A 71 ans, le Tchèque Karl Johannes Fürst zu Schwarzenberg dirige la diplomatie de son pays depuis 2007. Issu d’une vieille famille aristocratique allemande, le ministre – dont la fortune frôle 300 millions d’euros – est porteur d’un passeport suisse.
Après l’intervention de Moscou en Géorgie, des pays baltes et de l’Europe de l’Est, emmenés par le président polonais Lech Kaczynski, se sont réunis et ont fait front commun contre la Russie. Ni vous ni votre président Vàclav Klaus n’y avez participé. Pourquoi? J’étais sur place peu avant. Il était clair que les provocations contre la Géorgie augmentaient.
Les pays de l’Est membres de l’Union européenne (UE) veulent une attitude plus dure à l’égard de Moscou. L’UE se divise-t-elle entre «vieille» et «nouvelle» Europe? En vogue, cette division a été lancée, peu avant la deuxième guerre en Irak, par l’ex-ministre américain de la Défense, Donald Rumsfeld. Elle était alors déjà fausse. Naturellement, il y a des divergences d’opinion au sein de l’UE sur la manière de traiter avec Moscou. Notre attitude est marquée par quarante ans d’histoire, celle d’un Etat satellite sous le joug du pouvoir soviétique. Mais la Grande-Bretagne et la Suède ont adopté une position similaire.
Quelle a été l’erreur de l’UE durant la crise en Géorgie? Par des moyens diplomatiques, l’Ouest aurait dû commencer plus tôt à trouver un règlement au conflit.
Ce printemps, lors du sommet de l’OTAN à Bucarest, l’Allemagne et la France ont empêché que la Géorgie soit admise, le plus vite possible, dans cette organisation. Nous avons défendu, avec d’autres pays de l’Est membres de l’OTAN, d’accueillir rapidement la Géorgie. Reporter la date d’adhésion a encouragé la Russie.
Pourquoi l’Europe devrait-elle se ranger du côté de la Géorgie? Le président Mikheil Saakach-vili a tout de même commencé la guerre... Pour le dire prudemment, Saakachvili a agi de façon insensée. Mais prenons en compte aussi les provocations russes. Moscou a soutenu les aspirations séparatistes. Des troupes russes étaient sur place au début de l’été. Et des jets russes survolaient le territoire géorgien. Aujourd’hui encore, des parties du pays sont occupées.
L’Ouest devrait-il plus tenir compte de la Russie? Non, nous Tchèques avons appris de l’Histoire: la crainte ne paie pas. Et l’apaisement n’est pas une alternative.
Moscou a ainsi une ambition impériale. Aussi vers l’UE? Membres de l’OTAN, les pays baltes jouissent de la protection de cette organisation. Ce n’est pas le cas de l’Ukraine qui, elle, va sentir une pression croissante. Nous devons soutenir ce pays, en accélérant son rapprochement en direction de l’UE et de l’OTAN.
© der SPIEGEL, Adaptation Yves Steiner
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