Nommé président en 2000 d’un Rwanda physiquement détruit et moralement dévasté, Paul Kagamé a été élu au suffrage universel en 2003 avec 95% des voix. Le 9 août prochain, cet ancien militaire austère et secret de 53 ans, qui suscite un mélange de crainte et d’admiration, sollicite un nouveau mandat de sept ans. L’opposition muselée ou en exil, il est assuré de l’emporter. Le Rwanda vit sous la férule d’un régime autoritaire où la liberté d’expression n’est guère de mise. Reste que le pays a connu, ces dernières années, un essor économique incontestable.
Ces jours, avec le Mondial de football, l’Afrique fait l’actualité. Pourquoi, cinquante ans après l’indépendance, tant de pays du continent noir peinent-ils tellement à suivre?
C’est vrai, nous peinons à suivre. Pour une quantité de raisons historiques, culturelles, mais en particulier pour des raisons que nous avons générées nousmêmes. Nous n’exploitons de loin pas nos potentiels et nos ressources.
Pourquoi les gouvernants qui ne s’en mettent pas plein les poches restent-ils, en Afrique, l’exception?
J’admets que c’est un problème, mais je ne peux pas, pour autant, exonérer entièrement l’Occident, qui a non seulement soutenu les dirigeants corrompus, mais les a parfois poussés encore plus à la corruption.
On dirait que la Chine occupe désormais le rôle naguère joué par l’Occident. Les Chinois ontils, pour l’Afrique, un intérêt sincère?
Il m’importe peu de savoir si la Chine est plus honnête avec nous que l’Occident. La question est: pourquoi ne sommes-nous pas fichus de nous en tirer par nous-mêmes?
Mais votre continent se complaît dans la dépendance.
C’est vrai. Après l’Occident, nous nous plaignons maintenant des Chinois qui accaparent nos matières premières et cochonnent l’environnement. Nous devons dresser un inventaire de nos ressources et de nos potentiels, réfléchir à la manière de les utiliser nous-mêmes et commercer avec l’Occident ou la Chine sans nous laisser piller.
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