Health Valley
Petite entreprise, grande créativité

Par Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 03.03.2010 à 14:30

DÉCOUVERTES. La plupart des nouveaux médicaments sont découverts dans les start-up. Comment fonctionnent-elles? Quelles sont leurs ressources humaines? Plongée au sein de l’une d’elles, GeNeuro.

Le Centre de technologies nouvelles porte bien son nom. La simple lecture des raisons sociales de ses locataires indique que l’on se trouve dans l’univers de la high-tech et tout particulièrement de la biotech. C’est là, dans l’un de ces bâtiments qui appartenaient à Serono, à Plan-les-Ouates, près de Genève, que GeNeuro s’est installée. Elle occupe des locaux d’une grande sobriété: trois pièces équipées de bureaux et d’ordinateurs et un petit laboratoire qui signale que l’on se trouve dans l’univers des sciences de la vie.

Spin-off de BioMérieux, GeNeuro a été fondée en 2006 par Hervé Perron, un scientifique de la société française, avec le soutien et les capitaux de la «pouponnière d’entreprises» Eclosion. De quatre, le nombre de ses employés est aujourd’hui passé à douze, répartis entre Genève, Lyon – où l’entreprise a créé une filiale – et Archamps, au pied du Salève côté français, où elle dispose d’un laboratoire. Cette croissance est à la hauteur des ambitions de la start-up qui s’est lancé pour défi d’élaborer un produit thérapeutique (un anticorps monoclonal) contre la sclérose en plaques, redoutable maladie inflammatoire du système nerveux central. Les traitements disponibles ayant «une efficacité limitée», selon François Curtin, directeur général, GeNeuro a entrepris de s’attaquer à la cause du mal, en adoptant une approche totalement originale. «Nous sommes persuadés que le développement de la sclérose en plaques est lié à la réactivation de rétrovirus endogènes.» Ces microorganismes qui, au cours de l’évolution, se sont glissés dans le génome humain, restent habituellement à l’état dormant; mais, lorsqu’ils se réveillent, ils deviennent pathogènes. «En les neutralisant, nous aurons une bonne chance de bloquer le développement de la maladie.» Les travaux vont bon train puisque les premiers essais cliniques pourraient avoir lieu avant la fin de l’année. Ce qui n’a pas empêché l’entreprise de se lancer dans un autre projet concernant la schizophrénie, trouble psychiatrique dans lequel des rétrovirus endogènes semblent aussi impliqués.

Efficace et non toxique. Le programme est chargé pour une équipe si restreinte. «Dans une petite société comme la nôtre, nous ne pouvons pas tout faire seuls», précise François Curtin. Certaines expériences sont réalisées en interne, à Lyon, à Archamps et à Plan-les-Ouates où Ingrid Burgelin, une jeune Française titulaire d’un brevet de technicien supérieur en biochimie, teste les anticorps monoclonaux «sur des cellules ou des protéines». Mais le gros du travail est mené par des entreprises sous contrat, qui possèdent l’équipement nécessaire pour réaliser les tests in vitro et in vivo.

Il reste toutefois à vérifier que ces recherches satisfont aux exigences posées par les autorités supervisant les essais cliniques. Il faut en particulier apporter la preuve que, sur les animaux, «le produit est efficace et non toxique», précise Linda Erkman, Suissesse d’origine arménienne et responsable des essais précliniques. «Ma fonction est de vérifier que les études ont été faites dans les règles et de les intégrer aux dossiers réglementaires», poursuit cette neurobiologiste de formation qui, après avoir travaillé aux Etats-Unis puis dans une petite entreprise de Nyon, a rejoint GeNeuro en octobre dernier.

«Mon rôle commence après celui de Linda», dit Farid Benhammou, responsable des affaires réglementaires. J’interviens à partir de la phase clinique jusqu’à l’enregistrement et la commercialisation du produit». Comme sa collègue, ce Parisien, pharmacien de formation et titulaire d’un master en affaires réglementaires européennes, «compile et synthétise les informations» pour établir des dossiers destinés aux agences réglementaires des différents pays chargées de l’homologation des médicaments.

Aloïs Lang fait lui aussi «la liaison avec les entreprises sous contrat» et s’assure que les standards de qualité des produits sont bien respectés. Né à Lucerne, le directeur du développement a déjà une longue expérience en la matière. Professeur d’immunologie à l’Université de Berne, il a notamment été chef de projet chez un gros producteur de vaccins de la capitale, ce qui lui a fourni l’occasion de mener des essais cliniques à leur terme. C’est donc à lui que revient la charge de «présenter les dossiers réglementaires aux autorités sanitaires», afin que le produit de GeNeuro contre la sclérose en plaques puisse, à terme, être homologué en Europe et au-delà.

Des préoccupations que n’a pas encore Raphaël Faucard qui s’occupe de «recherche pure et dure». En tant que chef de projet de recherche et développement en maladies psychiatriques, il est chargé du projet sur la schizophrénie. Ce Bourguignon titulaire d’un doctorat en neuropharmacologie «gère un réseau de partenaires et de collaborateurs afin de développer les produits thérapeutiques et de les mener jusqu’aux essais cliniques».

Deux casquettes. Toutes ces activités sont orchestrées par le Genevois François Curtin. Ce médecin de formation qui a notamment travaillé chez Swissmedic et Serono avant de prendre la direction générale GeNeuro l’année dernière, porte «deux casquettes». Outre le suivi des projets médicaux, il gère et administre la société. «En 2008, nous avons reçu 12 millions de francs de l’Institut Mérieux, ce qui va nous permettre d’avancer sereinement pendant encore deux ans.»

Linda, Ingrid, Farid, Raphaël et les autres pourront donc poursuivre leur activité. Tous se félicitent de travailler dans une petite entreprise, où «l’ambiance est plus humaine» et le travail «multi-tâche», comme le remarque Géraldine Loska, l’assistante de direction qui avait auparavant été employée dans des entreprises du bâtiment en Savoie. Ici, renchérit Ingrid Burgelin qui vient de l’Université de Bordeaux, «on se sent plus impliqué dans l’activité de la société». Et les décisions y sont beaucoup plus rapides: «J’ai vu mon projet évoluer en dix minutes, alors qu’en milieu académique il faut plusieurs mois», dit Raphaël Faucard. Tous apprécient aussi de travailler dans une région très «stimulante» en matière de biotech.
 
 
 
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