ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Pas d’asile pour les séropositifs

Par Marie Maurisse - Mis en ligne le 27.11.2008 à 06:00

Expulsion. Angelina est infectée par le VIH. Après deux ans en Suisse, elle doit être renvoyée au Cameroun. Pour beaucoup, cette décision s’apparente à une condamnation à mort.

Assise sur son lit, Angelina* attend. Sur son visage sans sourire, il y a la peur. Dans une heure, une semaine, un mois peut-être, elle recevra une lettre l’exhortant à quitter la Suisse. Elle devra alors rejoindre le pays où elle est née voilà 58 ans, le Cameroun. Et risque de faire face à la recrudescence de la maladie dont elle est victime depuis 1999, le virus du sida.

«Grâce à la Suisse, j’ai gagné deux ans de vie en plus, dit-elle. Et ça, même si je dois partir, je ne l’oublierai jamais...» Lorsqu’elle arrive en Suisse, le 2 mars 2006, Angelina est très affaiblie par la maladie. A Douala, il lui était difficile de se soigner correctement. En outre, elle était victime de lynchage de la part de son entourage, qui n’acceptait pas qu’elle soit séropositive. Une fois à Vallorbe, elle fait donc directement une demande d’asile. Celui-ci lui est refusé une première fois le 21 avril 2006. Mais avec l’aide du Service d’aide juridique aux exilés (SAJE), Angelina demande le réexamen de son cas. Plusieurs refus s’ensuivent, mais la Camerounaise persiste.

En attendant l’ultime décision des autorités, elle vit tant bien que mal dans plusieurs établissements vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Grâce à ses 266 francs mensuels alloués par l’aide d’urgence, elle s’achète de quoi manger. Réussit à se payer un abonnement de bus. D’un naturel volontaire, elle fait du bénévolat pour l’Armée du Salut et travaille occasionnellement pour le compte de SID’Action. Mais, surtout, elle bénéficie d’une trithérapie au CHUV ainsi que d’un médicament contre l’épilepsie, maladie dont elle souffre également. Ces traitements réussissent à améliorer considérablement son état de santé.

Danger de mort. Mais en octobre 2008, tous ses espoirs s’écroulent. Le SAJE l’informe que tous les recours déposés pour son compte ont été jugés irrecevables par le Tribunal administratif fédéral. La raison invoquée? Selon les autorités helvétiques, Angelina pourrait se procurer ses médicaments au Cameroun, quitte à les faire venir de l’étranger. «Ce sont des arguments en total décalage avec la réalité, s’emporte Diego Lindlau, directeur de SID’Action, qui soutient Angelina dans son combat. Moins de 20% des séropositifs ont accès à un traitement au Cameroun. Quant au Keppra, le remède qu’elle prend contre l’épilepsie, il n’est pas vendu là-bas. Et elle n’a évidemment pas les 3500 francs annuels nécessaires pour le commander en Belgique! De qui se moque-t-on?»
 
Tout porte à croire que l’Office fédéral des migrations n’a pas lu attentivement le dossier d’Angelina. Pourtant, celui-ci est plutôt bien rempli. Car au service des maladies infectieuses du CHUV, le cas d’Angelina est bien connu. «Nous estimons que le retour au Cameroun (...) dans les conditions actuelles met sa vie en danger et nous nous y opposons donc fermement», trouve-t-on dans un certificat médical en date du 14 mai 2008. La phrase est sans équivoque. D’autant plus que si Angelina arrête son traitement antirétroviral, elle évoluera vers un sida mortel et risque de développer un virus résistant au traitement – ce qui signifie qu’il serait encore plus difficile de la soigner.
 
«Cas extrême». Aujourd’hui, Angelina est fatiguée de se battre. Dans une lettre, elle a émis l’idée de se suicider. Elle a donc été internée à l’hôpital de Cery pour cause de dépression. Sa situation est critique. Ses amis ont tous été expulsés. La vie à l’EVAM est difficile. Et puis surtout, il y a l’angoisse. «J’ai peur de rentrer au Cameroun, confie-t-elle à voix basse. On m’a fait du mal là-bas.»

Le problème, c’est que l’histoire d’Angelina est conforme au droit suisse. Selon la loi, la séropositivité n’est pas une condition suffisante pour obtenir le droit s’asile. «Certaines personnes porteuses du virus du sida ont pu l’obtenir, mais pour d’autres raisons, explique Deborah Glejser, porte-parole du Groupe sida Genève. Au titre du regroupement familial, par exemple. Ou parce que l’accès aux soins n’est officiellement pas garanti dans leur pays d’origine.» Mais au CHUV, et dans les milieux associatifs, on ne comprend pas la loi. D’autant plus qu’en 2006, un Camerounais séropositif avait vu sa demande d’asile acceptée par les autorités suisses.
 

*Selon ses dires, Angelina a déjà été menacée de mort du fait de sa maladie.
Pour des raisons de sécurité, elle a préféré changer de nom.




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
Un tireur embusqué fait deux morts et sept blessés en Finlande
Une des victimes du jeune tireur. Keystone
Un homme embusqué sur un toit dans une ville de Finlande a ouvert le feu dans la nuit de vendredi...


ACTUALITÉ
 Edito. «It’s demography, stupid!»
On n’en est plus à une mauvaise nouvelle près... Alors voilà: ces derniers mois, nos caisses de pension ont perdu...
ACTUALITÉ
 Europeana: que fait la Suisse?
«Le site Europeana est momentanément inaccessible (...). Nous faisons notre possible pour rouvrir au plus vite Europeana sur une base...
ACTUALITÉ
 Le choc Annecy-Genève
Dix-neuf kilomètres. Il suffit d’un bout d’autoroute pour que Genève et Annecy, deux villes qui s’ignoraient jusqu’alors superbement, soient condamnées...
ACTUALITÉ
 L’énergie verte a épuisé ses subsides
Les 42 panneaux solaires scintillent sur le toit de la Régie Braun, au cœur de Lausanne. Philippe Braun, son administrateur,...
ACTUALITÉ
 L’Américain qui croit à l’immobilier romand
Le géant de la boisson gazeuse Coca-Cola à Bussigny, l’entreprise d’électronique Philips à Gland, les stations d’essence Agip au Mont-sur-Lausanne,...
ACTUALITÉ
 Pierre Mirabaud. «Les menaces ne me font pas peur!»
Quelles seront les conséquences de la conjoncture sur la marche des affaires et l’emploi?Ma première constatation, c’est que la crise...
ACTUALITÉ
 Obama: l’optimisme de la volonté
Barack Obama a annoncé, lundi soir à Chicago, ce qui ressemble à l’un des plans de relance économique les plus...
ACTUALITÉ
 «Une promotion économique commune est absolument vitale.»
«Une promotion économique commune est absolument vitale.»
Quatrième citoyen de France par sa fonction de président de l’Assemblée nationale, député-maire d’Annecy-le-Vieux, Bernard Accoyer est un homme politique...
ACTUALITÉ
 L’école de Béjart éblouit l’Inde
Des écoliers en uniforme, des bourgeoises en sari chatoyant, des étudiants de l’université d’en face: tout Jaipur (nord de l’Inde)...
ACTUALITÉ
 Somalie. Dans l’antre des pirates
Au terme de dix heures de route sur une piste défoncée qui serpente au milieu d’un désert de pierres, se...
1234