Lorsque Couchepin se pointait, cela se savait. Le Valaisan avait le verbe haut et prenait bien la lumière. Quand, arrivant à la traditionnelle conférence de presse de l’OFC, il sortait des jardins du Palazzo Morettini, flanqué de ses lieutenants, Jean-Frédéric Jauslin, directeur de l’OFC et Nicolas Bideau, chef de la Section cinéma, c’était un beau spectacle en technicolor, genre Stanley, Livingstone & Tarzan dans Out of Africa.
Cette année, le rendez-vous avec les têtes dirigeantes du cinéma suisse a été abrogé. Jauslin ne s’est pas exprimé. Bideau erre, distant, déjà ailleurs. Quant à Marc Wehrlin, revenu comme «facilitateur» à la tête de la Section cinéma qu’il dirigeait autrefois, il est invisible. Les années Bideau, riches en tumultes et polémiques, sont terminées, et les premières feuilles de l’automne tombent des peupliers locarnais.
La cuisson du risotto. La discrétion de Didier Burkhalter s’inscrit aux antipodes des tonitruances couchepinesques. On chuchote qu’il demande qu’on baisse les projecteurs lorsqu’il entre sur la Piazza Grande. Mais, visiblement content de s’immerger dans le monde du cinéma, le nouveau chef des Affaires intérieures a honoré le traditionnel rendez-vous des notables au Monte Vérità, et n’a pas boudé son plaisir de poser avec le clown Dimitri. Son discours, très attendu, a forcément marqué une rupture avec les allocutions provocatrices de son prédécesseur.
Le nouveau conseiller fédéral a indéniablement un côté bon élève que tempère un humour bizarre, parfois dissonant, dont on se demande s’il relève de la candeur ou du 17e degré. Il proclame son amour des «beaux films qui font rire et pleurer, qui ne laissent jamais indifférent», tricote des métaphores nunuches, selon lesquelles il en va de la politique culturelle comme du risotto: tout est dans la cuisson, ni trop rapide ni trop lente…
Aux cinéastes de bonne volonté. Il évoque finalement le «neue Anfang» du cinéma suisse. Rappelant les inconnues liées à la nouvelle loi sur la culture, il vante les vertus du plurilinguisme et du pluriculturalisme qui font la force de la Suisse, se réfère au domaine de la recherche qui sépare efficacement le stratégique de l’opérationnel pour imaginer l’avenir du cinéma et imagine des partenariats toujours plus serrés entre le public et le privé.
«On souhaite que la Confédération ait un rôle important, mais on a remarqué que les cinéastes souffrent lorsqu’elle tient le rôle vedette», dit-il à la grande joie d’une branche lassée de l’histrionisme de Bideau. «Le rôle principal appartient pleinement au monde du cinéma. Si la qualité est au rendez-vous, elle sera la vôtre.» Pacificateur, Didier Burkhalter appelle les professionnels de la profession à plus de solidarité et de responsabilisation. Ces vœux pies seront-ils entendus? Il semblerait que le conseiller fédéral serait plus pragmatique dans les groupes de travail que dans ses discours.
Beaux films? Et les films suisses, à quoi ressemblent-ils sous le soleil tessinois? Olivier Père salue la qualité des films suisses cette année. Monsieur le nouveau directeur artistique est trop bon. Réalisées sous le label populaire et de qualité, les œuvres projetées peinent à enthousiasmer véritablement. Dans Prud’Hommes, Stéphane Goël perpétue avec talent un genre inventé par Raymond Depardon avec Délits flagrants, soit le documentaire de prétoire. Docufiction au charme rétro retraçant le parcours d’une légende du cyclisme suisse, Hugo Koblet – Pédaleur de charme, de Daniel von Aarburg s’avère charmant mais plus apte à ravir les amateurs de bicyclette que les cinéphiles.
Projet ambitieux, La petite chambre, de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, qui harmonise avec Michel Bouquet les extrêmes de la vie à travers les fantômes d’un enfant mort-né et d’un vieillard en bout de course, réserve de belles scènes sans éviter les maladresses d’un premier film. Quant à Songs of Love and Hate de Katalin Gödrös, il s’englue maussadement dans les tourments de la puberté.
Ces films restent infiniment supérieurs à d’autres qui introduisent la pornographie auteuriste dans la compétition officielle: L.A. Zombie soulève le cœur en montrant un mortvivant pénétrer de son pénis mahousse les plaies sanglantes des cadavres. Christophe Honoré fait de la sodomie la figure centrale de Homme au bain, tandis qu’Isild Le Besco préfère le saphisme trash dans Bas-Fonds, un film charmant ravalant le fameux Baise-moi de Virginie Despentes au rang de bluette. Ce ne sont pas de «beaux films» susceptibles d’émouvoir Didier Burkhalter.
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