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PÊCHE AU BOUT DE LA SUÈDE

Mis en ligne le 31.07.2008 à 00:00

LULEÅ. Ancien port médiéval prestigieux, Luleå vit surtout de l'industrie du bois et du minerai. Une quinzaine de pêcheurs y sont encore actifs. Récit d'une expédition matinale.

L'Hebdo; 2008-07-31

PÊCHE AU BOUT DE LA SUÈDE

DEBORAH SOHLBANK

LULEÅ.

Ancien port médiéval prestigieux, Luleå vit surtout de l'industrie du bois et du minerai. Une quinzaine de pêcheurs y sont encore actifs. Récit d'une expédition matinale.

Très tôt, un jeudi matin. Lars et Ulrika Ökvist s'en vont pêcher. Peut-on parler de départ à l'aube, alors qu'il n'a pas fait nuit sur l'île de Junkön? Nous sommes à 150 kilomètres du cercle polaire, dans le Norrbotten, province à l'extrême nord de la Suède.

Ici, ce n'est pas la lumière qui rythme les journées, mais les saisons. Pour Lars et Ulrika, l'été est synonyme de travail à plein temps. Ils font partie de la quinzaine de pêcheurs encore actifs dans la région. Leur territoire est le golfe de Botnie et les nombreuses îles qui composent l'archipel de Luleå. Le couple, qui a une fille, vit sur cette île de Junkön située à 20 kilomètres de la ville. La famille de Lars s'y est installée en 1780. Si quelques vacanciers peuplent cet endroit fascinant l'été, le reste de l'année, ils ne sont que sept habitants. Lars travaille avec son cousin Pele.

Gilet de sauvetage canin. Le moteur du canot est le premier bruit qui émerge de l'île. Vêtu d'un gilet de sauvetage, le chien Mole est de la partie. Départ à quelques kilomètres de la rive pour la récolte des poissons pris au piège dans les 21 filets trappes sur flotteurs déposés autour des îles en début de saison. Une cage spectaculaire remonte grâce à un bruyant moteur à air comprimé. Difficile de ne pas penser à un monstre marin faisant surface pour vomir ses proies. Le principe du filet trappe veut que le poisson suive un chemin qui se rétrécit au fur et à mesure qu'il avance pour le mener à un panier, duquel il sera difficile de s'échapper. «Mais beaucoup parviennent à trouver la sortie», explique timidement Lars. Ulrika ouvre le panier pour laisser tomber dans la barque les poissons. Impressionnant: l'agitation affolée des animaux tambourine la barque. Une tonalité sourde et puissante mise en évidence par le silence des pêcheurs et le calme de la mer qui les entoure. D'autres sons rythmeront la journée: les coups de massue administrés aux bêtes, la lame qui tranche leur gorge, leur plongée dans l'eau pour un premier rinçage, puis celle dans la glace où ils sont conservés.

Pêche surprise. Ces mois-ci, Lars et Ulrika pêchent du lavaret, du saumon et sa prestigieuse variante surnommée «le poisson d'or». Dès septembre, ils seront en quête d'ablettes, poisson fort convoité pour ses Å“ufs, avec lesquels on fabrique le caviar suédois. Une délicatesse vendue à 120 francs le kilo contre 11 francs les poissons pêchés ces jours.

Avant-dernière récolte: on trouve un phoque dans les mailles du filet. Impossible d'expliquer comment il est entré; le piège n'est pas endommagé. Lars sourit de satisfaction. «Un bon phoque est un phoque mort.» Cet animal est le plus grand souci des pêcheurs de la région, plus que la hausse des prix du pétrole. «Bien sûr que c'est un problème, mais je ne crois pas que nous ferons la grève, nous n'aimons pas nous battre.» Tel est son regard sur la décision prise par les pays du nord de

l'Europe qui préfèrent chercher des solutions à la crise actuelle dans la chaîne de production, plutôt que de demander des subventions d'Etat.

Mais revenons aux phoques. «Ils pourrissent notre vie en abîmant nos filets pour manger nos poissons. L'Etat dit qu'il y en a 25 000 dans nos mers, nous pensons qu'ils sont bien plus. Depuis des années, nous demandons à être écoutés, mais rien n'y fait.» Protégés depuis une catastrophe écologique dans les années 60, seuls 40 phoques par année peuvent être abattus dans la région. Celui-ci sera déclaré à l'Etat qui analysera ses entrailles. Le pêcheur peut garder la peau et le gras pour en faire de l'huile.

16 heure: les poissons ont été vidés, rincés et entreposés. Un travail assidu en famille atténué par une ambiance allègre. Il est temps de partir à Luleå pour vendre la marchandise. On casse la croûte en chemin, pain suédois tartiné de beurre, caviar et oignon rouge. A l'arrivée, des dizaines de personnes sont là et les ventes vont bon train pendant deux heures. Les restes seront vendus à l'entreprise BD Fish (à 6 francs le kilo) qui distribuera la marchandise en Suède.

Si la journée des habitants de Luleå s'achève par un bon repas de poissons frais, Lars et Ulrika n'ont pas terminé leur besogne: quelques filets les attendent encore dans la rivière adjacente.

DESSIN ORIGINAL DE LOUIZA WWW.LOUIZABLOG.COM

RÉCOLTE

Accompagnés de leur chien, Lars et Ulrika Ökvist s'approchent d'un de leurs 21 filets trappes sur flotteurs.

BÉNÉFICE

Une fois vidés et rincés, les poissons sont vendus à Luleå.

Deborah

«UN BON PHOQUE EST UN PHOQUE MORT.»

Lars Ökvist, pêcheur suédois




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