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Où il démontre que la forte crise surgissant à sa nomination fut une décisive épreuve.
Il regarde une émission dans le poste. On est en 1983 et il y a ce chercheur présenté comme «américain». En réalité, Pierre-Marie Galetti est Valaisan, et il est le frère d’une amie de la mère de Patrick Aebischer. Il est question d’organes artificiels, une problématique qui le passionne. Il contacte Galetti, les deux hommes s’apprécient aussitôt. Le professeur emmène le jeune homme à l’Université de Brown, à Providence, dans le Rhode Island. Il y restera huit ans. Et si la culture américaine, ses facilités ou son mode de vie, lui pèsent, il demeure en revanche profondément marqué par le génie académique des Etats-Unis: organisation, compétition, complémentarité entre privé et public, inventivité et efficacité des campus. Là-bas, il lance une première start-up, Cyto Therapeutics, qui travaille sur l’un des Graals des neurosciences: l’encapsulage de cellules modifiées génétiquement, protégées du rejet immunitaire, et capables ensuite de sécréter une substance qui manque chez le patient.
Il revient en Europe en 1992, comme professeur à la Faculté de médecine de Lausanne et pose problème: les grilles de salaires y commencent à 40 ans, il en a seulement 37. C’est un homme pressé, Patrick Aebischer. Il dort peu et se lève à 5 heures du matin, consacre deux heures dans l’aube à lire articles ou thèses scientifiques. Il met sur ses oreilles un air de plain-chant ou du Mozart, construit une bulle autour de lui. Il se couche tard, fait de la recherche dans son laboratoire soir ou week-end, vous voyez le genre: un savant qui veut savoir plus.
Il lance encore, avec son ami Bernard Thorens, lui aussi de retour des USA, une seconde start-up, Modex, en 1996. En démontrant, dans le mouvement, une capacité rare à lever des fonds, à trouver des investisseurs capables de donner des millions pour le développement d’une technologie qui ne marchera que dans des années, si elle marche: sa force de conviction, son enthousiasme, font soudain lever sur lui les yeux des politiques.
En 1999, après un voyage aux Etats-Unis où il est l’un des guides de Charles Kleiber, alors secrétaire d’Etat à la Science, et de Francis Waldvogel, qui préside le Conseil des Ecoles polytechniques, ce dernier l’invite à manger. Et lui propose de devenir le président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Aujourd’hui encore, il dit: «J’ai cru que c’était une blague.» Une blague: alors que l’époque est déjà aux byzantines sélections par cabinets d’audits, considérations politiques et cooptations internes, on lui donne le sceptre de l’EPFL entre la poire et le fromage. Alors, il le prend. La bronca va être énorme.
Tout le monde lui tombe dessus, avant même qu’il n’entre en fonction. L’association des professeurs, la hiérarchie ancienne de l’EPFL, les architectes, le Poly de Zurich, les industriels fameux comme Daniel «Logitech» Borel ou Kudelski, quelques politiques aussi. Une chasse à courre et à l’intrus surprise, au toubib pas prévu, augmentée encore quand il annonce qu’il entend nomnommer comme l’un de ses viceprésidents Stefan Catsicas, un autre médecin. Et qu’il dit que les sciences de la vie vont être l’une des nouvelles priorités de l’école.
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