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Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 26.09.2012 à 14:19 |
Il a 10 ans lorsqu’il rêve d’un livre, mélange de mots et d’images, «des bouts d’aventures, des souvenirs ramassés, des fantômes, des héros oubliés». Il a 16 ans, le livre ressurgit la nuit lorsqu’il travaille dans les trains de nuit pour l’Italie, il sait déjà que le livre s’appelle Le manifeste incertain. En Algérie, à Paris, il le cherche, mais brûle tous ses dessins, écrit sur Joyce, Nietzsche ou son père et édite les dessins des autres. Ce Manifeste, Frédéric Pajak, né dans les Hauts-de-Seine en 1955, adolescent en Suisse puis dès lors exilé à Paris, a passé sa vie à le préparer, l’esquisser, réunir les conditions pour s’y consacrer. Après une vingtaine de livres, récits dessinés, romans, poèmes ou recueils des dessins qui ont prouvé quel créateur magnifique il était, après dix ans à faire des Cahiers dessinés une collection incontournable des Editions Buchet-Chastel en particulier et du monde du dessin contemporain en général, ça y est: Pajak, fils et petit-fils de peintre, écrivain, dessinateur, graphiste, typographe et imprimeur, peut faire ce qu’il veut, il a des lecteurs prêts à le suivre jusqu’au bout du monde, le Manifeste incertain lui tend enfin les bras. Il prévoit neuf tomes, un par an «jusqu’à la retraite». Le premier volume de sa grand’œuvre est sous-titré «Avec Walter Benjamin, rêveur abîmé dans le paysage», et suit ledit Walter Benjamin, drôle de zigoto allemand errant dans l’Europe des années 20 entre Berlin, Rome ou Ibiza en écrivant des essais que personne ne lit avant de se suicider à Port-Bou en 1940. Pajak a commencé à lire Walter Benjamin lorsqu’il avait 18 ans. Avec lui, il veut montrer le rôle «illusoire» des intellectuels «qui n’ont jamais réussi à parler au peuple pour l’empêcher de succomber au fascisme». Benjamin est comme Nietzsche, un écrivain sans lecteur de son vivant «qui se retrouve à être très lu aujourd’hui, même à la mode dans les écoles d’art, les universités de philosophie». Ado et Sicile. Comme le propre du Manifeste est d’être «totalement ouvert et totalement libre», on trouve aussi ici – en mots et en dessins qui se répondent avec une acuité exceptionnelle – des souvenirs d’enfance, sa grand-mère Eugénie dont il était le petit pacha, des journées entières en Sicile, des bizutages adolescents, un médecin qui se tue au sommet du Mont-Blanc en buvant du vin blanc couché sur la neige, une réflexion sur le roman et les timides, le tout se répondant avec une densité et une vigueur inexplicables. On retrouvera Walter Benjamin dans le 2e tome du Manifeste, et d’autres artistes. Le fil conducteur, ce sera l’Histoire – «un sentiment que la société entière doit éprouver sous peine de s’effacer» – et le Langage – «nécessité, consolation en même temps que faute, égarement, source d’incompréhension». A Paris, Frédéric Pajak s’apprête à inaugurer près de Saint-Michel les nouveaux bureaux des Cahiers dessinés qu’il dirige, après des années à squatter la Librairie polonaise du boulevard Saint-Germain, propriété de son éditrice Vera Michalski. Tout juste auréolé du Prix du rayonnement de la Fondation vaudoise pour la culture, il est fier de faire découvrir à la France les dessinateurs suisses «surdoués» que sont Olivier Estoppey, Jean-Michel Jaquet ou Mix & Remix. Il vit depuis trois ans avec une productrice de cinéma, et sa fille, celle aussi de son ex-compagne Lea Lund, lui a donné un petit-fils. Ce qui fait de lui un grand-père ému qui se demande encore qui a eu l’idée de prénommer son père Jacques. Jacques «pas Jacques» Pajak. «Manifeste incertain, tome 1». De Frédéric Pajak. Noir sur Blanc, 176 p. En librairie le 4 octobre. Rencontre à la Société de lecture, Genève. 1.11, 12 h. Exposition à la galerie Papiers gras, Genève. Du 1.11 au 1.12. Rencontre à la librairie La Fontaine, Vevey. Le 2.11 dès 17 h. |









