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UBS
L’honneur perdu de Villiger

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 21.04.2010 à 12:13

DESTIN. De l’affaire Kopp à la débâcle d’UBS en passant par Swissair et les fonds en déshérence, il a traversé toutes les crises. Sans savoir en tirer la moindre leçon.

Un Monsieur Loyal à l’écoute, comme seuls les politiciens d’exécutif savent l’être, pétri de l’infinie patience de ceux qui ont entendu des cohortes de parlementaires argumenter avec véhémence, un président plein de bonne volonté pour dompter la colère des actionnaires d’UBS et essayer d’éviter le pire, le refus de la décharge pour 2007. Dans ce rôle ingrat qu’il fallait bien que quelqu’un joue avec humilité et fermeté, Kaspar Villiger a été ce mercredi 14 avril à Bâle si responsable et admirable.

Mais peut-être est-il temps de relire la trajectoire du radical lucernois, 14 ans et 11 mois au Conseil fédéral, déjà une année à la tête du Conseil d’administration d’UBS, autrement. Un politicien est-il là pour subir, endurer, ou diriger? Depuis son élection en février 1989, il a été au centre de tous les traumatismes qui ont secoué la Suisse. Toujours présent, toujours l’air étonné de subir pareil gros temps, campant sur ses positions, mais ne captant pas les vrais enjeux.

Lorsqu’il est choisi par l’Assemblée fédérale, Kaspar Villiger est le M. Propre, l’entrepreneur intègre qui doit faire oublier à la Suisse l’affaire Kopp, du nom de la première conseillère fédérale contrainte à la démission pour un péché très véniel si l’on considère les avanies que la Suisse a subi depuis. Le nouveau ministre radical commence plutôt bien. Il œuvre à la modernisation du Département militaire avec Armée 95, une réforme qui devait ouvrir à la collaboration avec des armées étrangères. On le considérera aussi comme un bon ministre des Finances, même si sous son règne de 1995 à 2003 la dette s’envole. Mais, ce n’est pas un visionnaire. Il ne soutient pas Jean-Pascal Delamuraz lorsque en 1992 celui-ci ouvre la discussion sur l’adhésion à l’Union européenne (UE) qui devrait suivre le ralliement à l’Espace économique européen.

Excuses historiques. En 1995, Kaspar Villiger est pour la première fois président de la Confédération. Le 7 mai, devant l’Assemblée fédérale qui commémore les cinquante ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale, il s’excuse pour le tampon «J» apposé dès 1938 sur les passeports des juifs par les autorités suisses. Le patron d’UBS Robert Studer vient de qualifier de «cacahuètes» les avoirs non réclamés dans les banques depuis 1945. L’affaire des fonds juifs en déshérence va secouer la Suisse. A l’exception de Ruth Dreifuss, les conseillers fédéraux en place tardent à en prendre la mesure, incrédules face aux attaques du Congrès juif mondial, et hésitant sur la stratégie à tenir. En 1998, UBS et Credit Suisse payent 1,25 milliard de dollars, un accord global pour faire taire les critiques et leur permettre de développer leurs affaires aux Etats-Unis. Kaspar Villiger inaugure l’habit de pompier d’UBS, maîtrisant l’incendie, mais incapable de prendre les mesures qui éviteraient que le feu reparte à la première occasion.

La crise suivante le plonge dans le même embarras. Dans la foulée du 11 septembre 2001, Swissair connaît son grounding. Fautil aider la compagnie nationale? Villiger le libéral rechigne à agir pour le maintien d’une infrastructure essentielle à l’économie du pays. Son successeur Hans-Rudolf Merz éprouvera le même vertige idéologique quand UBS frôlera la faillite en 2008. Lorsqu’il sollicite finalement l’aide d’UBS pour sauver Swissair, Kaspar Villiger se fait humilier par Marcel Ospel qui ne prend pas son appel urgent. Qui peut jurer que ce n’est pas le souvenir de cette vexation qui l’a conduit à accepter de reprendre la présidence du conseil d’administration d’UBS l’an dernier? De l’orgueil mal placé.

Autre exemple d’évaluation erronée, l’accord sur la fiscalité de l’épargne. Conclu en 2003, au terme d’un bras de fer avec l’UE où il a martelé que le secret bancaire n’est «pas négociable». Il croit avoir mis la Suisse à l’abri des pressions pour longtemps. La digue, fragile, ne tiendra pas une demi-décennie.

Nuisible pour son parti. Mercredi dernier, une fois encore, le pompier Villiger n’a pas vu l’incendie qui couvait. Saura-t-il tirer la leçon de ce revers? Déjà, il louvoie, veut attendre les conclusions de la commission d’enquête parlementaire (la décision du Parlement est prévue en juin) pour déposer une plainte civile contre Marcel Ospel et les administrateurs qui n’ont pas obtenu la décharge. Il joue la montre alors que Peter Siegenthaler, directeur de l’Administration fédérale des finances, qui a traversé à ses côtés les mêmes crises, recommande une action pour «manquement au devoir de diligence». Les libéraux-radicaux risquent de payer cher dans les urnes le zèle pro-UBS de l’ancien président de la Confédération. Un parti qui met tant en exergue la responsabilité peut-il défendre une conception de la responsabilité à géométrie variable pour les banquiers?

Villiger toujours si dévoué quand cela va mal, jamais lucide ni perspicace.





Tags: UBS, Kaspar Villiger, affaire Kopp, Robert Studer,

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