L’autre jour à l’aéroport de Canton. J’envoie un e-mail à L’Hebdo pour signaler que j’ai terminé un article sur l’art et la censure en Chine. Problème: le message ne passe pas. La liaison est pourtant excellente. Je sais bien que les filtres internet du gouvernement peuvent retarder l’envoi de données, mais là, bizarre, l’attente se prolonge. Beaucoup. Soudain, l’évidence me saute aux yeux.
Un cerbère polyglotte de l’internet chinois a identifié les mots «censure retorse» dans mon message et s’y intéresse de près. Gloups. Ni une ni deux, je me déconnecte et me dirige vers le contrôle d’identité de l’aéroport. Dans la queue interminable de passagers, j’imagine le pire. «Ils» ont bien sûr intercepté mon mot. «Ils» ont identifié dans l’instant mon nom. «Ils» vont m’arrêter, lire mon texte, m’interroger, m’enfermer dans une geôle humide, me supplicier peut-être. Au bout de la file, j’aperçois une douanière baraquée à l’air sévère, visiblement tatillonne.
«ILS» VONT M’INTERROGER, M’ENFERMER, ME SUPPLICIER PEUT-ÊTRE.
J’ai beau me dire que mon imagination est victime du décalage horaire, et que les Chinois se fichent de moi comme de l’an 40. Peine perdue. Je suis fait, je le sais, je le sens. J’arrive enfin devant le guichet de la douanière musclée, qui vient d’engueuler un malheureux passager indonésien. Elle prend mon passeport d’un geste sec, le feuillette, le scanne et... me fait un magnifique sourire avant d’expédier la formalité en deux coups de cuillère à pot. Pour me remettre, avant de prendre l’avion, je suis allé manger. Des nouilles pour une nouille, c’était juste parfait.
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