Si le président Obama n’a pas averti ses «alliés» pakistanais de son raid contre Ben Laden, c’est qu’il ne leur fait pas confiance, estime Bruce Riedel. Cet ancien agent de la CIA conseille l’administration Obama au sujet du Moyen-Orient. Vous avez participé à la chasse de Ben Laden dès le début. Etes-vous surpris par sa mort?
Le plus intéressant, c’est l’endroit où Ben Laden se trouvait au moment de sa mort. Il ne se cachait pas dans une grotte au Waziristan, ni dans une région tribale le long de la frontière afghano pakistanaise, mais à Abbottabad, une ville de garnison militaire proche d’Islamabad.
On peut dès lors se demander ce que savait l’armée alors que d’autres hauts cadres d’al-Qaida ont été capturés dans les grandes villes du pays et que Mollah Omar se cacherait à Karachi.
Le président Obama n’a pas informé le Gouvernement pakistanais au sujet du raid...
Il existe une profonde méfiance de la part de l’administration Obama qui ne s’est jamais fait d’illusions sur le Pakistan. Dès le début, elle a estimé que l’armée pakistanaise jouait un double jeu.
Les relations entre les deux pays vont-elles en pâtir?
Obama doit faire la distinction entre la société civile et les autorités militaires. Personne ne croit que le président Asif Ali Zardari savait où se trouvait Ben Laden. Après tout, son épouse Benazir Bhutto a été assassinée par al-Qaida.
Tout le monde sait aussi que le gouvernement Zardari est très faible et qu’il ne peut pas contrôler ses services de renseignement. Le défi pour Obama et l’Occident sera d’essayer de renforcer le gouvernement civil même si la marge de manœuvre est limitée.
Le Pakistan possède l’arsenal nucléaire qui croît le plus au monde. Il dépassera bientôt celui du Royaume-Uni. La population pakistanaise augmente également très rapidement. Elle va bientôt dépasser celle de l’Indonésie, faisant du Pakistan le plus grand pays musulman du monde.
Qu’ont à gagner les services de renseignement pakistanais et l’armée en soutenant al-Qaida?
C’est un mystère. Cela pourrait être une forme de fidélité à la cause du djihad ou de l’antiaméricanisme.
Que signifie la mort de Ben Laden pour al-Qaida?
Même si Ben Laden a été relativement silencieux ces derniers temps, il s’agit d’un coup sévère. Sa capacité à échapper à la justice a créé un mythe, aujourd’hui brisé. Les documents découverts par les commandos américains permettront en outre de poursuivre le démantèlement de la nébuleuse, notamment au Pakistan et au Yémen.
Pourquoi ce dernier pays est-il si important pour al-Qaida?
Al-Qaida y possède une cellule florissante qui profite de la faiblesse de l’Etat yéménite.
La CIA a retrouvé la trace de Ben Laden en identifiant un de ses courriers...
... Ce qui a toujours été le moyen le plus efficace pour pister les têtes pensantes d’al-Qaida. Mais nous ne devons pas oublier non plus que la CIA n’était pas complètement certaine que Ben Laden se trouvait dans sa maison d’Abbottabad au moment de l’intervention. Le président Obama a pris une décision courageuse.
Il semble que des informations importantes sur les courriers ont été obtenues grâce à des détenus torturés à Guantánamo. Les défenseurs des «méthodes d’interrogatoire renforcées» avaient-ils donc raison?
Rien ne dit que la torture nous a menés à Ben Laden. En outre l’idée, défendue par la droite américaine, que cela justifie la torture est ridicule.
Comment Obama peut-il soutenir les forces démocratiques pakistanaises?
Obama se rendra au Pakistan cette année. Il devra envoyer des signaux clairs et, avec les Européens, il doit poursuivre son aide économique. La bataille pour l’âme du Pakistan a commencé.
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