| Ils parlent, ils discourent, ils promettent, ils montent sur leurs grands chevaux: les dirigeants politiques ont voulu convaincre: rien ne serait plus comme avant. Or la machine financière continue de foncer à toute allure au bord de l’abîme. Les spéculateurs s’en donnent à coeur joie, les banquiers s’empiffrent de primes, les traders s’excitent comme des fous, s’entendant entre eux comme larrons en foire. Réglementer le système ? Calmer le jeu ? Se prémunir contre les accidents futurs ? C’est qui fut annoncé. Et dans les faits, que se passe-t-il ? Peu de choses, quelques précautions ici et là, de la poudre aux yeux. Ceux qui pour l’instant paraissent aller le plus loin, ce sont les Américains. Obama a des mots durs pour la finance dévoyée et son administration suit: elle concocte une taxe qui permettrait de rembourser les aides de l’Etat. Britanniques, Allemands et français pourraient se mettre d’accord sur un prélèvement qui irait à un fonds de secours pour les banques en difficulté. Beaucoup d’autres freinent des quatre fers. Dont la Suisse ! Hans-Rudolf est allé jusqu’à Washington pour dire tout le mal qu’il pense de cette idée. Il verrait plutôt «des solutions nationales et régionales»... Belle manière d’enterrer l’affaire. La justice américaine cherche par ailleurs à y voir clair dans les combines qui ont amené au désastre des marchés hypothécaires. Les banques jonglaient avec les chiffres, soufflaient des tuyaux manipulés aux agences de notation, bref, pratiquaient une triche de haut vol. Le procureur de New York, Andrew Cuomo, vient d’ordonner à huit établissements, dont l’UBS et le CS, d’ouvrir leurs archives. Plusieurs enquêtes sont en cours. Elles pourraient faire apparaître notamment des trucages dans les bilans et toutes sortes d’opérations contraires aux intérêts des clients. Y aura-t-il un jour procès et condamnations ? Peu probable, pas exclu non plus. En Suisse, la ligne du gouvernement est tout autre: il cherche avant tout à remuer le moins possible le passé. Le Conseil fédéral a commandé un rapport sur le rôle de la commission fédérale des banques (dite aujourd’hui FINMA) dans les mois qui ont précédé la débâcle de l’UBS. Le président de cette institution chargée de surveiller les établissements financiers est mis en cause. Il s’est laissé «aveugler» (sic) par l’image d’élève-modèle qu’avait l’UBS. Il n’a pas pris aux sérieux les signes avant-coureurs du désastre. En outre il s’est mêlé de tout, passant par-dessus la direction opérationnelle. Ce qui n’empêche nullement Hans-Rudolf Merz, responsable de cette boutique, d’affirmer qu’en gros, la commission a bien fonctionné. Peu importent les faits, ce qui compte, c’est la communication et celle-ci doit être d’abord rassurante. Le président Eugen Haltiner, qui a fait toute sa carrière à l’UBS, reste bien sûr en place. Et tout le monde s’est fait à l’idée que le surveillant en chef des banques, le Britannique Mark Branson, soit venu en droite ligne de l’UBS. Début 2008, Marcel Ospel lui avait confié la responsabilité du contrôle des risques aux Etats-Unis ! Il est permis de gloser sur l’influence qu’ont eue les managers-voyous sur les hauts fonctionnaires, mais pas question d’en tirer les conséquences. Cela troublerait la belle entente qui continue de prévaloir entre les milieux bancaires et le département fédéral des finances. Au chapitre des réglementations de cette branche, les conseillers fédéraux et les chefs de partis ont musclé leurs discours au fil des mois. Ils pourfendent maintenant les salaires excessifs. Ils réclament des mesures pour que jamais plus l’Etat ne doive repêcher une banque «to big to fail». Ils en appellent même au sens civique des banquiers. C’en est émouvant. Mais quand il s’agit de passer à l’action, le ton change. Il convient d’attendre, de voir venir, d’étudier le dossier. En d’autres mots: de l’ensabler. La seule urgence, nous dit-on, c’est la ratification parlementaire de l’accord avec les Etats-Unis qui a poussé la Suisse dans les cordes. Pourquoi cet écart béant entre les discours et les décisions ? Parce qu’en Suisse comme ailleurs, la finance se montre plus puissante que la politique. Notamment grâce à deux armes efficaces: le chantage économique et le noyautage des dirigeants influençables. Paroles, paroles... Comme dit la chanson: «Encore des mots toujours des mots les mêmes mots....» Merci, Dalida.
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