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ENTREPRENEUR. Le journaliste indépendant fait tout lui-même. Il a acquis un studio de radio flambant neuf à Carouge.
Charly Rappo/Arkive.ch

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Médias
Pascal Décaillet, au nom de l’indépendance

Par XAVIER PELLEGRINI - Mis en ligne le 19.01.2011 à 11:46

Le journaliste genevois n’a pas hésité à s’en prendre violemment à Roger de Weck, le nouveau patron de la SSR. Rencontre avec cet «artisan des médias», dans son antre de Carouge.

Pascal Décaillet a encore fait des siennes. Dans les colonnes du Temps, il s’en est violemment pris à Roger de Weck, nouveau directeur général de la SSR, lequel venait, dans le même journal (ainsi que dans L’Hebdo), de présenter sa conception du service public.

«IL APPORTE UN AUTRE REGARD, DES OPINIONS FORTES QUI S’ÉCARTENT DU MAINSTREAM.» Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève

Le journaliste indépendant genevois lui reprochait de professer «une vision théorique, métallique, désincarnée, du monde des médias en Suisse» et de vouloir, au nom d’une croisade contre la «bipolarisation», neutraliser tous ceux qui s’éloignent de la ligne médiane du centre-droit et de la frange tiédasse du Parti socialiste.

Coup médiatique? Attaque revancharde contre la SSR, à qui Pascal Décaillet a «donné» plus de quinze ans de sa vie professionnelle avant de devoir en démissionner, en 2006, au terme d’un affrontement sanglant avec sa hiérarchie? Dans son bureau de Carouge, où il est fier d’exhiber un studio de radio flambant neuf qu’il vient d’acquérir en réinvestissant ses honoraires, l’animateur de Genève à chaud, sur Léman bleu, et du Grand oral, sur La télé, s’en défend farouchement:

«J’ai posé de vraies questions: les opinions dérangeantes doivent-elles être éliminées de l’espace télévisuel et radiophonique public? Le mammouth SSR ne peut-il pas faire mieux avec l’argent de la redevance? Est-il judicieux que celle-ci serve à acheter les séries américaines diffusées par la Télévision suisse romande? Au nom de quoi l’habitué des beaux étages qu’est Roger de Weck se permet-il de juger les médias privés, alors qu’ils se battent dans des conditions difficiles, eux, pour animer le débat civique?»

Pascal Décaillet n’est pas modeste. On pourrait même le soupçonner de narcissisme quand il énumère ses succès. Mais cette immodestie est aussi sa force. Il ne doute pas de la qualité de ce qu’il conçoit et réalise. Du coup, il s’y consacre corps et âme. C’est du moins l’image qu’il donne: un fonceur, un homme qui n’en fait qu’à sa tête, presque une tête brûlée.

Bouleversement. Partout où il a passé, même comme salarié, même dans les positions hiérarchiques les plus modestes, il a réformé à la force du poignet. Au Journal de Genève, où il a fait son stage comme secrétaire de rédaction, il a lutté pour rendre plus vivante une rubrique fédérale compassée.

Puis ce fut la radio publique où il a bouleversé l’écriture radiophonique romande: toujours en mouvement, toujours prêt à bouleverser son sommaire à la moindre alerte de l’actualité, toujours pressé de partir à la rencontre des gens. A de notables exceptions, «il les aime, ces gens, dit le constituant socialiste genevois Alberto Valesco. Il les aborde avec une bonhomie et une empathie qui leur permettent de donner le meilleur d’eux-mêmes».

«Après la rupture, je me suis retrouvé tout seul chez moi, privé de mon moyen d’expression et ça été très dur, se souvient le journaliste. Heureusement, une certitude s’est rapidement gravée en rouge dans mon cerveau: je ne serais plus jamais salarié. Alors, apaisé, je suis parti en vacances et à mon retour je me suis mis à chercher des clients.»

A peine cinq ans plus tard, sa clientèle est aussi étoffée qu’éclectique: Genève à chaud et le Grand oral à la télévision, un édito radiophonique et l’animation d’une tranche matinale sur One FM, des chroniques dans la Tribune de Genève, Le Nouvelliste et même le Giornale del Popolo. Bientôt une radio sur internet. Bien d’autres projets encore. On peut être presque sûr qu’il les réalisera: Pascal Décaillet est tout sauf un velléitaire. Il n’y a pas de miracle.

Même avec l’aide d’une collaboratrice, Audrey Breguet, Pascal Décaillet abat 12 à 13 heures de travail c inq jour s par semaine. On le trouve aussi au bureau le samedi et le dimanche après-midi. Tâches administratives, facturation, comptabilité, il fait tout lui-même. «Je paie immédiatement toutes les factures, tient-il à préciser. Je ne supporte pas d’avoir des dettes.»

Critiques. Pascal Décaillet a-t-il changé? Les critiques, en tout cas, se font plus nombreuses et plus virulentes. Président du Parti socialiste, René Longet, qui a subi les assauts du journaliste, n’y va pas par quatre chemins: «Il importe les mœurs médiatiques américaines avec ces journalistes-prédicateurs d’extrême droite qui déversent leur haine. Il est sans limites avec ses têtes de turc. Il triche avec son statut: il dit qu’il est journaliste, mais en fait c’est un polémiste. Depuis un an, il a pété les plombs.»

Quant au conseiller d’Etat François Longchamp, lui aussi étrillé par l’animateur de Genève à chaud, il fait dire par son porte-parole qu’il «n’a plus d’avis sur Pascal Décaillet».

A Genève, on reproche surtout à Pascal Décaillet de s’être acoquiné avec l’UDC et surtout le MCG (Mouvement citoyen genevois), qu’il favoriserait dans ses émissions et ses chroniques dans la Tribune de Genève. C’est en partie l’opinion du député libéral Pierre Weiss: «Sinon fasciné par le muscle, du moins fatigué par les compromis qu’implique la démocratie, il me semble actuellement à la recherche de nouveaux repères.»

«Il n’y a rien de vrai dans tout ça, réplique Pascal Décaillet. Je ne suis membre d’aucun parti, d'’aucune coterie. Je n’ai aucun ami en politique. Je me tiens à l’écart des réseaux. Je hais les cocktails. Je ne suis l’homme de personne.» Et les invitations fréquentes des leaders du MCG Eric Stauffer et Mauro Poggia dans ses émissions?

«C’est encore faux. Je respecte un équilibre entre les différentes forces politiques du canton. Devrais-je boycotter des hommes qui représentent 17% de l’électorat? C’est ce que voudraient les notables des partis gouvernementaux, qui considèrent les nouveaux venus comme des gueux qui n’ont rien à faire dans leur monde. Qu’ils trouvent les moyens de les contrer plutôt que de blâmer les médias, dont on sait qu’ils n’ont aucune influence électorale.»

Professionnalisme. On peut trouver Pascal Décaillet opportuniste, partial ou même détestable. Mais personne ne met en doute son professionnalisme. Tout bien pesé, un Pierre Weiss lui trouve plus de qualités que de défauts parce que, dit-il, «il n’est pas un bureaucrate des médias, mais un entrepreneur». René Longet admet quant à lui que «c’est un bon intervieweur. Il pousse ses invités à dire des choses cohérentes. Il aime aussi promouvoir les jeunes, dans son entreprise comme dans le choix des invités.»

Quant aux clients de Pascal Décaillet, ils n’en sont pas mécontents: «Avec Autrefois Genève, Genève à chaud tire Léman bleu, dit son directeur général Antoni Mayer. Dans la tranche 18-20 h, nous flirtons avec les chiffres d’audience de la Télévision romande sur Genève!» Rédacteur en chef de la Tribune de Genève, Pierre Ruetschi n’est pas non plus déçu par son chroniqueur: «Il m’arrive souvent de ne pas être d’accord avec lui et parfois ses envolées outrancières m’irritent, mais cela m’intéresse toujours de l’entendre et de le lire. Il apporte un autre regard, des opinions fortes qui s’écartent du mainstream. Cette collaboration s’inscrit dans la volonté d’ouverture du journal.»

Malgré la virulence de ses adversaires, dont certains rêvent de le déloger de ses positions, Pascal Décaillet, décidément sûr de lui-même, ne se sent pas menacé: «Je fais de mon mieux pour satisfaire mes clients et je crois qu’ils apprécient mes prestations. Il est possible que certains représentants de l’establishment parviennent à me faire perdre un ou deux mandats, mais ils seront remplacés par d’autres.»

Par exemple pour la SSR? «La question est très théorique, dit le journaliste dans un éclat de rire. Mais pourquoi pas? Je suis un artisan des médias, un patron de PME qui a des responsabilités. Dans cette position, on ne crache pas sur une clientèle potentielle.»

Patron de l’information de la nouvelle Radio Télévision romande, Jean-Jacques Roth ne l’exclut en tout cas pas: «La question ne s’est jamais posée, mais pourquoi pas? Il est dans notre intérêt de nous entourer du plus grand nombre possible de talents, et Pascal Décaillet est incontestablement un excellent professionnel.» Il n’est peut-être pas (plus) le paria qu’il croit être.


Profil

PASCAL DÉCAILLET

1958 Naissance à Genève de parents valaisans.

1976 Etudes d’allemand, de grec ancien et d’histoire ancienne à l’Université de Genève.

1986 Stage au Journal de Genève.

1989 Journaliste à la Radio Suisse romande. Y crée et anime plusieurs émissions d’information, dont Forums, en janvier 2001.

D’octobre 1998 à septembre 2000, il est rédacteur en chef adjoint à L’Hebdo, avant de retourner à la radio.

2006 Création de Pascal Décaillet Productions, son agence de journalisme radio, TV et presse écrite.






Tags: Pascal Décaillet, Roger de Weck, médias,

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Réaction de Léon Savary
le 07.02.2011 à 12:22
L'article de Pascal Décaillet sur l'affreux Roger de Weck était...
 
Réaction de Setruth
le 01.02.2011 à 01:08
Désolé mais quand on a des clients comme le Léman...
 



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