ll s’était rêvé homme d’Etat. A l’image d’un certain Albert Gallatin, Genevois émigré aux Etats-Unis et nommé secrétaire au Trésor par le président Thomas Jefferson en 1801. Lors d’une conférence donnée à Genève en septembre 2008, Philipp Hildebrand disait toute son admiration pour celui qui a contribué à bâtir le système financier américain et dont la statue trône aujourd’hui à l’entrée du bâtiment du Trésor, à quelques pas de la Maison Blanche. Avec cette inscription sobre: Genius of Finance.
Lundi dernier, en démissionnant, Philipp Hildebrand n’avait plus qu’un message à faire passer: «Je n’ai jamais menti.» En allemand, puis en anglais, il s’est adressé à la nation et au monde, de façon «souveraine», comme l’ont souligné de nombreux commentateurs. Objectif: sauver la dernière chose qui lui restait encore, son honneur.
Mensonge et omissions. Mais les dernières révélations en date aggravent son cas. Philipp Hildebrand n’a pas menti, il a menti par omission. Les documents diffusés par la Banque nationale suisse en date du 4 janvier (rapport PricewaterhouseCoopers) et le jour de sa démission, lundi 9 janvier, le prouvent. Si Philipp Hildebrand n’a pas donné l’ordre définitif d’acheter 504 477 dollars à son banquier le 15 août 2011, il lui a néanmoins signalé, le même jour, que sa femme pouvait procéder à une telle transaction. Ce fait n’était pas connu des auditeurs de PWC, du Conseil de banque et du Conseil fédéral en décembre dernier, sinon l’affaire aurait été réglée très rapidement.
Lors de la conférence de presse du jeudi 5 janvier, Philipp Hildebrand a donné des informations partielles. C’était sans doute la goutte d’eau qui a poussé son banquier à s’adresser, le lendemain, au Conseil de banque de la BNS avec de nouveaux e-mails encore jamais révélés jusque-là. Ces courriers accablants n’avaient jamais été mentionnés par Philipp Hildebrand et ses avocats, ou seulement de manière tronquée. Lundi, la démission «souveraine» du patron de la BNS n’était donc qu’une mise en scène orchestrée dans le but de sauver sa propre réputation.
Ce qu’il perd. «Nous ne nous verrons plus pendant très longtemps», a dit le président démissionnaire face aux représentants des médias lundi après-midi à Berne. L’émotion était perceptible quelques instants plus tard, quand Philipp Hildebrand évoquait ses collègues de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle, où il s’était rendu dans la matinée pour une réunion – sa dernière. Il n’y côtoiera plus Ben Bernanke, le patron de la Fed, ou Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre. Il doit aussi lâcher son poste de vice-président du Financial Stability Board. Philipp Hildebrand était par ailleurs très fier d’appartenir au Groupe des Trente, un forum sélect basé à Washington où se croisent des pointures comme le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, ou le Prix Nobel d’économie Paul Krugman. Il est peu probable qu’il puisse y rester (le Groupe des Trente refuse de communiquer pour l’instant).
Brisé, isolé, celui qui était considéré il y a peu comme l’homme le plus puissant du pays va sans doute disparaître de la scène publique dans l’immédiat. Ironie ultime: l’un de ses refuges possibles est son nouveau chalet à Klosters (GR), acquis l’automne dernier. A quelques kilomètres de là, dans deux semaines exactement, les grands de ce monde se réuniront à Davos, pour une fois sans lui. Le Forum économique mondial, qui fut le premier employeur de Philipp Hildebrand au début de sa brillante carrière, indique laconiquement que «l’invitation du président de la BNS est liée au poste et non à la personnalité».
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