L'Hebdo;
1999-12-30 Musée Paris s'offre le Centre Pompidou en étrennes
Après deux ans de travaux, la joyeuse machine de Renzo Piano et Richard Rogers rouvre ses portes. Avec une nouvelle présentation de l'art du XXe siècle.
I
l était une fois un drôle de navire qui s'échoua en plein Paris. Ses opposants parlèrent d'OVNI, de sacrilège architectural, de «raffinerie». Il est vrai qu'avec son métal coloré et ses tubes transparents, le Centre national d'art et de culture Georges Pompidou détonnait dans le paysage muséal plutôt sage, poussiéreux et élitiste des années 70. Renzo Piano - qui l'a dessiné avec Richard Rogers - l'a lui-même admis et fièrement répété: «Beaubourg est une double provocation: une tarte à la crème lancée à l'académisme, mais aussi une parodie de l'imaginaire technologique de notre époque.»
Le projet radicalement novateur de ces jeunes architectes répondait à un programme tout aussi révolutionnaire pour l'époque. Inauguré en 1977, le Centre Pompidou devait en effet abriter sous un même toit la lecture (une bibliothèque), la musique, les arts plastiques et le design industriel tout en s'ouvrant à un très large public. Un programme qui correspondait à un réel besoin: prévu pour accueillir cinq mille visiteurs par jour, le Centre en recevra plus de 25 000 en moyenne - en comptant bien sûr les nombreuses personnes venues admirer gratuitement la superbe vue sur Paris.
Ce succès devint vite épuisant et la «joyeuse machine» fort lourde à gouverner. Essoufflement dans la programmation, cloisonnements excessifs entre les activités, bisbilles parmi les conservateurs, dégradation des locaux et du bâtiment: l'année de ses 20 ans, le Centre Pompidou fermait partiellement ses portes. Remis à flot grâce à 576 millions de FF et plus de deux ans de travaux, il a choisi de rouvrir, symbole oblige, le 1er janvier 2000. Une campagne de réaménagements et de rénovation qui prouve, comme aime à le rappeler Renzo Piano, «que l'architecture est une créature vivante qui évolue avec le temps et l'usage».
Du dehors, certes, on ne voit pas grand-chose. Seule nouveauté: l'auvent qui signale l'entrée, désormais unique, depuis la Piazza. L'intérieur, en revanche, a beaucoup changé: l'emplacement de l'accueil a été modifié de même que la signalétique tout en surimpressions réalisée par l'atelier Intégral Ruedi Baur, un Suisse établi à Paris. Mots d'ordre de toutes ces transformations: clarté, réorganisation des circulations intérieures, meilleure répartition des activités, bref une plus grande lisibilité de l'ensemble pour le public. Restructuré sur trois niveaux par Renzo Piano lui-même, le Forum retrouve ainsi sa vocation de place autour de laquelle s'ordonnent activités et services. Unifié par un dispositif d'ascenseurs et d'escaliers, il comprend notamment l'Espace éducatif, l'Espace spectacles et, sur les mezzanines, un café et une boutique design.
S'envolant ensuite vers les étages, l'amateur d'art découvre les espaces plus riches et plus vastes réorganisés par Jean-François Bodin. Au sixième niveau les expositions temporaires se répartissent en trois modules de différentes tailles (au total près de 3400 m2) qui permettent une programmation permanente. Un degré au-dessous (niveaux 4 et 5), le Musée national d'art moderne/Centre de création industrielle élargit lui aussi son offre avec 1400 oeuvres (auparavant 800) couvrant tout le XXe siècle.
Retracer une continuité
Obnubilé par les grandes expositions temporaires et leur tapage médiatique, le public était-il conscient de ces chefs-d'oeuvre à sa disposition sans bousculade ni file d'attente? Il profitera mieux à l'avenir de l'immense collection du musée qui, avec près de 44 000 pièces, n'a d'équivalent que celle du MOMA à New York. Conçu par Werner Spies, le parcours s'est voulu plus thématique que stylistique. Il s'efforce de «retracer une continuité» plutôt que d'insister, comme on le fait souvent, sur les ruptures successives qui firent l'art du XXe siècle.
Un musée en mouvement
Surprise: la période moderne démarre avec «La guerre» du Douanier Rousseau, «l'un des rares tableaux prémonitoires de ce qui va constituer une iconographie majeure de l'art du XXe siècle». Autre moment charnière mais pour la période contemporaine: l'impressionnant «Requiem pour une feuille morte» de Jean Tinguely qui tourne en dérision «tout le concept de l'art moderne, l'idéologie de la technique». A chaque niveau, enfin, l'architecture et le design sont intégrés à la présentation des arts visuels rappelant la vocation fondamentalement pluridisciplinaire de la création du XXe siècle. Léger, Kandinsky ou Klee se retrouvent ainsi dans le voisinage de Mies van der Rohe, de Mallet-Stevens ou de Breuer tandis que Beuys, Boltanski ou l'art conceptuel croisent dans les parages de Jean Nouvel, Bernard Tschumi, Philippe Starck et Ettore Sottsass.
Ces passerelles, ces propositions de dialogue n'ont rien de définitif. L'accrochage des collections modernes sera en effet renouvelé tous les dix-huit mois et celui des oeuvres contemporaines chaque année. Quant à la grande salle réservée à la création récente, elle changera tous les six mois, histoire de ne pas institutionnaliser trop vite ce qui pourrait être l'art du futur. Un musée qui se veut donc en mouvement tout en s'offrant le luxe de prouver que pour bien voir l'art d'aujourd'hui, il faut pouvoir revoir celui d'hier.
Mireille Descombes
installation
Une sculpture de Giacometti prend ses quartiers dans les nouveaux espaces du Musée national d'art moderne.
Quelques rendez-vous de l'an 2000
Samedi 1er et dimanche 2 janvier: réouverture, journées «Avant-première» de 11 h à 21 h, entrée libre.
Par la suite: Musée et expositions 11-21 h. Fermé le mardi. A noter que l'accès aux seuls étages n'est plus gratuit.
Expositions:
«Jours de fête» Neuf jeunes créateurs français dont Marie-Ange Guilleminot, Pierrick Sorin, Xavier Veilhan et Michel Blazy. Niveau 6, Galeries 2 et 3 (du 1er janvier au 28 février).
«Le Temps, vite» Approche interdisciplinaire du temps, de sa perception, sa représentation, sa mémoire, son organisation et son usage. Niveau 6, Galerie 1 (du 13 janvier au 17 avril).
Renzo Piano L'hommage du Centre Pompidou à l'un de ses deux architectes. Une rétrospective qui s'organise autour de trois thèmes: l'invention, l'urbanité et le sensible. Niveau 1, Galerie Sud (du 19 janvier au 27 mars).
Brassaï Avec 350 images du grand photographe dont la fameuse série «Paris de nuit». Niveau 6, Galerie 2 (du 19 avril au 26 juin).
Picasso sculpteur. Niveau 6, Galerie 1 (du 7 juin au 25 septembre)
«Les bons génies de la vie domestique» Ou ces appareils qui nous «ménagent», depuis l'ère de la mécanique à celle de l'informatique. Niveau 1, Galerie Sud (du 11 octobre au 15 janvier 2001).
Renseignements: (0033) 1 44 78 12 33.
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