instruction Fabrice Burgaud, angelot pâlot aux pouvoirs de Dieu et Lucifer réunis, soutenu par sa hiérarchie, est à la manœuvre.

Il écoute beaucoup ce que les enfants lui disent. Il prend pour argent comptant les allégations de la principale accusatrice et témoin, Myriam Badaoui, qui ne peut décemment pas mentir puisqu’elle a reconnu avoir violé ses gosses, avec son mari, Thierry Delay, et un autre couple, Grenon-Delplanque.

Elle «mouille» un maximum de monde: des jeunes parents, un prêtre ouvrier, une boulangère, un chauffeur de taxi, un père et son fils, d’autres personnes encore, dont un certain Alain Marécaux, huissier de justice, résidant à 40 kilomètres de là.

Cauchemar. Alain Marécaux et sa femme sont arrêtés en 2001 à leur domicile, au petit jour, en présence de leurs trois enfants. L’un d’eux fréquente la même école qu’un fils Delay-Badaoui. La connexion est faite. Le cauchemar commence.

Il s’achèvera, légalement du moins, en 2005, lors d’un procès d’appel à Paris, un an après le premier procès d’assises de Saint-Omer entérinant l’instruction du juge Burgaud, malgré sa faillite, qui apparaît alors au grand jour.

Le film de Vincent Garenq, "Présumé coupable", tiré du livre d’Alain Marécaux, "Chronique de mon erreur judiciaire" (Flammarion), est centré sur le personnage de l’huissier, interprété magistralement par Philippe Torreton. On assiste à la décomposition d’un homme, à la dissection de son intimité.

Interrogatoires de police, présentation au juge Burgaud, incarcération en préventive. Aux accusations, totalement loufoques, de Myriam Badaoui – Alain Marécaux et son épouse ne connaissent pas les enfants Badaoui-Delay – s’ajoutent les déclarations d’un des deux fils de l’huissier, qui reproche à son père des jeux ambigus.

Le «petit juge». Mais tout cela est très vague et ténu. Celui-ci nie tout caractère sexuel dans le «jeu des bisous», par exemple. Dans cet univers judiciaire hypersexué, le moindre contact physique entre un adulte et un enfant devient suspect. Les demandes successives de remise en liberté d’Alain Marécaux sont rejetées.

Il sombre petit à petit, et définitivement lorsqu’il apprend, de sa cellule, que sa mère est morte, probablement de chagrin. Il culpabilise, veut mourir. Lui le protestant, qui auparavant, allongé sur le matelas de sa geôle partagée avec d’autres détenus, priait Dieu qu’Il veuille bien rendre la raison au «petit juge», maintenant délire.

Il tente de se suicider plusieurs fois. Refuse de s’alimenter. Il pesait 97 kilos, il n’en pèsera plus que 48. «Je suis monté à 92 pour redescendre à 65», explique Philippe Torreton, dont le poids normal est de «75-76 kilos». Alain Marécaux manque perdre l’usage de ses jambes.

Sauvé par le gong: remis en liberté. Enfin. Mais désormais séparé de sa femme, qui ne l’aime plus, et de ses enfants, placés en famille d’accueil. Condamné à Saint-Omer, acquitté à Paris, comme le reste de ceux qui ont toujours nié avoir violé les enfants de la Tour du Renard, le QG Badaoui-Delay, à Outreau.

«Mes deux fils (dont celui qui le mettait en cause, ndlr) ont été présents sur le tournage du film, raconte Alain Marécaux, ragaillardi. Seule ma fille ne veut plus me voir. J’ai pardonné à Myriam Badaoui, j’ai pardonné à D., son fils, Jimmy dans le film, qui m’accusait. Mais je n’arrive pas à pardonner au juge Burgaud. Il faudrait qu’il fasse le premier pas.»

Outreau, usine à martyrs: les injustement traînés dans la boue et les enfants victimes de viols. Parmi eux, Chérif Delay, le frère de D., détesté, battu, violé par son beau-père, Thierry, qui l’appelait Kevin, Chérif faisant arabe.

Aujourd’hui majeur, il a, sollicité par un journaliste et avec l’aide de ce dernier, écrit un livre-témoignage, "Je suis debout" (Le Cherche-Midi), dans lequel il maintient, sans les nommer, ses accusations contre certains des acquittés – Alain Marécaux n’est pas dans le lot.

Suite au procès d’appel de Paris qui fout en l’air tout son argumentaire accusatoire, Chérif devient un délinquant doublé d’un SDF. Il se reconstruit aujourd’hui en Afrique noire, entouré d’adultes qui lui veulent du bien.

Martyr, François Mourmand, suspect aux yeux du juge Burgaud, décédé en prison durant l’instruction, pleuré par sa veuve à la barre de Saint-Omer. Martyrs, les «époux Lavier», finalement acquittés eux aussi, jeunes parents sans doute un peu immatures, placés début 2011 en garde à vue pour mauvais traitements sur deux de leurs cinq enfants.

Ils ne se sont jamais remis d’Outreau. Ils ne possèdent pas, comme Alain Marécaux, les armes du langage et de l’écrit, redevenu huissier de justice, rétabli dans son statut social. Leur vie, à Franck et Sandrine Lavier, se résume à leurs enfants. C’est beaucoup, c’est beaucoup trop peu.




Tags: Outreau, Présumé coupable, Alain Marécaux,

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Réaction de marielaure
le 06.12.2011 à 10:50
aujourd'hui et à ce jour, nous vivons le même ENFER...
 
Réaction de Somalay
le 07.09.2011 à 01:21
SPJ et SPMi, les institutions de Département de Instruction Publique...
 
Réaction de Brasero
le 04.09.2011 à 10:12
Martyrs aussi tous les professionnels qu'ils soient de la justice,...
 



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