C’est une silhouette bien connue des mélomanes de la Riviera vaudoise. Grand, le cheveu long, la barbe fournie, Pascal Roth est un passeur musical au verbe assuré, tour à tour DJ, chroniqueur et disquaire.
A 42 ans, le Veveysan ajoute une nouvelle corde à son arc cet automne en chapeautant le festival Heartland, dont la programmation met à l’honneur la scène rock canadienne.
Heartland? Le nom du dernier album d’Owen Pallett, compositeur prodige, arrangeur de Mika et d’Arcade Fire, qui sera l’une des têtes d’affiche de la manifestation.
«Je ne trouvais pas de nom pour le festival, raconte Pascal Roth, et je me suis finalement dit qu’il suffisait de prendre celui d’un disque qui me tenait à cœur, comme je l’ai fait pour mon magasin de disques, Quixotic, titre d’un album de Martina Topley-Bird.»
Mais Heartland signifie également «le pays du cœur». Celui où vit la compagne de Pascal Roth, chirurgienne à Toronto. «Là-bas, nous avons noué de bons contacts avec certains acteurs de la scène locale, explique-t-il.
Surtout, j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette scène, qui ressemble plus à une famille musicale qu’à une collection d’individualités.» Et joue d’un éclectisme qui correspond à la personnalité du disquaire vaudois.
De Flash Gordon à Bowie. L’insatiable curiosité de Pascal Roth doit beaucoup au parcours musical. Enfant, il enregistre sur son radiocassette les génériques des séries TV.
Mais c’est presque par hasard qu’il tombe dans la musique, grâce à sa passion pour la sciencefiction. «Au début des années 80, j’ai acheté la bande-originale du film Flash Gordon, raconte-t-il. Et je suis devenu fan du groupe qui l’avait composée: Queen. Deux ans plus tard, j’avais tous leurs disques.»
La suite de son apprentissage musical se fait par associations. Queen lui fait découvrir David Bowie sur Under Pressure, ce dernier l’amène à Brian Eno, qui le dirige vers les Talking Heads, puis vers les musiques électroniques.
Avant de trouver son école buissonnière – un magasin de disques montreusien – où il s’initie au jazz. «D’une certaine manière, j’ouvrais des portes qui m’emmenaient toujours plus loin, observe-t-il. Comme une obsession.»
Sans surprise, Pascal Roth partage ensuite sa vie entre les platines et les comptoirs, DJ la nuit, vendeur de disques le jour. Membre du collectif Mash Up durant les années 90, il multiplie les soirées en Suisse romande.
Employé chez City Disc à la même période, il démissionne pour ouvrir son propre magasin, «car on m’interdisait de passer les derniers Young Gods et Beastie Boys».
Reste que ce parcours ne suffit pas totalement à expliquer l’originalité et l’énergie du personnage, qui se définit comme un «médium entre l’artiste et le public».
En le travaillant un peu, il dévoile pourtant un souvenir qui pourrait être la source de cette passion démesurée. «Quand j’avais 18 ans, j’ai été choisi avec cinq autres personnes pour écouter les nouvelles chansons de David Bowie. Durant une année, j’allais régulièrement le retrouver au Mountain Studios de Montreux pour découvrir les enregistrements de ce qui allait devenir Never Let Me Down.»
Une expérience comme une plongée sans pareille dans les entrailles de la création, qui a permis à Pascal Roth de croiser la route du Thin White Duke, mais également d’Iggy Pop. De quoi expliquer un peu mieux cette flamme si vive qui l’anime encore aujourd’hui.
Une affiche de haut vol
Pour sa première édition, le festival Heartland met les petits plats dans les grands. Du hip-hop rugueux de Buck 65 à la pop protéiforme du collectif Broken Social Scene, en passant par les miniatures symphoniques d’Owen Pallett, Vevey accueille certains des musiciens les plus en vue du Canada, nouvelle Mecque du rock depuis l’avènement d’Arcade Fire.
Organisée par l’association canado-suisse Sounds Quixotic – dont Pascal Roth est le président – la manifestation ne devrait pas être un one-shot. «Nous imaginons poursuivre l’aventure durant 5 à 10 ans, mais sans nous cantonner au Canada. L’idée serait de proposer chaque année un nouveau thème, qu’il s’agisse d’un pays, d’une ville ou d’un artiste.»
En attendant le verdict du public, ce festival atypique peut déjà se targuer d’avoir séduit les musiciens, certains groupes ayant même chamboulé leur agenda afin d’y être présent.
Et se paie le luxe d’offrir l’entrée gratuite pour sa soirée d’ouverture, «manière d’inviter les gens dans le hall d’entrée», selon Pascal Roth.
Vevey. Salle del Castillo. Du me 10 au sa 13. www.heartland.ch
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