Le Rolex Learning Center de l’EPFL fait événement. Parce que cette bibliothèque du troisième type, qui comprend aussi plusieurs restaurants, une banque, une librairie... ne ressemble à rien de ce que la planète des architectes a créé jusqu’ici. Ce bâtiment restera-t-il dans l’histoire? Trop tôt pour le dire. Mais, largement ouvert au public, il suscitera la curiosité loin à la ronde. Et offrira aux architectes contemporains un sujet de débat passionné (lire les contributions d’Inès Lamunière et de Jean-Gilles Décosterd en page 62).
A bien des égards, ce bâtiment est une provocation. Un pied de nez adressé aux limites supposées de la technique, un refus d’une utilisation a priori raisonnable de l’espace. Un acte poétique. D’aucuns diront qu’il n’a pu être imaginé que par une femme, Kazuyo Sejima, architecte japonaise en phase de starification, en raison de ses formes douces et ondulantes. Peut-être. L’essentiel, c’est que les étudiants adoptent ce bâtiment, s’y sentent à l’aise pour travailler. On ne peut présager leur verdict, mais ceux qui ont fait l’expérience du Learning Center, avec son parterre en collines et son ouverture sur les paysages environnants, en ressortent parfois décontenancés mais, le plus souvent, enthousiastes. Avec, pour certains, l’envie exprimée à haute voix... de retourner aux études.
Cet ovni tout de blancheur et de transparence est, de plus, la signature d’une école conquérante, qui s’est imposée ces dernières années face à sa grande sœur zurichoise, l’EPFZ, et sur la scène internationale: désormais, elle joue dans la même ligue que les Oxford, Cambridge, Stanford et autres MIT. Comme l’expliquait le président de l’EPFL Patrick Aebischer, la semaine passée, dans nos colonnes: «La Suisse est un petit pays, mais au plan universitaire et scientifique, nous comptons parmi les grands.» Voilà l’ambition et la vision exprimées grâce au Learning Center (lire L’Hebdo du 11 février). Cette réalisation, soulignons-le au passage, n’aurait sans doute pas été possible si Aebischer et son équipe n’avaient pu profiter de l’autonomie encore accordée aux écoles polytechniques, mais aujourd’hui remise en cause dans la discussion sur la réforme du paysage universitaire suisse. La tentation de construire une nouvelle usine à gaz menace. Et, avec elle, le risque de compliquer la gouvernance des hautes écoles. Ce serait très dommageable.
La construction du Learning Center témoigne, enfin, d’une effervescence architecturale récente. En effet, la Suisse romande a moins bâti, ces 20 ou 30 dernières années, que d’autres grandes agglomérations européennes. Ainsi on peut assimiler l’œuvre de l’architecte nipponne à une rupture avec l’époque de l’Expo.02 qui n’aura laissé aucune trace matérielle, aucun monument, aucun symbole fort. Les historiens (et les psychanalystes) se pencheront peutêtre un jour sur cette fin du XXe siècle helvétique révélatrice d’une terrible hésitation à exister. Le Learning Center est au contraire la marque d’une région désireuse de s’affirmer. Ce changement d’ère mérite qu’on s’en réjouisse.
Le Learning Center de l’EPFL est le symbole d’une région désireuse de s’affirmer.
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