MUSIQUE
Oyez Voulzy, croisé pop
Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 30.11.2011 à 14:53
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«LYS & LOVE». Enregistré dans les studios d’Abbey Road, le sixième album du Français célèbre l’esprit du Moyen Age, du «Roman de la rose» à Charles d’Orléans.
Ceux qui aiment avant tout le Voulzy de Coeur grenadine ou Belle-Ile-en-Mer risquent d’être étonnés en découvrant la geste de son sixième album studio en près de quarante ans de carrière. On le savait fan devant l’éternel de pop british, on découvre ici sa passion pour le Moyen Age. Le concept à l’origine de Lys & Love, en partie enregistré à Abbey Road, London, là où ont été façonnées des pépites pop parmi les plus précieuses de l’histoire, est en effet une confrontation entre un esprit moyenâgeux et des arrangements discrètement électro.
A 12-13 ans, envoûté par la musicalité des mots, preux Voulzy lit en vieux français Le roman de la rose. Il compose alors une chanson d’inspiration médiévale qui, avec une cinquantaine d’années d’avance, annonce en quelque sorte ce Lys & Love à venir. On imagine aussi que la découverte en 1975 de l’album concept de Rick Wakeman, ex-claviériste de Yes, consacré aux chevaliers de la Table ronde, a d’une manière ou d’une autre dû l’influencer.
Le point de départ de Lys & Love est néanmoins En regardant vers le pays de France, un poème écrit par Charles d’Orléans (1394-1465) durant ses années de captivité dans un cachot anglais. Revisitant les vers du prince, Voulzy chante sa joie d’être quant à lui prisonnier volontaire – il vit depuis six ans en partie en Angleterre. Plus de cinq siècles après la signature du traité franco-anglais qui mit fin à la guerre de Cent Ans, il fait d’ailleurs tout au long de son disque le grand écart entre le français et l’anglais, avec comme invité de marque, sur l’aérienne ballade Ma seule amour, Roger «The Who» Daltrey.
«JE NE COMPRENAIS PAS TOUT CE QUE JE LISAIS, MAIS J’ÉTAIS EMPORTÉ PAR LE SON DES MOTS.»
Laurent Voulzy, lecteur à 13 ans du «Roman de la rose»
Grâce éthérée. Ailleurs, c’est un poème du chevalier arabe Abu Firas (932-968) qui lui a inspiré un titre arabisant de quatorze minutes, La 9e croisade, convoquant les Beatles de Revolver et le psychédélisme de Pink Floyd. Autre figure tutélaire qu’il a visiblement eue en tête au moment d’écrire les nombreuses parties chorales de Lys & Love, enregistrées dans le donjon du château de Vincennes, l’inventeur de la polyphonie Josquin des Prés (vers 1440-1521), musicien formé en Italie puis devenu compositeur à la cour de Louis XII.
Sans être pesantes ni étouffantes, ces multiples influences donnent à la musique du Français une profondeur nouvelle, une grâce éthérée faisant de Lys & Love l’album le plus personnel du chevalier Voulzy, un croisé pop contre lequel les frères humains qui après lui vivront n’auront jamais les coeurs endurcis.
«Lys & Love». Columbia/Sony Music.
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