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Penseurs et scientifiques

Mis en ligne le 22.05.2008 à 00:00

La région est une pépinière de chercheurs trop souvent méconnus du grand public. L’Hebdo rend hommage à ces savants au rayonnement aussi exceptionnel que discret.

L'Hebdo; 2008-05-22

Penseurs et scientifiques

La région est une pépinière de chercheurs trop souvent méconnus du grand public. L’Hebdo rend hommage à ces savants au rayonnement aussi exceptionnel que discret.

Peter Bossaerts

La neurofinance pour rapprocher l’EPFL du monde de la banque!

JEAN-PIERRE DANTHINEPROFESSEUR A L’UNIL ET DIRECTEUR DU SWISS FINANCE INSTITUTE

Le Swiss Finance Institute est le pari de l’Association suisse des banquiers de placer la Suisse au cÅ“ur du développement des connaissances dans ce domaine en plein essor, mais aussi en plein questionnement, qu’est la finance et ainsi de fonder l’avenir de la place financière sur les compétences les plus pointues. L’EPFL participe à cette construction et son premier geste a été de faire venir de Californie Peter Bossaerts, un spécialiste mondialement reconnu d’un des développements les plus intrigants de la science économique, la neurofinance. Né en 1960, P. Bossaerts poursuit ainsi un périple qui l’a amené, depuis sa Belgique natale, en Californie déjà pour un PhD à UCLA, à Pittsburgh ensuite pour un premier job à l’Université Carnegie Mellon avant de rejoindre le prestigieux California Institute of Technology où il gravit tous les échelons jusqu’au poste de vice-doyen et président de la Division of the Humanities and Social Sciences. C’est donc riche de 25 ans d’expériences accumulées outre-Atlantique qu’il atterrit à Lausanne comme professeur de finance au bénéfice d’une chaire du Swiss Finance Institute. Il sera chargé de piloter les nombreux ingénieurs, physiciens et mathématiciens s’orientant vers le secteur financier et de renforcer leur préparation à travers un nouveau master en financial engineering. En étroite collaboration avec les chercheurs en finance de l’Ecole des HEC de l’université, il fera rayonner l’EPFL et toute la région lémanique dans ce domaine si important pour notre prospérité économique.v

48 ans, directeur du Laboratoire «Prise de la décision dans l’incertitude» de l’EPFL

Rolf Gruetter

La vie en image

PATRICK AEBISCHERPRESIDENT DE L’EPFL

En quelques années, l’arc lémanique est devenu l’un des centres les plus performants du monde pour l’imagerie médicale. L’homme qui pilote cette formidable aventure s’appelle Rolf Gruetter. Formé à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, il a poursuivi sa carrière à Yale, puis à l’Université du Minnesota où il a participé au développement du Centre de résonance magnétique. Le projet d’un grand centre lémanique, associant l’EPFL, les Universités de Lausanne, de Genève et les hôpitaux affiliés, l’a incité à revenir sur le vieux continent. Rarement la mobilisation a été aussi rapide et forte: le projet a ainsi bénéficié de soutiens majeurs des Fondations Leenaards et Louis-Jeantet, ainsi que de la Conférence universitaire suisse. De nombreux scientifiques de renom se sont mobilisés, à commencer par Pierre Magistretti. De retour sur sol suisse, Rolf Gruetter a réussi le pari de fédérer de nombreuses disciplines autour de lui. Son air jovial, presque rêveur, engage au dialogue, à l’ouverture. Une expression qui cache un caractère tenace et particulièrement exigeant. Construit en un temps record, le CIBM a été inauguré en 2007. L’ampleur des travaux n’a pas empêché le chercheur et ses collègues de poursuivre leur recherche, de mettre immédiatement à profit les nouveaux instruments pour multiplier les résultats et les publications scientifiques. Rolf et ses collègues ingénieurs, médecins, biologistes, ont démontré le bénéfice spectaculaire d’une collaboration académique qui développe des liens étroits entre les disciplines, entre les institutions, entre la recherche fondamentale et les patients.v

Georges Andrey

Historien pour les nuls

Et dire qu’à l’origine, ce Fribourgeois auteur de L’Histoire de la Suisse pour les nuls (éditions First, 2007) se destinait à la prêtrise. C’est au séminaire justement, chez les Augustins de l’Assomption à Lyon, que Georges Andrey forge sa passion de l’histoire. Noviciat achevé, service militaire aussi, le Fribourgeois oublie pourtant la prêtrise et rejoint l’université de la ville des Zähringen. Là-bas, l’histoire s’enseigne sous la baguette de Roland Ruffieux dont Georges Andrey deviendra, après sa licence en 1964, l’assistant puis le doctorant. Une thèse sur les émigrés français dans le canton de Fribourg que Georges Andrey achève sur le tard, en 1972. Il travaille alors avec l’éminent historien Erich Gruner à l’Université de Berne. Un homme qui le marquera tout au long de sa vie, dit-il aujourd’hui.

Mais la crise des années 70 survient, les réductions de budget aussi. Erich Gruner recase ses proches. Georges Andrey partira à l’administration fédérale: à l’Economie publique d’abord, aux Affaires étrangères ensuite. Là-bas, il devient, jusqu’en 2000, «l’historien du DFAE». Conseillers fédéraux et membres du corps diplomatique se pressent dans son bureau au 3e étage de l’aile ouest du Palais fédéral pour y quémander une anecdote, histoire de fleurir les discours officiels. Une période durant laquelle Georges Andrey s’autorise quelques heures d’enseignement à l’Université de Fribourg en histoire des médias, puis au Département d’histoire dès 1996. Ces charges de cours, il les laissera à regret en 2003… pour s’atteler à une tâche d’envergure, son opus pour les nuls dont l’édition allemande paraîtra en octobre 2008.v

yves steiner

70 ans, historien

Eleanor Cashin Ritaine

Sans frontières juridiques

CHRISTINE CHAPPUIS,PROFESSEUR DE DROIT A L’UNIVERSITE DE GENEVE

Née en Irlande, élevée entre l’Espagne, l’Angleterre et l’Allemagne, Eleanor Cashin Ritaine étudie le droit, l’histoire et les relations internationales en France et obtient un double doctorat en droit à Nancy et Sarrebruck, avant d’accomplir une formation d’avocate, puis d’enseigner aux Universités de Nancy, Sarrebruck et Metz. Un parcours express qui se rit des frontières juridiques et la conduit tout naturellement à l’Institut suisse de droit comparé (ISDC) dont elle assume - première femme, première étrangère - la direction depuis 2006. A l’aise dans les systèmes juridiques différents comme dans les langues étrangères, elle jongle avec sa famille de quatre enfants et un mari sur lequel elle sait pouvoir compter.

Alliant la courtoisie à l’autorité, cette jeune femme pleine d’énergie et de vivacité intellectuelle fourmille de projets pour l’institut, véritable joyau que les juristes du monde entier envient à la Suisse. L’ISDC abrite une bibliothèque forte de 300 000 ouvrages dans une soixantaine de langues et couvrant le droit de tous les pays. Chercheurs et visiteurs sont choyés dans ce havre scientifique du bord du Léman, Eleanor Cashin Ritaine y veille. Le rayonnement international qu’elle donne, avec son équipe, à l’ISDC résulte d’une activité scientifique intense centrée sur des thèmes d’actualité (partenariats enregistrés, individu et nouvelles technologies, sécurité des stades). Un succès étincelant qui rejaillit sur la Suisse tout entière!v

40 ans, directrice de l’Institut suisse de droit comparé (ISDC).

Dominique Joye

Questionneur de Suisses

DOMINIQUE ARLETTAZ, RECTEUR DE L’UNIL

Etudier les évolutions sociales sur la longue durée, c’est le job de Dominique Joye, sociologue à l’Université de Lausanne (UNIL). Développer des perspectives théoriques ancrées dans l’observation des profils professionnels, des modes de vie, des trajectoires biographiques, des visions du monde. Questionner les Suisses pour leur permettre de se représenter leur propre réalité et de se comparer aux autres dans les grandes enquêtes internationales. Mais aussi penser la ville, ses transports, ses activités et ses acteurs multiples, y compris les marginaux. Offrir des définitions utiles fondées sur l’analyse statistique sans jamais oublier la réflexion qualitative. Ces deux lignes directrices sont également celles de FORS, la nouvelle fondation suisse pour la recherche en sciences sociales basée à l’UNIL. Au sein de la Faculté des sciences sociales et politiques, Dominique Joye est en train de monter un laboratoire associé à FORS, qu’il pilotera avec la rigueur scientifique et la gentillesse qui caractérisent ce Fribourgeois implanté en terre vaudoise, après avoir notamment dirigé le Sidos à Neuchâtel, institut phare dans la production et l’archivage des données en sciences sociales, désormais intégré à FORS.v

53 ans, professeur de sociologie à l’Université de Lausanne.

Giuseppe Pantaleo

A la recherche d’un vaccin anti-sida

Dans les années 80, un nouveau mal apparaît qui mobilise chercheurs et médecins, tout particulièrement aux Etats-Unis: le sida. Spécialiste d’immunologie, Giuseppe Pantaleo travaillait alors à l’Institut national de la santé américain (NIH), et il s’est tout naturellement penché sur le nouveau virus. Depuis, il n’a cessé d’étudier le VIH et ses travaux ont grandement contribué à modifier la prise en charge thérapeutique des malades infectés. Arrivé au CHUV en 1996, cet Italien à la voix chantante et au sourire charmeur, s’est tout particulièrement attaché à la recherche d’un vaccin anti-sida. Cheville ouvrière de la fondation européenne Eurovacc, il s’est ensuite vu confier par la fondation Bill Gates, en 2005, la coordination d’un consortium international «regroupant 14 institutions nord-américaines, européennes et australiennes» et doté d’un budget de 15 millions de dollars pour cinq ans. Et lorsque la Confédération a créé, en 2007, un Institut suisse de recherche sur le vaccin, c’est Giuseppe Pantaleo qu’elle a nommé directeur exécutif. Fort de ces soutiens, le chercheur a pu lancer des essais cliniques de ses candidats-vaccins, 140 personnes en Suisse, en Grande-Bretagne et en France ont déjà participé à ces tests qui, l’année prochaine, devraient se poursuivre dans des pays en développement. Car en dépit des difficultés de la tâche, Giuseppe Pantaleo est bien décidé à aller de l’avant: «Il n’y a pas d’autre solution que de développer un vaccin anti-sida, surtout pour les pays pauvres, donc il faut y croire.»vElisabeth Gordon

51 ans, chef du service d’immunologie et d’allergie du CHUV.

Martine Rebetez

Une femme se penche sur l’homme et le climat

Bien avant que le réchauffement de la planète fasse la une des journaux, Martine Rebetez s’est préoccupée des changements climatiques, et tout particulièrement de ceux qui affectent la Suisse et ses forêts. «J’ai toujours été intéressée par les disciplines qui étaient à la jonction entre les sciences humaines et les sciences naturelles.» Son penchant pour l’étude des «relations entre l’homme et la nature», l’a tout naturellement conduite à consacrer ses recherches à la climatologie. Professeur à l’Université de Neuchâtel et chargée de cours à l’EPFL, Martine Rebetez est aussi collaboratrice scientifique à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). Mais elle ne s’en tient pas là: membre du GIEC (Groupe international d’experts sur l’évolution du climat), elle est aussi entrée au conseil de fondation du WWF, «poussée par son intérêt pour tout ce qui est environnemental». Auteur de La Suisse se réchauffe, publié dans la collection Le savoir suisse des PPUR, elle attache aussi une grande importance à la vulgarisation. «Il est important d’expliquer les résultats de la recherche au grand public et aux politiciens, surtout dans un domaine où des décisions sont à prendre.» Ses recherches sont en effet dans l’air du temps.vElisabeth Gordon

47 ans, climatologue, professeur à l’Université de Neuchâtel.

Thomas Römer

Savant biblique

ANTOINE REYMONDPASTEUR

Le monde ancien et celui de la Bible en particulier ne cesse de fasciner: journaux, télévisions et radios portent à la connaissance du public les résultats des chercheurs. Le professeur Thomas Römer fait partie de ces savants qui ne cessent de vouloir transmettre leurs connaissances. Son parcours universitaire est brillant (études aux Universités de Heidelberg et de Tübingen, professeur à Genève, puis à Lausanne, professeur invité à l’Ecole pratique des hautes études, Ve section, mais aussi à Managua.) Par ailleurs, le professeur Römer a donné plus de 200 conférences sur le monde de la Bible hébraïque dans des milieux les plus divers. Ses compétences savantes ont été reconnues par une élection au Collège de France (2007). Par son travail à l’UNIL, par ses cours à Paris, Thomas Römer atteste de l’excellence de la formation théologique dispensée à Lausanne; il fait connaître la Faculté de théologie et des sciences des religions au-delà du canton de Vaud. Le monde proche-oriental intrigue alors qu’il est aussi au centre des attentions politiques: de la connaissance de son histoire millénaire dépend aussi - pour une part - la paix aujourd’hui. La recherche de sens de la vie et le dialogue entre les religions - singulièrement entre le judaïsme et le christianisme - prennent de l’ampleur: l’approfondissement des messages de la Bible hébraïque y trouve une place primordiale. Pour ces raisons, les travaux et l’intelligence subtile du professeur Thomas Römer vont continuer à alimenter les réflexions de beaucoup.v

53 ans, professeur de théologie à l’Unil.

Christine Kaddous

Une référence en droit européen

METIN ARDITIECRIVAIN

Elle a tout, Christine Kaddous! Intelligence, compétence, goût du travail bien fait, sens de la communication, charme… Professeur de droit à l’Université de Genève, titulaire de la très prestigieuse Chaire Jean Monnet, directrice du Centre d’études juridiques européennes, elle préside le comité scientifique de l’Association suisse pour le droit européen et a été récemment élue présidente de la Société suisse de droit international. Elle a enseigné à des titres divers dans six universités suisses et de nombreuses universités étrangères. En matière de droit européen, son nom est une référence. Et maintenant, lui demande-t-on? Son souci n’est pas seulement de prêcher une doctrine. Il est aussi de favoriser une meilleure connaissance mutuelle de la Suisse et de l’Union. Et en plus, elle a de la sagesse, Christine Kaddous...v

Professeur de droit à l’Université de Genève.

Isabelle Augsburger-Bucheli

Un institut unique

BRIGITTE BACHELARDDIRECTRICE DE LA HAUTE ÉCOLE ARC

Isabelle Augsburger-Bucheli, doyenne de l’Institut de lutte contre la criminalité économique (ILCE) de la Haute Ecole de gestion Arc, a développé un centre de compétence unique en Suisse romande.

La passion du droit, l’attachement à des valeurs éthiques et l’attention portée à autrui marquent son parcours. Titulaire d’un doctorat en droit, elle a travaillé dans le domaine fiduciaire tout en enseignant à la HEG Arc à Neuchâtel, alliant ainsi théorie et pratique. Juge spécialisée au tribunal des mineurs du Seeland, membre de différentes associations professionnelles, elle préside actuellement le tribunal arbitral de l’organisme d’autorégulation en matière de blanchiment d’argent de l’Union suisse des fiduciaires.

Mère de trois filles, cette Neuchâteloise s’est engagée politiquement et socialement dans sa ville d’adoption (Bienne), parvenant à équilibrer ses différentes activités. A la tête de l’ILCE depuis sa création en 2000, elle a développé, sur mandat des autorités politiques suisses, un programme d’Etudes postgrades en lutte contre la criminalité économique. Seule d’abord, entourée plus tard d’une petite équipe dynamique, elle a réussi, par son engagement constant et sa présence sur la scène nationale et internationale de la lutte contre la criminalité économique (conférences, colloques, publications), à faire de l’ILCE un institut dont la renommée dépasse les frontières.

L’ILCE délivre aujourd’hui des masters et des Certificates of Advanced Studies, abrite l’Ecole romande de la magistrature pénale (ERMP), gère des programmes de recherche, organise des colloques, effectue des expertises et des mandats, dirige une collection publiée par un éditeur parisien et développe des parte-nariats nationaux et internationaux.v 50 ans, doyenne de l’Institut de lutte contre la criminalité économique (ILCE) de la Haute Ecole de gestion Arc.

Jacques Rognon

De l’énergie à revendre

FRANÇOIS ZWAHLENDIRECTEUR DU CENTRE D’HYDROGEOLOGIE DE NEUCHATEL

Jacques Rognon, ce passionné des problèmes énergétiques, s’est lancé dans une nouvelle bataille: développer les énergies alternatives, plus particulièrement la géothermie! Contacté par des passionnés à la recherche d’appuis et de sponsors pour monter un Centre national de recherche en géothermie, il s’est investi depuis peu, avec sa fougue et son enthousiasme légendaires, dans une nouvelle grande aventure: rechercher et exploiter la formidable source de chaleur «d’origine suisse» qui dort à quelques centaines ou milliers de mètres sous nos pieds. L’énergie, Jacques Rognon, ça le connaît. Pendant une vingtaine d’années, il a dirigé les activités liées au cycle du combustible nucléaire des Forces motrices bernoises, puis a présidé durant plus de dix ans le groupe énergétique neuchâtelois ENSA-GANSA. Il a figuré aussi parmi les membres du conseil des EPF, du conseil de l’Université de Neuchâtel, du comité de l’Union européenne des producteurs d’électricité. Il a également été beaucoup apprécié comme président de l’Association des entreprises électriques suisses. C’est ainsi sous sa houlette que le CREGE a été créé, cela sous forme d’une association regroupant bureaux privés suisses, hautes écoles et compagnies d’électricité. Elaborer et réaliser des projets pilotes, multiplier recherches et expérimentations, encourager et coordonner toutes activités en géothermie, tels sont les buts du CREGE, installé au Centre d’hydrogéologie de l’Université de Neuchâtel. Le chauffage, parfois le refroidissement des bâtiments sont concernés au premier chef, mais aussi couvrir une modeste partie de nos besoins en... électricité! Un magnifique défi à la mesure de Jacques dont la contribution est immense, autant pour promouvoir que pour convaincre, faire rayonner et… trouver des fonds. Mais Jacques Rognon, ce n’est pas seulement l’électricité et la chaleur, c’est aussi un énorme engagement pour une cause noble. Depuis 1985, il se dépense sans compter pour la Fondation suisse de recherche sur les maladies musculaires qu’il a créée avec sa femme et dont il est aujourd’hui président et grand animateur du Téléthon.v

71 ans, directeur du Centre national de recherche en géothermie.

Charles Wyplosz

Libéral, Français et iconoclaste

Toute réforme est «une abolition de privilèges», dit l’économiste français Charles Wyplosz. Une révolution aussi, à cela près qu’avec la révolution, on pend ou l’on guillotine pour parvenir à son but, alors qu’avec la réforme, «on compense.» En indemnisant ceux qui bénéficient des rentes de situation que l’on veut éliminer. Dans un livre publié l’année dernière et précisément intitulé La fin des privilèges, Charles Wyplosz a calculé avec précision le coût de cette abolition. Chiffre astrono-mique: 380 milliards d’euros au total. Mais c’est le prix à payer pour maintenir la paix sociale. Né en France de parents polonais arrivés à la fin de la guerre, ingénieur diplômé de l’Ecole centrale, «c’est à Harvard, dit-il, que j’ai appris mon métier d’économiste». Et à la Business School de l’INSEAD, à Fontainebleau, où les étudiants, avides de gagner de l’argent, ne s’intéressent finalement que très peu aux mécanismes de l’économie, qu’il a appris à vulgariser sa science sans la trahir. Auteur de plusieurs ouvrages en français ou en anglais, il est aussi éditorialiste au Financial Times, au Monde et à Libéra-tion.vPierre-André Stauffer

61 ans, professeur d’économie à l’Institut des hautes études internationales et du développement. 45 ans, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Genève.

Ariel Ruiz i Altaba

«Monsieur cellules souches»

S’il fallait décerner, en Suisse, le titre de «Monsieur cellules souches», c’est à ce Mexicain d’origine qu’il reviendrait de plein droit. Sommité internationale dans le domaine de la biologie du développement, Ariel Ruiz i Altaba a travaillé dans des institutions aussi prestigieuses que les Universités de New York, Columbia et Harvard, avant d’établir ses quartiers à celle de Genève en 2004. Il y a poursuivi ses recherches sur les cellules souches, ces «cellules à tout faire» qui pourraient contribuer à l’émergence d’une médecine régénérative. Mais il a fait plus encore: quelques mois après son arrivée sur les bords du Léman, il s’est aussi empressé de fonder le Réseau suisse des cellules souches. Son objectif était de «faciliter les échanges d’idées et de matériel entre les chercheurs» travaillant dans ce domaine, mais aussi de convaincre le Fonds national suisse de leur consacrer un de ses programmes nationaux de recherche. Pari gagné: en décembre der¬¬nier, «on l’a eu», annonce-t-il fièrement. Ariel Ruiz i Altaba, qui a aussi proposé de nouvelles pistes pour traiter des tumeurs de la prostate et de la peau, n’est pas seulement un brillant chercheur. Il est aussi pho¬tographe, «non pas par hobby, mais par besoin». Entre deux publications scien¬tifiques, il a déjà exposé ses Å“uvres à New York, San Francisco, Paris et Genève et il ne compte pas en rester là.v

Elisabeth Gordon




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