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Pascal Kiener: La BCV veut devenir leader de la gestion de fortune dans le canton

Par Geneviève Brunet, Alain Jeannet - Mis en ligne le 19.03.2009 à 06:00

Responsabilité. La banque demande aux candidats à un prêt hypothécaire d’apporter 10% des fonds propres en cash pour préserver le capital du 2e pilier.

CEO de la BCV depuis mai, après avoir été responsable de sa division finance et risques, Pascal Kiener déploie une stratégie propre à développer les atouts de la Banque cantonale vaudoise. Venant de l’industrie et du conseil, il met l’accent sur l’optimisation des processus.

Quelle est la nouvelle stratégie de la BCV?

Elle repose sur quatre piliers: des priorités claires dans le développement du portefeuille d’affaires, une gestion active du capital, l’optimisation de nos processus sur une période de trois à cinq ans et le renforcement continu des compétences, spécialement au niveau managérial et dans le conseil à la clientèle. Chacun de nos métiers a des caractéristiques différentes en termes de concurrence, de risques et de rentabilité. Nous avons donc fixé des objectifs de développement différenciés. Pour la gestion de fortune, partant d’une part de marché d’environ 15%, nous avons pour objectif de devenir numéro un dans le canton de Vaud. La BCV peut encore gagner des parts de marché dans la gestion institutionnelle hors du canton et le crédit aux PME vaudoises. Le crédit aux grandes entreprises est un marché en réelle croissance pour nous, car certaines banques étrangères s’en désengagent pour réduire leur bilan. Le crédit aux grandes entreprises et le financement de négoce étant plus risqués que les prêts hypothécaires ou la gestion de fortune, nous cherchons à assurer leur croissance en ligne avec le reste du portefeuille, pour garder notre profil de risque équilibré.
 
Comment améliorer vos processus?

En Suisse, l’activité bancaire est un marché mature avec peu de croissance. Pour répondre au mieux à sa mission, la banque doit optimiser ses processus, comme l’industrie l’a déjà fait. En réduisant le temps nécessaire pour fournir un service, on diminue les coûts, sans céder sur la qualité. Pour ce faire, il est souvent nécessaire de penser autrement, afin de changer un processus. Nous avons revu notre mode de fonctionnement dans le domaine du crédit hypothécaire, pour pouvoir donner une réponse de principe à un client particulier dans les vingt-quatre à quarante-huit heures.
 
Avoir son activité centrée sur un canton constitue-t-il un danger?

C’est notre mission. La BCV avait des métiers trop dispersés ces dernières années. Les corrections nécessaires ont été apportées: la dernière étant l’abandon de l’activité de négoce des dérivés d’actions. Nous nous concentrons sur le cœur de notre activité: les prêts aux PME, la banque de détail et la gestion de fortune locale, tout en voulant une diversification ciblée avec, notamment, le Trade finance, le négoce pour les clients et la gestion institutionnelle. En 2008, la gestion de fortune et le trading n’ont pas affiché d’excellents résultats, mais le retail et le crédit aux PME ont réalisé un bon exercice. Il y a deux ou trois ans, c’était plutôt l’inverse.
 
Visez-vous une croissance exclusivement interne?

Des acquisitions à l’étranger sont exclues, et il n’y a pas grand-chose à vendre en Suisse qui puisse intéresser la BCV…
 
Venant du Credit Suisse, Gérard Haeberli dirigera, le 1er juillet, la nouvelle division de gestion de fortune et Christopher E. Preston, ex-responsable de la gestion de fortune, est devenu CEO de la Banque Piguet, votre filiale. Signe d’une volonté de segmenter différemment la clientèle?

Non. La BCV et la Banque Piguet sont parfois concurrentes. La BCV pratique plutôt la gestion de fortune onshore dans le canton, alors que la banque Piguet est une banque privée suisse traditionnelle ayant plus de clients étrangers. A la maison mère, nous avons surtout décidé de séparer la gestion de fortune privée de la gestion institutionnelle en créant deux divisions distinctes et nous affichons clairement notre ambition de devenir le leader de la gestion de fortune privée onshore dans le canton de Vaud. Gérard Haeberli a été attiré par ce challenge. Nos performances de ces dernières années sont bonnes. Nous n’avons enregistré qu’une vingtaine de réclamations de clients depuis le début de la crise: ce que nous leur avions proposé correspondait à ce qu’ils souhaitaient. La BCV n’avait rien placé auprès de Madoff, Lehman ou Stanford. Elle est l’émetteur de la quasi-totalité des produits à capital garanti qu’elle propose.
 
Vous voulez reverser une partie de vos fonds propres aux actionnaires?

Nous avons 180% du ratio minimum de fonds propres fixé par la Finma et estimons pouvoir fonctionner de manière optimale avec 145% de ce ratio. Nous avons donc annoncé que nous allions redonner une partie des fonds propres aux actionnaires dans les cinq à six ans. Vu les incertitudes actuelles sur le marché interbancaire, la contrainte pour les banques porte plus sur la liquidité que sur le niveau de fonds propres. Pour nous, la liquidité est abondante avec un apport en 2008 de 1,7 milliard de francs venant de nouveaux clients. La BCV est la première banque cantonale à avoir atteint le niveau «fondation» dans les exigences de Bâle II qui en comportent trois: «standard», «fondation» et «advanced». Cela démontre le niveau de qualité atteint dans la gestion des risques crédits.
 
Les nouveaux clients, attirés par la sécurité, pourraient repartir…

A nous de leur montrer que la BCV ne vaut pas seulement par sa solidité, mais par les services qu’elle peut leur apporter. Pour placer la part des nouveaux fonds dont nous avons la quasi-certitude qu’elle ne va pas repartir, il faudrait que la demande de crédits soit suffisante. On constate un ralentissement de la croissance de la demande de crédits hypothécaires: ce marché, qui croissait de 5 à 6% par an, est plus proche des 2 à 3%. Le crédit aux PME reste extrêmement stable. Il n’y a pas de credit crunch en Suisse: les petites entreprises empruntent comme avant et ne tirent pas plus sur leurs lignes de crédit.
 
Votre stratégie ne doit-elle pas être modifiée avec cette crise?

La situation actuelle ne remet pas en cause la vision à terme. En outre, la crise n’est pas encore réellement visible sur notre bilan: pour l’instant, la proportion de crédits à risques reste faible. Sur l’ensemble d’un cycle économique, la BCV prévoit un coût moyen annuel du crédit de 50 à 60 millions. En haute conjoncture, c’est beaucoup moins: de 5 à 15 millions ces dernières années. On peut donc supposer que nous passerons au-dessus des 50 millions dans des années difficiles comme 2009 et 2010. Nous pouvons tout à fait le supporter.

La BCV prête-t-elle à l’UBS?

On lui prête des centaines de millions en repo: avec des garanties. La ZKB a procédé récemment à une émission avec PostFinance et les Banques Raiffeisen. Nous avons annoncé que nous étions prêts à participer s’il y avait une deuxième émission de ce type avec la Centrale des lettres de gage et des garanties hypothécaires.
 
Quelles perspectives pour l’immobilier?

Le marché immobilier vaudois me semble sain: les prix vont se stabiliser. On aura peut-être une correction de 5 à 10%; probablement plus dans les stations de montagne où il y avait eu des exagérations. Les prix sont soutenus par des taux d’intérêt très bas, qui vont le rester pendant une douzaine de mois, et par un taux de vacance extrêmement faible. La BCV est une des seules banques à toujours avoir exigé 10% de fonds propres en cash pour octroyer un prêt hypothécaire. Les banques prêtent généralement jusqu’à 80% de la valeur de l’objet, mais les 20% restants proviennent souvent d’un retrait de capital de la caisse de pension. Nous avons toujours dit que l’apport du 2e pilier ne devait pas dépasser 10% du prix et que les autres 10% devaient provenir de l’épargne du client. C’est une question d’éthique, même si cette politique nous a fait perdre des affaires. Dans un marché tendu, il est irresponsable de prêter 80% du prix et d’accepter en même temps que les 20% de fonds propres viennent du capital vieillesse. Si les prix de l’immobilier baissaient le client perdrait sa caisse de pension: 10% de variation de prix sur le marché immobilier, ça peut arriver.





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Tags: Interview, Finance, BCV,

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