Assise sur son lit, Angelina* attend. Sur son visage sans sourire, il y a la peur. Dans une heure, une semaine, un mois peut-être, elle recevra une lettre l’exhortant à quitter la Suisse. Elle devra alors rejoindre le pays où elle est née voilà 58 ans, le Cameroun. Et risque de faire face à la recrudescence de la maladie dont elle est victime depuis 1999, le virus du sida.
«Grâce à la Suisse, j’ai gagné deux ans de vie en plus, dit-elle. Et ça, même si je dois partir, je ne l’oublierai jamais...» Lorsqu’elle arrive en Suisse, le 2 mars 2006, Angelina est très affaiblie par la maladie. A Douala, il lui était difficile de se soigner correctement. En outre, elle était victime de lynchage de la part de son entourage, qui n’acceptait pas qu’elle soit séropositive. Une fois à Vallorbe, elle fait donc directement une demande d’asile. Celui-ci lui est refusé une première fois le 21 avril 2006. Mais avec l’aide du Service d’aide juridique aux exilés (SAJE), Angelina demande le réexamen de son cas. Plusieurs refus s’ensuivent, mais la Camerounaise persiste.
En attendant l’ultime décision des autorités, elle vit tant bien que mal dans plusieurs établissements vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Grâce à ses 266 francs mensuels alloués par l’aide d’urgence, elle s’achète de quoi manger. Réussit à se payer un abonnement de bus. D’un naturel volontaire, elle fait du bénévolat pour l’Armée du Salut et travaille occasionnellement pour le compte de SID’Action. Mais, surtout, elle bénéficie d’une trithérapie au CHUV ainsi que d’un médicament contre l’épilepsie, maladie dont elle souffre également. Ces traitements réussissent à améliorer considérablement son état de santé.
Danger de mort. Mais en octobre 2008, tous ses espoirs s’écroulent. Le SAJE l’informe que tous les recours déposés pour son compte ont été jugés irrecevables par le Tribunal administratif fédéral. La raison invoquée? Selon les autorités helvétiques, Angelina pourrait se procurer ses médicaments au Cameroun, quitte à les faire venir de l’étranger. «Ce sont des arguments en total décalage avec la réalité, s’emporte Diego Lindlau, directeur de SID’Action, qui soutient Angelina dans son combat. Moins de 20% des séropositifs ont accès à un traitement au Cameroun. Quant au Keppra, le remède qu’elle prend contre l’épilepsie, il n’est pas vendu là-bas. Et elle n’a évidemment pas les 3500 francs annuels nécessaires pour le commander en Belgique! De qui se moque-t-on?»
Tout porte à croire que l’Office fédéral des migrations n’a pas lu attentivement le dossier d’Angelina. Pourtant, celui-ci est plutôt bien rempli. Car au service des maladies infectieuses du CHUV, le cas d’Angelina est bien connu. «Nous estimons que le retour au Cameroun (...) dans les conditions actuelles met sa vie en danger et nous nous y opposons donc fermement», trouve-t-on dans un certificat médical en date du 14 mai 2008. La phrase est sans équivoque. D’autant plus que si Angelina arrête son traitement antirétroviral, elle évoluera vers un sida mortel et risque de développer un virus résistant au traitement – ce qui signifie qu’il serait encore plus difficile de la soigner.
«Cas extrême». Aujourd’hui, Angelina est fatiguée de se battre. Dans une lettre, elle a émis l’idée de se suicider. Elle a donc été internée à l’hôpital de Cery pour cause de dépression. Sa situation est critique. Ses amis ont tous été expulsés. La vie à l’EVAM est difficile. Et puis surtout, il y a l’angoisse. «J’ai peur de rentrer au Cameroun, confie-t-elle à voix basse. On m’a fait du mal là-bas.»
Le problème, c’est que l’histoire d’Angelina est conforme au droit suisse. Selon la loi, la séropositivité n’est pas une condition suffisante pour obtenir le droit s’asile. «Certaines personnes porteuses du virus du sida ont pu l’obtenir, mais pour d’autres raisons, explique Deborah Glejser, porte-parole du Groupe sida Genève. Au titre du regroupement familial, par exemple. Ou parce que l’accès aux soins n’est officiellement pas garanti dans leur pays d’origine.» Mais au CHUV, et dans les milieux associatifs, on ne comprend pas la loi. D’autant plus qu’en 2006, un Camerounais séropositif avait vu sa demande d’asile acceptée par les autorités suisses.
*Selon ses dires, Angelina a déjà été menacée de mort du fait de sa maladie.
Pour des raisons de sécurité, elle a préféré changer de nom.
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